CROISADES

Récit de l’incursion des Tatars en Azerbaïdjan et ce qu’ils firent

 

En l’an 628 de l’Hégire (1230), les Tatars arrivèrent en Azerbaïdjan depuis la Transoxiane. Nous avons déjà raconté comment ils conquirent la Transoxiane, ce qu’ils firent au Khorasan et dans d’autres territoires comme pillages, destructions et massacres. Leur règne s’établit en Transoxiane et dans les villes qu’ils commencèrent à repeupler. Ils construisirent une grande ville qui était pratiquement l’équivalent de la ville de Khwarezm. Cependant, les villes du Khorasan restèrent à l’état de ruines car aucun Musulman n’osa y habiter.

Quant aux Tatars, un groupe d’entre eux faisait de temps en temps des raids et pillait ce qu’il y trouvait. Le pays était complètement en ruine et ils continuèrent ainsi jusqu’à ce qu’en 625 de l’Hégire (1227), quand une horde apparut parmi eux et s’ensuivit entre eux et Jalal ad-Din les évènements que nous avons déjà rapporté. Leur situation resta inchangée jusqu’au moment présent quand Jalal ad-Din rencontra la défaite aux mains de ‘Ala’ ad-Din Kaykoubad et al-Ashraf, comme nous l’avons mentionné dans notre récit de l’année 627 de l’Hégire (1229). Le chef des hérétiques ismaéliens envoya alors un messager aux Tatars pour les informer de la faiblesse de Jalal ad-Din due à la défaite qu’il avait subie et pour les inciter à l’attaquer profitant de sa faiblesse et pour leur garantir la victoire sur lui à cause de celle-ci.

 

Jalal ad-Din agissant en mauvais voisin et était un mauvais souverain qui gérait de façon abominable son royaume. Parmi les princes qui étaient ses voisins, pas l’un d’entre eux n’échappa à son hostilité ni ne vit son royaume défié. Un exemple de ceci est dès qu’il apparut à Ispahan et qu’il rassembla son armée, il envahit le Khouzistan et assiégea Toustar, une possession du calife. Il marcha sur Daqouqah qu’il mit à sac et tua de nombreuses personnes. Daqouqah aussi appartenait au calife. Puis il prit l’Azerbaïdjan, qui était tenue par Ouzbak et attaqua les Géorgiens, qu’il vainquit et harcela. Plus tard, il fit la guerre à al-Ashraf, le seigneur de Khilat, puis à ‘Ala’ ad-Din, le souverain d’Anatolie, puis aux ismaéliens, dont il ravagea les terres et tua nombre d’entre eux. Il leur imposa un tribut annuel en argent et autres. Les princes l’abandonnèrent et aucun ne voulut prendre sa main !

 

Quand les lettres des chefs ismaéliens appelants à attaquer Jalal ad-Din arrivèrent aux Tatars, une horde d’entre eux se hâta d’entrer sur son territoire où ils prirent ar-Rayy, Hamadan et le territoire qui les séparait. Puis ils envahirent l’Azerbaïdjan, où ils semèrent la destruction, pillèrent et tuèrent les habitants qu’ils firent prisonniers. Pendant ce temps, Jalal ad-Din submergé par la panique et la peur n’osa pas les affronter ni ne put défendre le pays contre eux. De plus, une grande partie de l’armée s’était retournée contre lui et son vizir et avait rejeté leur loyauté.

La raison de ceci fut étrange et révèle un manque sans parallèle de bon sens de la part de Jalal ad-Din. Jalal ad-Din avait un serviteur énuque nommé Kilij qu’il aimait beaucoup. Il arriva que son énuque mourut et Jalal ad-Din montra tant de peine et de chagrin pour lui que jamais chose similaire ne fut vue même pas de la part de Majnoun pour Layla[2]. Il ordonna à ses soldats et à ses émirs de marcher à pied dans son cortège funéraire. Sa mort eut eu lieu dans un endroit situé à plusieurs kilomètres de Tabriz. Ses troupes avancèrent à pied tout comme lui sur une partie de la route mais ses émirs et son vizir le convainquirent de chevaucher. Quand il atteignit Tabriz, il envoya un messager aux habitants, leur ordonnant de quitter la ville pour aller à la rencontre du cercueil de l’énuque, ce qu’ils firent. Cependant, il les blâma de ne pas être allés assez loin, de ne pas avoir montré plus de chagrin et versé plus de larmes. Il voulut les punir mais ses émirs intercédèrent en leur faveur et il les laissa en paix.

De plus, cet énuque ne fut pas inhumé mais Jalal ad-Din l’emmena partout où il allait, se battant la poitrine et pleurant. Il refusa toute nourriture et boisson qu’on lui offrit, en disant : « Prends-en untel, » en nommant l’énuque et personne n’osa dire qu’il était mort. Un jour, quelqu’un lui dit qu’il était mort et il tua l’homme qui lui dit cela. Ses émirs surmontèrent leurs exaspérations et leurs dégouts devant cette situation. Cela les conduisit, avec son vizir, à abandonner leur allégeance et ils se détournèrent de lui. Il fut abandonné hors de lui, ne sachant que faire, surtout quand les Tatars firent leur incursion. A ce moment, le serviteur énuque fut enterré et Jalal ad-Din contacta son vizir, le convainquit et le trompa pour qu’il retourne à lui. Après son arrivée, il survécut quelques jours puis Jalal ad-Din le tua. Ceci est vraiment un fait étrange et rare comme dont on n’a jamais entendu parler.

