CROISADES

La bataille de Gaza

 

Après ces événements, l’émir Houssam ad-Din Abou ‘Ali Ibn Muhammad Ibn Abou ‘Ali al-Hadbani partit avec un corps de troupe pour tenir la garnison de Nablous. Al-Malik as-Salih Isma’il envoya de Damas une armée sous le commandement d’al-Malik al-Mansour, le prince de Homs, qui partit sans bagages avec ses troupes pour Acre ou il demanda aux croisés de se mettre sous son commandement pour faire la guerre aux armées égyptiennes. Puis, ses soldats marchèrent sur Gaza où ils furent rejoints par les troupes envoyés en renforts par al-Malik an-Nassir Daoud, le souverain de Karak et sous le commandement de Thabit ad-Din Ibn Sounkour al-Halabi et al-Waziri.

Ces troupes rencontrèrent les Khwarizmi à Gaza tandis que les croisés levèrent leurs croix au-dessus des têtes des soldats de Damas et d’al-Malik al-Mansour, le prince de Homs. Les prêtres se signèrent tandis que devant eux se trouvaient des récipients de vin dans lesquels les chevaliers se servaient.

Les croisés commandaient l’aile droite et l’aile gauche tandis que les troupes de Karak se trouvaient au centre avec al-Malik al-Mansour, le souverain de Homs. Les Khwarizmi et les Egyptiens avancèrent et un lourd combat eut lieu entre les deux armées. Al-Malik al-Mansour fut défait, al-Waziri prit la fuite et Tahir ad-Din Ibn Sounqour al-Halabi fut pris prisonnier. Les Khwarizmi se jetèrent là où le combat était le plus violent et ils encerclèrent les croisés qu’ils passèrent par le sabre ou qu’ils prirent prisonniers. Seuls ceux qui parvinrent à s’enfuir du champ de bataille échappèrent à la mort. Les Khwarizmi s’emparèrent d’un immense butin tandis qu’al-Malik al-Mansour retourna à Damas avec quelques survivants.

 

Le 15 du mois de Joumadah Awwal, la nouvelle de la victoire parvint à al-Malik as-Salih Najm ad-Din qui ordonna de décorer le Caire, Misr et les deux citadelles de la Montagne et l’île ar-Rawdah. De même, les tambours furent frappés plusieurs jours successifs à l’occasion de cette victoire. Puis quelques jours après, les prisonniers croisés arrivèrent avec les têtes de ceux qui avaient péri dans le combat ainsi que Tahir ad-Din Ibn Sounqour, de nombreux émirs et éminents personnages. Les croisés montés sur des chameaux et leurs chefs sur des chevaux traversèrent ainsi la ville du Caire. Le jour de leur entrée dans la ville fut un jour de fête. Les têtes furent suspendues aux portes du Caire et les cachots remplis de prisonniers.

 

Les Khwarizmi reprennent les villes côtières de Jérusalem

 

Les émirs Baybars et Ibn Abou ‘Ali marchèrent sur ‘Ascalon qu’ils assiégèrent mais comme la ville imprenable résista Ibn Abou ‘Ali marcha alors sur Naplouse tandis que Rouqn ad-Din Baybars resta sous les murs d‘Ascalon pour poursuivre le siège. Les lieutenants d’al-Malik as-Salih Najm ad-Din Ayyoub s’emparèrent de Gaza, des villes côtières, de Jérusalem, d’Hébron, de Bayt Jibril et d’al-Aghwar. Karak, al-Balqah, Salt et ‘Ajloun restèrent cependant aux mains d’al-Malik an-Nassir Daoud.

 

Mou’in ad-Din al-Hassan Ibn Sheikh al-Masha’ikh quitta alors le Caire avec ses troupes, la tente royale et les trésors. Le sultan écrivit aux Khwarizmi de se mettre sous les ordres de ce dernier qui se rendit avec l’armée du Caire à Gaza. Les Khwarizmi et l’armée se joignirent à lui et il marcha vers Bayssan où il resta quelque temps avant de se diriger vers Damas qu’il assiégea et où s’étaient retranchés al-Malik as-Salih Isma’il et al-Malik al-Mansour Ibrahim, le souverain de Homs. Les Khwarizmi ravagèrent alors la région de Damas.

 

Al-Malik as-Salih Isma’il envoya alors à Mou’in ad-Din un tapis de prière, un vase et un bâton de pèlerin avec le message suivant : « Tu ferais mieux de t’occuper à te servir de ces objets plutôt que de faire la guerre aux rois. » Quand Ibn Sheikh al-Masha’ikh reçut ces objets, il envoya à al-Malik as-Salih Isma’il un luth, une flûte et une robe de femme en soie avec le message suivant : « Si le tapis, le vase et le bâton sont les objets qui me conviennent alors ce luth, cette flûte et cette robe de femme te conviennent encore mieux » et il poursuivit le siège de la ville.

 

Cette même année, arriva une lettre de Badr ad-Din Lou’lou’, le souverain de Mossoul, demandant le tribut qui avait été fixé pour faire la guerre contre les Tatars. Comme d’habitude, ce fut le Qadi Mouhyi ad-Din Ibn Zaki ad-Din qui lut cette lettre.

 

Cette année aussi, les Tatars s’emparèrent de Shahrzour.

 

 

La reconstruction des murailles de Bayt al-Maqdis et la reconquête de Tibériade

 

En l’an 644 de l’Hégire (1246), le sultan se rendit à Jérusalem et distribua en aumônes deux mille dinars égyptiens. Il ordonna de mesurer le mur d’enceinte de Jérusalem ce qui fut fait et il s’avéra que la muraille avait une circonférence de six mille coudées Hashimites (un coudée Hashimi est égale à 66,5 cm soit environ 4 km). Le sultan ordonna alors de réparer l’enceinte avec les revenus de Jérusalem et que si l’argent n’était pas suffisant, il enverrait du Caire ce dont ils auraient besoin.

