CROISADES

De l’arrivée d’un groupe de Tatars à Irbil et Daqouqah

 

Au mois de Dzoul Hijjah de cette année, un groupe de Tatars arriva d’Azerbaïdjan dans la région d’Irbil. Ils tuèrent les Iwa’i Turkmènes, les Kurdes Jouzqan et d’autre en chemin avant d’entrer à Irbil. Ils mirent à sac les villages et massacrèrent tous les habitants de ces régions qu’ils saisirent. Ils perpétrèrent des actions abominables dont on n’entendit pas parler des autres (nations).

 

Le souverain d’Irbil, Mouzaffar ad-Din prit le champ de bataille avec ses troupes. Il demanda des renforts aux troupes de Mossoul qui le rejoignirent. Quand il apprit que les Tatars étaient retournés en Azerbaïdjan, il resta sur ses terres et ne les poursuivit pas. Ils atteignirent le village d’al-Karkhini, la ville de Daqouqah et d’autres et revinrent en toute sécurité sans que personne ne leur ait causé le moindre mal et sans qu’aucun soldat ne soit opposé à eux.

Ce sont des malheurs et des crises jamais vues précédemment ni même à l’époque récente. Qu’Allah à Lui la Puissance et la Gloire soit indulgent et Miséricordieux envers les Musulmans et qu’Il éloigne d’eux l’ennemi.

Cette année s’acheva et nous n’avons pas d’information confirmée sur Jalal ad-Din. Nous ne savons pas s’il a été tué ou s’il se cache, s’il ne s’est pas révélé par crainte des Tatars ou s’il a quitté le pays et Allah est Plus Savant.

 

Comme les habitants d’Azerbaïdjan se soumirent aux Tatars

 

Vers la fin de cette année, tout le peuple d’Azerbaïdjan se soumit aux Tatars et les supplia avec de l’argent, de la soie chinoise, Khoy, Attabi et d’autres articles. La raison de leur soumission est que Jalal ad-Din fut défait par les Tatars, son armée anéantie et dispersée, les trainards saisis par les gens, et les Tatars à Diyar Bakr, al-Jazirah, Irbil et Khilat firent ce qu’ils firent sans que personne ne les arrête, sans que personne ne les affronte et les princes de l’Islam rôdèrent dans leurs terriers. S’ajoutant à cela le manque d’information au sujet de ce qui était arrivé à Jalal ad-Din car aucune nouvelle n’arriva de sa part. Les gens ne sachant pas quelle était sa situation, désespérèrent, déclarèrent leur soumission aux Tatars et leur fournirent tout l’argent et les vêtements qu’ils demandèrent.

 

Ce fut le cas avec la ville de Tabriz qui est le cœur de l’Azerbaïdjan et vers qui tous les regards étaient tournés et aussi leurs gens pour un chef. Le chef des Tatars campa avec ses armées près de la ville et envoya un messager à ses habitants les invitant à se soumettre et les menaçant en cas de refus. Ils lui envoyèrent une grande quantité d’argent et des tissus rares de toutes sortes, des soies entre autres, et toutes sortes de choses, même du vin, et ils lui offrent leur soumission. Il leur répondit en les remerciant et demanda à ce que leurs chefs se présentent devant lui. Le Qadi de la ville, le chef et plusieurs notables locaux allèrent le voir, mais Shams ad-Din at-Toughra’i ne put les rejoindre et il fut celui vers qui tout le monde se tourna, bien qu’il n’ait pas rendu cela évident.

Quand ces autres se présentèrent, il les questionna au sujet du refus d’at-Toughra’i de venir. Ils dirent : « C’est un homme qui vie en réclusion pieuse. Il n’a aucun rapport avec les princes. Nous sommes les gens les plus importants. » Il ne répondit pas puis leur demanda de réunir devant lui des fabricants de tissus chinois et autres, afin qu’ils puissent être employé pour leur grand dirigeant car cet homme était l’un des sujets de ce dirigeant.

Les artisans furent convoqués et il les employa à produire ce qu’ils voulaient. Les gens de Tabriz payèrent le prix. Puis il leur demanda une tente, aussi pour son dirigeant, et ils firent donc une tente comme on n’en avait jamais vue auparavant. Ils firent l’extérieur de fin satin brodé et l’intérieur de zibeline et de peaux de castor. Cela leur couta très cher. Il leur imposa (au notable) un tribut annuel en argent comptant. L’envoyé Tatar fit la navette entre le Diwan califal et plusieurs princes leur demandant de ne pas offrir leur aide à Khwarezm Shah.

