CROISADES

Comment les Géorgiens entrèrent dans la ville de Tiflis et l’incendièrent

 

Au mois de Rabi ‘Awwal de l’année 624 de l’Hégire (1226), les Géorgiens arrivèrent à Tiflis alors qu’il n’y avait pas de troupes musulmanes pour défendre la ville. La raison est due au fait que Jalal ad-Din était retourné à Khilat, tombé sur Iwa’i et envoyé ses troupes par groupes pour passer l’hiver dans les petites localités voisines qui avaient beaucoup de pâturages. Son armée avait mal agi envers la population musulmane de Tiflis et l’avait traité injustement si bien que les Musulmans avaient écrit aux Géorgiens pour les inviter à venir et qu’ils seraient acceptés comme souverains. Les Géorgiens profitèrent de cette inclinaison de la population en leur faveur et aussi que la ville était dépourvue de troupes. Stationnés dans les villes de Kars, d’Ani et d’autres forteresses, ils se réunirent et marchèrent sur Tiflis, qui n’était pas défendue comme nous l’avons mentionné parce que Jalal ad-Din avait jugé les Géorgiens faibles en raison du grand nombre d’entre eux qui avait été tué et parce qu’il ne les pensait pas capable de mener une campagne quelconque. Cependant, ils prirent la ville et passèrent tous les habitants par l’épée et sachant qu’ils ne pourraient pas tenir la ville contre Jalal ad-Din, ils l’incendièrent et la brulèrent jusqu’à ses fondations[1].

Lorsque cette nouvelles atteignirent     Jalal ad-Din, il partit avec les troupes qu’il avait avec lui mais ne trouva aucune âme vivante quand il arriva dans la place car les Géorgiens avaient abandonné Tiflis après y mit le feu. Et un peu trop tard, les habitants se rendirent alors compte que le pire Musulman valait bien mieux que le meilleur des mécréants !

 

Compte du pillage des terres des ismaéliens par Jalal ad-Din

 

Durant cette année, les ismaéliens tuèrent un grand émir de Jalal ad-Din, l’émir à qui il avait confié la ville de Ganja et ses dépendances et les lui avait alloué comme un fief. Il était un excellent émir qui faisait beaucoup de bien et qui gouvernait avec justice n’hésitant pas à censurer Jalal ad-Din pour les pillages et les autres mauvaises actions commises par son armée.

Lorsque cet émir fut tué, Jalal al-D fut outragé par son assassinat et devint furieux. Il marcha avec ses troupes sur les terres des ismaéliens des confins d’Alamout à Girdkouh dans le Khorasan en dévastant tout sur son passage. Il tua les habitants, pilla leurs biens, captura leurs femmes, asservit leurs enfants et mit les hommes à mort. Il leur fit de terribles choses et prit sa revanche sur eux. Ils avaient eux-mêmes fait beaucoup de mal et leurs déprédations avaient augmentées. Leurs ambitions avaient pris de l’ampleur depuis l’irruption des Tatars dans les terres d’Islam jusqu’au temps présent. Jalal ad-Din stoppa ainsi leur agression et les humilia. Allah Exalté à Lui les Louanges et la Gloire, leur fit gouter ce qu’ils avaient eux-mêmes fait aux Musulmans.

 

 

Quand Jalal ad-Din eut fini avec les hashashiyine, il fut informé qu’un grand nombre de Tatars avait atteint Damghan dans les environs d’ar-Rayy avec l’intention d’envahir le territoire islamique. Il marcha à leur rencontre, les amena dans la bataille et le combat fut très féroce. Les Tatars furent alors vaincus et il leur infligea des pertes importantes avant de les poursuivre durant plusieurs jours tuant ainsi les retardataires ou les faisant prisonniers. Bien qu’il resta dans la région d’ar-Rayy, il craignit un autre rassemblement de Tatars quand l’information lui arriva qu’un grand nombre d’entre eux marchaient à sa rencontre. Il resta donc sur sa position et les attendit et nous raconterons ce qu’ils firent sous l’année 625 de l’Hégire (1227).

 

 

Au cours de cette année, la famine persista dans al-Jazirah. Les prix continuèrent à monter et descendre un peu. Il n’y eut pas de pluie durant tout Shoubat (février) et dix jours d’Adhar (mars) tandis que la famine augmenta. Le blé atteignit un dinar et deux Qirats pour deux Makkouk à Mossoul et l’orge aussi, un dinar et deux Qirats pour trois Makkouk de la norme de Mossoul. Cette année, tout devint rare et cher.

 

Au printemps il y eut quelques agneaux disponibles à Mossoul mais à un prix élevé de sorte qu’un Ratl Baghdadi de viande coûta deux Habbas en poids et durant certains jours, encore plus coûteux que cela. L’un de ceux qui vendaient les agneaux à Mossoul m’a dit que parfois il ne vendait pas plus qu’un seul agneau et parfois cinq ou six têtes, parfois plus, parfois moins. Ce fut quelque chose de tout à fait inédit et quelque chose que nous n’avons jamais vu durant toute notre vie. Nous n’avons jamais été informé de quelque chose de similaire parce qu’au printemps, on s’attend à avoir la viande pas cher puisque les Turcomans, les Kurdes et les Kilakans quittent les places ou ils avaient passé l’hiver pour Zouzan ou ils vendent des moutons à vraiment très bon prix. Chaque année à cette saison, la viande coutait habituellement un Qirat pour six ou sept Ratls. Cette année, un Ralt passa à deux Habbas.