 

Cette même année, l’émir Fakhr ad-Din Ibn Sheikh al-Masha’ikh, marcha sur Tibériade qu’il assiégea et arracha aux croisés. Il rasa les citadelles que ces derniers avaient restaurées, avant de marcher sur ‘Ascalon qu’il assiégea jusqu’à ce que les croisés en furent chassé puis, il en fit aussi raser les fortifications de la ville.

 

Toujours cette année, la discorde s’engouffra dans les rangs des croisés.

 

 

 

Au mois de Joumadah Thani de l’an 645 de l’Hégire (1247), le sultan al-Malik as-Salih quitta Damas pour Le Caire après avoir donné l’assaut sur Ascalon qu’il prit et détruisit ainsi que de la citadelle de Barzin qui dépend de Hamah, durant le mois de Ramadan.

 

 

 

En l’an 646 de l’Hégire (1248), les croisés se mirent en campagne pour conquérir l’Egypte.

 

Cette année aussi, le minaret oriental de la grande mosquée de Damas brûla.

 

 

Du débarquement du roi Louis Ibn Louis al-Fransis as-Salibi en Egypte

 

Au mois de Mouharram de l’année 647 de l’Hégire (1249), le sultan al-Malik as-Salih Najm ad-Din Ayyoub qui était malade, quitta Damas dans une litière quand il apprit que les croisés s’étaient mis en campagne. Il campa donc à Ashmoum Tannah et fit rassembler dans Damiette une grande quantité de provisions et d’armements. Il ordonna à l’émir Houssam ad-Din Ibn Abou ‘Ali, son lieutenant au Caire, d’armer les navires qui se trouvaient dans les arsenaux de Misr. L’émir s’empressa d’exécuter cet ordre et fit partir les navires les uns après les autres. Le sultan écrivit également à l’émir Fakhr ad-Din et lui ordonna de venir camper sur les rives du canal de Damiette avec les troupes égyptiennes, de façon à faire face à l’armée croisée quand elle débarquerait. Il se mit donc en route avec son armée et vint camper sur la rive en face de Damiette dont il était séparé par le Nil.

 

Alors qu’il ne restait que neuf jours du mois de Safar, à la deuxième heure du vendredi la flotte des croisés arriva d’outre-mer et leur immense armée commandée par le roi Louis Ibn Louis al-Fransis.

Le roi des croisés envoya au sultan un message qui débutait par leur paroles de mécréance et qui disait : « Tu n’es pas sans savoir que je suis le souverain des nations qui suivent la religion du Christ comme je te reconnais pour être le souverain des peuples qui suivent la religion de Muhammad. Sache que je ne te crains pas et les Musulmans qui habitent l’Andalousie nous payent le tribut et nous offrent des cadeaux. Nous les chassons comme des troupeaux de bœufs, nous tuons leurs hommes, nous violons leurs femmes, nous prenons en captivité leurs filles et leurs enfants et nous désertifions leur pays. Ceci dit, même si tu me jurerais de me reconnaître comme ton suzerain et que tu te présenterais devant moi accompagné de prêtres et de moines et que tu tiendrais un cierge à la main démontrant ton adoration de la croix, je marcherais quand même contre toi et te combattrais jusqu’aux confins de ton empire. Je t’ai donc mis en garde et t’informe que l’armée qui est sous mon commandement est telle qu’elle couvre les montagnes et remplit les vallées. Le nombre de mes soldats est comparable à celui des cailloux qui couvrent les routes et que j’ai lancé contre toi avec des épées qui trancheront le différend entre nous. »

Quand le sultan fut informé de son contenu, il entra dans une terrible rage et fit répondre au roi par le Qadi Baha ad-Din Zouhayr Ibn Muhammad : « J’ai reçu ta lettre dans laquelle tu me menaces du nombre infini de tes troupes et de sa multitude mais sache que nous sommes les maîtres des épées. Nulle aile de notre armée n’a jamais été vaincue sans que nous l’ayons remplacée et personne ne nous a provoqué sans que nous ne l’ayons détruit. Si tes yeux avaient vu les éclats des lames de nos sabres, l’échelle de nos destructions, les étendues de nos conquêtes de vos places fortes et de vos villes en Palestine, s’ils avaient vu les ruines que nous avons accumulées dans vos pays lointains ou proches, tu te mordrais les doigts de dépit et de chagrin. Il ne fait aucun doute que si ce jour est à nous, la fin sera contre toi et verra ta perte et tu regretteras alors amèrement d’avoir entrepris cette campagne car ceux qui agissent injustement verront leurs projets se retourner contre eux. Quand tu auras lu ma lettre, médite donc ces versets : « L’ordre d’Allah arrive. Ne le hâtez donc pas. Gloire à lui ! » (Qur’an 16/1)     et : « Et certainement vous en aurez bientôt des nouvelles ! » (Qur’an 38/88). Sache que nous nous faisons aveuglement confiance à la parole d’Allah, Glorifié et Exalté soit-Il dont les paroles sont les plus véridiques et Qui a dit : « Combien de fois une troupe peu nombreuse a, par la grâce d’Allah, vaincu une troupe très nombreuse ! Et Allah est avec les endurants. » Les sages ont dit que l’agresseur mordra la terre et ton insolence causera ta perte. Salut ! »

 

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