CROISADES

La garnison musulmane abandonne Damiett

 

Le samedi, les croisés descendirent sur la rive du Nil où se trouvait l’armée musulmane et où ils dressèrent une tente rouge pour le roi de France. Les Musulmans engagèrent le combat avec les croisés et ce jour, l’émir Najm ad-Din Ibn ash-Sheikh al-Islam fut tué. C’était un homme pieux qu’al-Malik an-Nassir Daoud avait mis au service d’al-Malik as-Salih Najm ad-Din pour lui tenir compagnie quand il fut emprisonné à Karak. De même, l’émir Sarim ad-Din Ouzbak al-Wiziri trouva également la mort. Quand la nuit tomba, l’émir Fakhr-ad-Din Ibn Sheikh al-Masha’ikh se retira avec ses troupes et se rendit sur la rive orientale de la ville de Damiette, abandonnant ainsi la rive occidentale aux croisés puis retourna avec ses soldats à Ashmoum Tannah.

Quand les habitants de Damiette virent que l’armée se retirait, ils quittèrent alors la ville. Cette action de l’émir Fakhr ad-Din fut l’une des plus honteuses qui lui fut attribuée car même sous le règne d’al-Malik al-Kamil, quand les croisés vinrent assiéger Damiette, il y avait bien moins de provisions et de munitions dans la ville et en dépit de cela, les croisés ne purent s’en emparer qu’après un siège d’une année quand la population périt de faim et de maladie. Et bien qu’il y eu cette fois ci à Damiette une garnison de soldats des Banou Kinanah, elle ne fut d’aucune utilité.

A l’aube du dimanche 23 du mois de Safar, les croisés marchèrent sur Damiette et quand ils arrivèrent, ils trouvèrent les portes ouvertes sans un seul homme pour la défendre. Craignant une ruse ils stoppèrent marche jusqu’à ce qu’ils réalisèrent que la population de la ville avait pris la fuite et l’avait abandonnée. Ils entrèrent alors dans la ville sans combattre et s’emparèrent de tout ce qu’ils trouvèrent ainsi que des quantités considérables de machines de siège, d’armes, d’équipements.

 

Les croisés prennent Damiette sans combat

 

Lorsque les nouvelles de la prise de Damiette parvinrent au Caire et à Foustat, les habitants furent terrifiés et désespérèrent après la fuite de l’armée de l’Islam. Les croisés se trouvèrent considérablement renforcés par leur prise du butin et de la puissante citadelle qu’ils n’auraient jamais pu prendre sans un très long siège. La santé du sultan al-Malik as-Salih s’aggrava au point qu’il ne put plus faire un seul mouvement.

 

Quand les troupes de Fakhr ad-Din arrivèrent à Ashmoum Tannah suivit par les habitants de Damiette, le sultan entra dans une terrible colère contre les Banou Kinanah et ordonna de les tuer pour avoir abandonné la ville sans ordre ce qui avait permis aux croisés de s’en emparer. Plus de cinquante de leurs émirs furent pendus après que le sultan eut demandé aux juristes de lui donner un avis juridique sur le sort qu’ils devaient subir.

 

Le sultan s’indigna contre l’émir Fakhr-ad-Din et lui dit : « N’aurais-tu pas pu tenir une heure devant ces croisés ? Nul homme n’a été tué parmi vous excepté mon hôte, le Sheikh Najm ad-Din. C’était pourtant l’occasion de montrer ta valeur et faire ton devoir ! »

Et tout le monde blâma l’acte de l’émir Fakhr ad-Din. Un grand nombre d’émirs et d’autres personnes qui craignaient le caractère emporté du sultan pensèrent à l’assassiner mais Fakhr ad-Din leur conseilla de patienter car il était sur le point de mourir et leur dit : « S’il meurt, vous en serez débarrassés sans violence et dans le cas contraire, vous pourrez lui faire ce qui vous conviendra. »

 

L’arrivée du sultan à al-Mansourah

 

Après ces événements, le sultan ordonna le départ pour al-Mansourah et transporté à bord d’une Harrakah (un petit navire), 5 jours avant la fin du mois de Safar, il se rendit dans le fort d’al-Mansourah sur le Nil. Les soldats remirent en état le campement pour y séjourner et des marchés furent établit. L’enceinte fut restauré et des protections élevées. La flotte de Foustat (Misr) arriva alors avec des renforts de fantassins et de munitions. Puis bientôt des quantités de volontaires arrivèrent pour combattre dans la voie d’Allah (Jihad) ainsi qu’un grand nombre de combattants arabes qui se chargèrent alors d’harceler les croisés qui en avaient profité pour fortifier l’enceinte de Damiette qu’ils avaient garni de soldats.

 

Le lundi 1 du mois de Rabi’ Awwal, trente-six prisonniers croisés dont deux chevaliers arrivèrent au Caire escortés des Arabes puis le 5 de ce même mois, trente-sept prisonniers suivis par vingt-deux le 6 et quarante-cinq autres dont trois chevaliers le 16.