 

Comment les Tatars prirent Maraghah

 

Cette année, les Tatars assiégèrent Maraghah en Azerbaïdjan. La population résista puis déclara qu’elle était prête à se rendre en échange d’une garantie que les Tatars acceptèrent et prirent la ville où ils tuèrent peu de gens. Ils y nommèrent un préfet et la position des Tatars se renforca. Dans tout l’Azerbaïdjan, les gens les craignirent de plus en plus. Allah Tout Puissant viendra Lui-même en aide à l’Islam et aux Musulmans car pour le moment nous ne voyons personne parmi les princes de l’Islam ayant le désir de conduire le Jihad ou d’aider la religion. Au contraire, chacun d’entre eux est occupé par ses plaisirs, son sport (jeu) et l’oppression de ses sujets. Pour moi, c’est plus effrayant que l’ennemi. Allah Tout Puissant a dit : « Et craignez une calamité qui n’affligera pas exclusivement les injustes d’entre vous. » (Qur’an 8/25)

 

Récit de l’arrivée de Jalal ad-Din à Amid, sa défaite et ce qui lui arriva

 

Jalal ad-Din vit ce que les Tatars faisaient en Azerbaïdjan, qu’ils y restaient, tuaient, pillaient, faisaient des prisonniers, ruinaient le pays, prenaient l’argent, et se préparaient à l’attaquer. Il vit également son propre état de faiblesse et quitta l’Azerbaïdjan pour Khilat et y envoya al-Ashraf pour qu’il y reste comme son représentant. Il lui dit : « Nous ne sommes pas venus pour vous faire la guerre ni pour vous nuire. Seule la peur de l’ennemi nous a poussés à chercher votre ville. » Son plan était de se rendre à Diyar Bakr et al-Jazirah puis de rendre visite à la cour du calife pour lui demander de l’aide ainsi qu’à tous les princes contre les Tatars pour les repousser et les mettre aussi en garde contre les conséquences de leur échec. Il arriva à Khilat et apprit que les Tatars le pourchassaient en marche forcée sur ses traces, alors il se rendit à Amid. Il plaça des sentinelles en plusieurs endroits par crainte d’attaques nocturnes. Un détachement de Tatars arriva, sur ses traces et par une route autre que celle sur laquelle il avait placé des sentinelles. Ils lui tombèrent dessus à l’extérieur de la ville d’Amid. Il partit en essayant de sauver sa vie tandis que les troupes qu’il avait avec lui furent écrasées et se dispersèrent dans toutes les directions. Un groupe de son armée partit pour Harran, où l’émir Sawab et les troupes d’al-Kamil qui étaient avec lui à Harran leur tombèrent dessus, prirent leurs argents, leurs armes et les montures qu’ils avaient. D’autres partirent pour Nisibis, Mossoul, Sinjar, Irbil et ailleurs. Les souverains locaux et leurs sujets les harcelèrent et tous avaient envie de les attaquer, même les paysans, les Kurdes et les bédouins. Ils se vengèrent d’eux et les récompensèrent pour leurs mauvais actes, leur mauvais comportement à Khilat et ailleurs et pour toute les destructions qu’ils avaient commises sur leurs territoires. « Allah n’aime pas ceux qui font le mal. » Jalal ad-Din devint de plus en plus faible suite à la dislocation de son armée et à ce qui leur était arrivé.

 

Après que les Tatars les eurent traités de cette manière et qu’il eut fui défait, ils vinrent à Diyar Bakr à sa poursuite parce qu’ils ne savaient pas qu’elle destination il avait cherché ni quelle route il avait prise.

Gloire à Celui qui remplaça leur sécurité par la peur, leur puissance par l’humiliation et leur grand nombre par un petit. Bénit soit Allah, le Seigneur de l’Univers, qui fait ce qu’Il veut.

  

 

De l’entrée des Tatars à Diyar Bakr et al-Jazirah et les horribles méfaits qu’ils commirent

 

Après la défaite de Jalal ad-Din face aux Tatars à Amid, ils ravagèrent l’arrière-pays, Arzan et Mayafariqin puis se mirent en route pour Is’ard où les habitants leur résistèrent. Les Tatars leur offrirent une garantie, ils leur firent confiance et se rendirent mais quand les Tatars les eurent en leur pouvoir, ils les passèrent par l’épée et les massacrèrent en un tel nombre qu’ils les anéantirent presque. Les seuls survivants furent ceux qui se cachèrent et ils furent peu.