 

J’ai lu une lettre qui arriva d’un commerçant, un habitant d’ar-Rayy, l’an dernier avant l’incursion des Tatars. Quand les Tatars arrivèrent à ar-Rayy et que le peuple se soumit à eux et qu’ils allèrent en Azerbaïdjan, il voyagea avec eux vers Tabriz et écrivit à ses collègues à Mossoul ce qui suit : « Nous ne pouvons décrire le mécréant, qu’Allah le maudisse, ni parler de ses hordes à moins de briser le cœur des Musulmans car la situation est très grave. N’imaginez pas que le but de ce groupe qui vint à Nisibis et Khabour et l’autre groupe qui atteignit Irbil et Daqouqah était des pilleurs. Ils voulaient simplement savoir s’il y avait ou non dans ce pays quiconque qui puisse leur résister. Quand ils revinrent, ils parlèrent à leur souverain du manque de protection ou de défense du pays et que la terre était dépourvue de toute autorité ou soldats. Leur avide ambition augmenta et ils vont vous attaquer au printemps. Il ne vous reste nulle part où aller excepté l’ouest car leur projet est d’envahir toutes les terres. Faites attention à vous. »

 

Quant à Jalal ad-Din, jusqu’à la fin de l’année 628 de l’Hégire (1231) il n’y avait toujours pas de nouvelles de lui et de même jusqu’à la fin du mois de Safar 629 de l’Hégire (1231). Allah est Celui de qui vient le secours.

 

 

Cette année, il y avait peu de pluie dans al-Jazirah et la Syrie, notamment à Alep et ses dépendances, ou elle fut extrêmement rare. Les prix augmentèrent et la hausse des prix à Alep fut la pire même si ce cela ne fut pas aussi grave qu’il l’a été mentionné au cours des dernières années. L’Atabeg Shihab ad-Din, qui était en charge des affaires à Alep, la source des ordres et des interdictions, le régent et le défenseur pour son sultan, al-‘Aziz Ibn az-Zahir, fournit beaucoup de son propre argent, des céréales et accorda des aumône abondante. Il administra si bien la ville qu’il n’y eut aucun signe évident de la pénurie et des prix élevés. Qu’Allah le récompense des meilleures récompenses.

 

Cette année aussi, les croisés en Syrie, qu’Allah les maudisse, attaquèrent la ville de Jabalah qui est l’une des villes dépendantes d’Alep. Ils entrèrent et prirent du butin et des prisonniers. L’Atabeg Shihab ad-Din envoya des troupes contre eux avec un émir à qui il donna cette région en fief. Il engagea les croisés, tua beaucoup d’entre eux et récupéra les prisonniers et le butin.

 

Ici prend fin les évènements relatifs aux croisés et aux Tatars d’al-Kamil fit-Tarikh d’Ibn al-Athir, qu’Allah lui fasse miséricorde.

[1] Excellente leçon pour ceux qui préfère les « bons »mécréants aux « pires » Musulmans !

[2] Connaissiez-vous cette histoire ? Et bien s’il est vrai que j’en ai entendu parler plus d’une fois mais sans pour autant chercher à la connaitre excepté aujourd’hui alors que je relis le texte pour la correction. L’histoire de Majnoun et Layla est très ancienne et elle est l’histoire d’amour la plus populaire au Moyen-Orient, en Asie centrale, chez les Arabes, Turcs, Afghans, Tadjiks, Kurdes, Indiens, Pakistanais et Azerbaïdjanais. Voici donc ce qui apparait être une histoire pas tout à fait banale :

« Il y a bien longtemps, le beau Qays, fils d’une illustre famille de Bédouins, tomba éperdument amoureux de sa cousine Layla. Le jeune homme, un poète, ne put s’empêcher de chanter son amour à tous les vents et exprima sans retenue son souhait d’épouser la belle Layla.

Mais chez les Bédouins, il est de tradition que ce soit les pères qui règlent les mariages. Le désir crié par Qays devint une ombre sur leur autorité et ceux-ci refusèrent donc cette union. Il se servit alors de ses poèmes comme d’une arme contre le pouvoir mais la famille de Layla obtint alors du calife la permission de tuer l’arrogant amoureux.

Le calife fit venir Layla pour voir sa si grande beauté et découvrit avec stupeur qu’il s’agissait d’une jeune femme plutôt maigre, au teint brûlé par le soleil. Il décida alors de faire venir Qays et l’interrogea : « Pourquoi aimes-tu cette femme qui n’a rien d’extraordinaire ? Elle est moins belle que la moins belle de mes femmes. »

Et Qays répondit : « C’est parce que tu n’as pas mes yeux pour voir sa beauté et mon amour pour elle est infini. »

La famille de Qays demanda Layla en mariage contre cinquante chamelles mais le père de Layla refusa et Qays perdit la raison. Son père l’emmena à La Mecque pour qu’il retrouve ses esprits parce que le jeune homme entendait une voix qui lui criait sans cesse le prénom de son amour. Son obsession devint telle qu’on l’appela alors al-Majnoun (le possédé) de Layla.

Un jour que Majnoun était tranquillement chez lui, rêvant à son amour, un ami vint le prévenir que Layla était devant sa porte et le poète fou eut pour seule réponse : « Dis-lui de passer son chemin car elle m’empêcherait de penser à l’amour de Layla. »

Quelque temps plus tard, Layla se maria et quitta la région. Majnoun partit vivre dans le désert avec les animaux sauvages et certains prétendirent l’avoir vu manger de l’herbe avec les gazelles puis, un jour, on découvrit son corps inanimé, protégeant un ultime poème dédié à son amour… » Un grand nombre de poètes on reprit ce thème et écrit leur propre version de Majnoun et Layla !

 

 

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