 

 

Lorsque les soldats de Damas fut informée que les croisés avaient pris Damiette, ils marchèrent sur Sa’idah qu’ils prirent avoir l’avoir assiégée et livré plusieurs combats.

Le 26 du mois de Rabi’ Thani, les habitants informés des nouvelles de cette victoire s’en réjouirent tandis qu’un nombre régulier de prisonniers croisés continuaient d’arriver au Caire.

 

Le 18 du mois de de Joumadah Awwal, cinquante autres prisonniers croisés arrivèrent au Caire.

 

Pendant ce temps, la maladie du sultan s’aggrava et ses forces diminuèrent tellement que les médecins désespérèrent de le sauver du fait qu’il était atteint en même temps d’une plaie fistulaire et de la tuberculose.

 

 

Le 13 du mois de Rajab de cette même année, quarante-sept prisonniers et onze chevaliers croisés furent amenés au Caire. Quelques jours plus tard près de Nastarawah, les Musulmans capturèrent un navire croisé qui transportait des soldats.

 

La mort du sultan al-Malik as-Salih Najm ad-Din Ayyoub

 

Durant sa guerre contre les croisés et dans la nuit du lundi 15 du mois de Sha’ban, le sultan al-Malik as-Salih Abou al-Foutouh Najm ad-Din Ayyoub mourut à al-Mansourah alors qu’il était âgé de quarante-quatre ans, après avoir désigné son fils Touranshah comme son successeur. Il lui fit porter allégeance par l’émir Fakhr ad-Din Ibn Sheikh, par Mouhsin l’eunuque et les personnes en qui il avait confiance.

Avant de mourir, il signa dix mille lettres vierges qui serviraient pour les documents officiels afin de tenir sa mort secrète jusqu’à l’arrivée de son fils Touranshah qui se trouvait à Hisn Kayfa. Sa mère était une mère d’enfant et se nommait Ward al-Mani.

Son fils aîné était al-Malik al-Moughith ‘Omar, qui mourut en prison dans la citadelle de Damas et il eut aussi de sa femme Shajarah ad-Dour un fils nommé Khalil qui mourut en bas âge.

 

Al-Malik as-Salih régna en Egypte dix ans moins cinquante jours. Un des médecins qui avaient soigné le sultan durant sa maladie lava lui-même son corps pour cacher sa mort et qu’il fit transporter dans la forteresse de l’île de Rawdah. Sa mort resta dissimulée jusqu’au 22 du mois de Ramadan puis peu de temps après, son corps fut transféré dans le mausolée qu’il s’était fait construire près de la Madrassah as-Salahiyah, au Caire.

 

Ce fut al-Malik as-Salih qui établit en Egypte les Mamalik Bahri durant la nuit où il perdit le pouvoir à cause de la défection des Kurdes et de ses autres troupes tandis que seuls ses Mamelouk restèrent avec lui. Quand il remonta sur le trône d’Egypte, le sultan se rappela de leur conduite et acheta une grande quantité de Mamalik qui devinrent la majorité de son armée. Puis après avoir emprisonné les émirs déserteurs, il octroya leurs titres à ces Mamelouk dont il fit sa garde rapprochée et leur confia la surveillance de la tente royale. Il leur donna le nom de Bahri parce qu’ils habitaient avec lui dans la forteresse de l’île de Rawdah, sur le Nil.

 

L’allégeance à al-Malik al-Mou’azzam Touranshah

 

Quand le sultan mourut, sa femme, Shajarah ad-Dour, fit venir l’émir Fakhr ad-Din Ibn Sheikh et le Tawashi Jamal ad-Din-Mouhsin qui était le plus proche du sultan et qui contrôlait ses Mamalik ainsi que les gens de sa maison. Shajarah ad-Dour leur apprit alors que le sultan venait de rendre l’âme et elle leur donna l’ordre de cacher sa mort pour ne pas affoler les Musulmans.

L’émir Fakhr ad-Din était un homme intelligent et pouvait prendre en charge les affaires de l’état en plus d’être généreux et populaire. Shajarah ad-Dour convint donc avec eux de s’occuper des affaires de l’état jusqu’à l’arrivée d’al-Malik al-Mou’azzam Touranshah.

 

Shajarah ad-Dour convoqua alors les émirs qui se trouvaient dans le camp et leur dit : « Le sultan vient d’ordonner que vous lui renouvelez votre allégeance ainsi qu’à son successeur, son fils al-Malik al-Mou’azzam Ghiyath ad-Din Touranshah, le prince de Hisn Kayfa et que vous juriez de reconnaître l’émir Fakhr ad-Din Youssouf comme son général, l’atabek et le régent du royaume ». Tous les émirs consentirent parce qu’ils pensaient que le sultan était vivant et ils portèrent donc tous serments suivit par les soldats ainsi que les Mamalik du sultan.

 

Shajarah ad-Dour gouverna donc de manière à laisser apparaitre que rien n’avait changé. La tente royale resta ou elle était avant la mort du sultan et chaque jour, la table était servie. Les émirs continuaient de remplir leurs fonctions et quand ils venaient, Shajarah ad-Dour leur disait : « Le sultan est malade et recevra personne aujourd’hui. »

 

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