Un commerçant, qui était allé à Amid, m’a dit qu’il estimait les morts à plus de 15 000. Avec ce marchand il y avait une esclave d’Is’ard qui raconta que son maitre était parti combattre. Sa mère l’avait arrêté car elle n’avait pas d’autre fils que lui mais il n’écouta pas ce qu’elle disait alors elle alla avec lui et tous deux furent tués. Un neveu de la mère hérita de la fille et la vendit à ce marchand. Elle avait une terrible histoire à raconter à propos du nombre de personnes massacrées et comment le siège dura 5 jours.

 

De là, les Tatars se rendirent à Tanza, où ils agirent de la même façon, puis de Tanza vers une vallée proche nommée la vallée d’al-Qourayshiyah où se trouvaient des ruisseaux et de nombreux vergers. La route qui y menait était étroite et les habitants d’al-Qourayshiyah combattirent les Tatars et leur refusèrent l’accès. Ils tinrent bon contre eux et nombreux furent les tués des deux côtés. Les Tatars se retirèrent sans avoir remporté une seule victoire contre eux. Puis ils parcoururent le pays où ils ne rencontrèrent aucune résistance et personne ne les affronta. Ayant atteint Mardin, ils pillèrent ce qu’ils trouvèrent dans la ville tandis que le seigneur de Mardin et les gens de Dounayssir se réfugièrent dans la citadelle de la ville, comme d’autres qui vivaient près de la citadelle.

 

Ensuite ils allèrent à al-Jazirah qu’ils menacèrent pendant plusieurs heures. Ils ravagèrent l’arrière-pays et massacrèrent tous les gens qu’ils saisirent. Les portes restèrent closes alors ils se retirèrent et partirent pour le Sinjar. Ils arrivèrent dans les montagnes dans la région de Sinjar, qu’ils pillèrent puis entrèrent à Khabour. Ayant alors atteint Araban, ils pillèrent et massacrèrent à nouveau avant de se retirer.

 

Un autre groupe suivit la route de Mossoul et ils arrivèrent dans un village nommé al-Mou’nissah, à une journée de marche de Nisibis, entre cet endroit et Mossoul qu’ils mirent à sac alors que les habitants et les autres se cachèrent dans un caravansérail mais tous furent tués.

 

Un homme de là-bas m’a raconté ce qui suit :

« Je me suis caché dans un bâtiment qui contenait de la paille, pour qu’ils ne me capturent pas. Je les regardais par une fenêtre du bâtiment. A chaque fois qu’ils allaient tuer quelqu’un, il disait : « Non, pour l’amour de Dieu, » mais ils le tuaient quand même. Quand ils eurent fini avec le village, qu’ils eurent pillé ce qui s’y trouvait et fait prisonnières les femmes, je les vis se divertir sur leurs chevaux, riant, chantant dans leur langue et répétant les mots : « Non, pour l’amour de Dieu. » »

 

Un autre groupe encore se rendit à Nisibis sur l’Euphrate, une partie de la région d’Amid. Ayant pillé et massacré, ils retournèrent à Amid puis se rendirent à Badlis où la populace se réfugia dans la citadelle dans les collines. Ils tuèrent un petit nombre de personnes et mirent le feu à la ville. Un des habitants me dit : « Si nous avions eu 500 cavaliers, pas un seul Tatar n’aurait survécu, parce que la route est étroite entre les collines et quelques hommes suffisent pour repousser de nombreux. »

 

De Badlis ils se rendirent à Khilat. Ils descendirent sur une ville, une des dépendances de Khilat nommée « Bakri, » une puissante place forte et la prirent à la force des armes, tuant tout à l’intérieur. Puis ils partirent pour Arjish, une autre dépendance de Khilat et une grande ville indépendante. Ils s’y comportèrent de la même façon et ceci eut lieu au mois de Dzoul Hijjah.

 

On m’a raconté leur histoire, que celui qui écoute peut à peine croire du fait de la crainte d’eux qu’Allah avait placé dans le cœur des gens. On a même dit que l’un d’eux entra dans un village ou un quartier où se trouvait beaucoup de monde et continua à les tuer un par un sans que personne n’osa lever la main contre ce cavalier.

J’ai aussi entendu dire que l’un d’eux captura un homme mais le Tatar n’avait rien sur lui pour le tuer alors il lui dit : « Mets ta tête par terre et ne bouge pas. » L’homme posa sa tête par terre, le Tatar alla chercher une épée et revint pour le tuer sans qu’il ne bouge.

 

Un autre homme m’a raconté ce qui suit :

« Je voyageais sur la route avec 17 hommes. Un cavalier tatar vint vers nous et nous dit de nous attacher les uns les autres. Mes compagnons commencèrent à faire ce qu’il avait ordonné. Je leur dis : « C’est un homme. Pourquoi ne le tuons-nous pas et ne nous enfuyons nous pas ? » Ils répondirent : « Nous avons peur. » Je répondis : « Cet homme à l’intention de te tuer sur le champ. Tuons-le. Allah nous sauvera peut-être. » Par Allah pas un seul n’osa agir alors je pris un couteau et le tuai. Nous nous enfuîmes alors et furent en sécurité. »

Et il y eut de nombreux incidents comme celui-ci.

 

 

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