 

Le 10 Adhar (mars) ou le 320 du mois de Rabi’ Awwal, la neige tomba deux fois à Mossoul. Ce fut très étrange et inconnu. Elle ruina les fleurs (bourgeons) qui étaient sorties, comme celles des amandes, des pêches, des poires, des coings, etc.

Ces mêmes nouvelles     furent aussi rapportées dans tout l’Irak, où les fleurs et les fruits furent ruinés. Ce fut plus surprenant que la situation d’al-Jazirah et de la Syrie parce que l’Irak est beaucoup plus chaud que ces deux pays.

 

Cette année, un groupe de Turcomans, qui se trouvaient dans les confins de la région d’Alep, capturèrent un célèbre chevalier franc des templiers d’Antioche et le tuèrent. Les templiers entendirent parler de cela, ils se réunirent et surprirent les Turkmènes qu’ils tuèrent ou capturèrent et saisirent leurs troupeaux. Ces évènements furent portés à l’attention de l’Atabeg Shihab ad-Din, l’autorité responsable d’Alep qui écrivit alors aux croisés et les menaças d’une attaque sur leur territoire. Il arriva que les troupes d’Alep tuèrent également deux grands chevaliers des templiers de sorte que les templiers affirmèrent leur volonté de faire la paix et remirent aux Turkmènes une grande partie de leurs troupeaux, leurs familles et leurs captives.

 

Des hostilités entre Jalal ad-Din et les Tatars

 

Au cours de l’année 625 de l’Hégire (1227), les Tatars se déplacèrent de nouveau vers ar-Rayy et il y eut de nombreuses batailles entre eux et Jalal ad-Din et le nombre (de batailles) est un sujet de litige. La plupart d’entre elles furent perdues par lui mais finalement il fut victorieux.

 

Au début de la guerre, il y eut quelques étranges merveilles. Shinjiz Khan (Gengis Khan), le souverain de ces Tatars, devint très en colère contre un de ses commandants, le renvoya de sa présence et le banni de ses terres. Ce commandant partit pour le Khorasan et après avoir vu son état de ruine, il se dirigea vers ar-Rayy pour conquérir les régions et les villes. Jalal ad-Din le rencontra là-bas et ils se livrèrent des féroces combats. Jalal ad-Din fut vaincu mais revint et fut de nouveau battu. Il partit vers Ispahan et resta entre elle et ar-Rayy où il rassembla ses troupes et ceux qui lui étaient soumis. Parmi ceux qui vinrent le rejoindre fut le gouverneur de Fars, à savoir le fils de l’Atabeg Sa’d qui était arrivé au pouvoir après la mort de son père, comme nous l’avons mentionné. Jalal ad-Din retourna ensuite faire face de nouveau aux Tatars.

Alors qu’ils formaient leurs lignes de bataille, chaque côté faisant face à l’autre, Ghiyath ad-Din, le frère de Jalal ad-Din, fit défection avec les émirs qui avaient conspiré avec lui pour abandonner Jalal ad-Din. Ils quittèrent le champ de bataille et partirent ailleurs. Lorsque les Tatars les virent quitter l’armée, ils pensèrent qu’ils avaient l’intention de de les contourner pour les attaquer sur leurs arrières et être pris ainsi entre deux. En raison de cette hypothèse, les Tatars reculèrent et furent poursuivis par le seigneur de Fars. Cependant, quand Jalal ad-Din vit qu’il avait été abandonné par son frère et les émirs de connivence avec lui, pensa que les Tatars s’étaient retirés pour le tromper et l’attirer hors de sa position. Il se retira et n’osa pas entrer dans Ispahan de peur que les Tatars ne l’assiègent là et c’est pourquoi, il poursuivit sa route vers Soumayram.

Lorsque le seigneur de Fars s’éloigna à la poursuite des Tatars et qu’il ne put voir ni Jalal ad-Din, ni son armée avec lui, il eut peur des Tatars et revint sur ses pas. Les Tatars, à leur tour, lorsqu’ils ne virent personne sur leurs traces les poursuivant, ils s’arrêtèrent et marchèrent plus tard sur Ispahan. Sur leur chemin, ils ne trouvèrent personne pour s’y opposer à eux et sitôt arrivé à Ispahan, ils assiégèrent la ville. Le peuple pensa que Jalal ad-Din avait péri. Alors qu’ils avaient cette impression et que le siège des Tatars se poursuivaient, ils reçurent un messager de Jalal ad-Din qui les informa qu’il était en sécurité et leur disant : « Je vais rester dans mon domaine jusqu’à ce que les troupes qui sont sûrs se seront ralliées à moi. Ensuite, je viendrai à vous et nous agirons ensemble pour harceler les Tartares et les chasser. »

Ils le renvoyèrent pour l’exhorter à venir, en lui promettant de l’aider et qu’ils sortiraient à la rencontre de l’ennemi avec lui, plein de bravoure. Il alla donc chez eux et ils unirent leurs forces. Les hommes d’Ispahan sortirent avec lui et combattirent les Tatars, qui subirent une de leur plus terrible défaite. Jalal ad-Din les poursuivit jusqu’à ar-Rayy, tuant et prenant des prisonniers. Lorsque les Tatars allèrent aussi loin qu’ar-Rayy, il s’installa là-bas. Le fils de Shinjiz Khan lui envoya une lettre, en disant : « Ce ne sont pas nos partisans. Nous les avons banni de notre présence ». Quand Jalal ad-Din se sentit en sécurité avec le fils de Shinjiz Khan, il retourna en Azerbaïdjan ».

 

Views: 0