CROISADES

De la conquête de Ghazna et la terre des Ghour par les Tatars

 

Quand les Tatars eurent fini avec le Khorasan et retournèrent chez leur souverain, il équipa une grande armée et l’envoya à Ghazna, où le prince régnant était Jalal ad-Din Ibn Khwarizm Shah. Les survivants de l’armée de son père s’étaient ralliés à lui là-bas et, selon un rapport, ils étaient au nombre de 60 000. Lorsque les Tatars arrivèrent dans les dépendances de Ghazna, les Musulmans sortirent à leur rencontre avec le fils du     Khwarizm Shah près d’un endroit appelé Balq, les engagèrent et menèrent une lutte acharnée qui dura trois jours. Finalement, Allah Exalté fit descendre Sa victoire sur les Musulmans. Les Tatars s’enfuirent et les Musulmans les tuèrent à volonté. Ceux qui s’échappèrent retournèrent chez leur roi à Talaqan.

 

Lorsque les habitants d’Herat entendu parler de cette victoire, ils se soulevèrent contre le gouverneur que les Tatars avaient placé parmi eux et le tuèrent. Shinjiz Khan leur envoya une armée qui prit la ville et la détruisit comme nous l’avons rapporté.

Après la défaite des Tatars, Jalal ad-Din envoya un émissaire à Shinjiz Khan pour lui dire : « Dans quelle endroit veux-tu que la bataille ait lieu afin que nous puissions faire notre chemin vers lui ? » Shinjiz Khan prépara une grande armée, plus grande que la première, avec un de ses fils et l’envoya vers Jalal ad-Din. Lorsque les Tatars arrivèrent à Kaboul, les forces islamiques sortirent à leur rencontre. Ils s’alignèrent les uns en face des autres et une grande bataille s’ensuivit ou les mécréants furent défaits une seconde fois et beaucoup d’entre eux furent tués. Les Musulmans prirent comme butin ce que les Tatars avaient avec eux et qui était considérable. Ils avaient aussi avec eux une grande foule de captives musulmanes qui furent sauvées et libérées.

Ensuite et malheureusement, la discorde éclata parmi les Musulmans à cause du butin. La raison est due au fait que l’émir Sayf ad-Din Boughraq, l’un des Turcs d’origine Khalaj qui était brave et audacieux, un homme sage et habile dans la guerre, et lui-même engagé dans une guerre avec les Tatars, déclara aux troupes de Jalal ad-Din : « Restez en arrière car vous êtes craintifs à leur égard. » Il était vraiment celui qui brisa les Tatars.

Il y avait aussi parmi les Musulmans un grand émir appelé Malik Khan qui était un parent de Khwarizm Shah et le seigneur d’Herat et ces deux émirs furent en désaccord sur le butin si bien que leurs partisans s’affrontèrent et un frère de Boughraq fut tué. Boughraq dit : «J’ai mis les mécréants en fuite et mon frère a été tué à cause de ce gain mal acquis ! » En colère, il quitta l’armée et alla en Inde suivit par 30 000 hommes qui le favorisèrent tous. Jalal ad-Din essaya par tous les moyens de le reconquérir et lui rendit visite en personne, lui rappela le devoir du Jihad et le mis en garde contre le mécontentement d’Allah Exalté. Il pleura en sa présence mais il ne revint pas et prit congé. Les Musulmans furent brisés et affaiblis à cause de cela.

Pendant ce temps, les nouvelles arrivèrent que Shinjiz Khan était arrivé avec ses hordes et ses armées. Quand Jalal ad-Din vit combien les Musulmans étaient devenus faibles à cause de ceux qui avaient déserté l’armée et qu’il n’était pas en mesure de maintenir sa position, il partit vers l’Inde. Il atteignit l’Indus, un grand fleuve, mais ne trouva pas de bateaux pour traverser.

Shinjiz Khan se hâta de suivre ses traces et Jalal ad-Din fut incapable de traverser avant que Shinjiz Khan et les Tatars l’aient rattrapé. Les Musulmans furent alors forcés de se battre et de rester ferme parce que traverser la rivière n’était pas une option pour eux. A ce moment, ils furent comme le cheval alezan qui, s’il avance sera tué et s’il reste en arrière ses jarrets seront tranchés. Ils dressèrent leurs lignes de bataille et se livrèrent une lutte féroce. Tous reconnurent que les combats précédents avaient été des jeux d’enfant en comparaison avec cette bataille qui dura trois jours.

L’émir Malik Khan que nous avons mentionné précédemment et un grand nombre de Musulmans furent tués mais les pertes furent plus importantes chez les mécréants de même que le nombre de blessés. Les mécréants se retirèrent alors à une certaine distance et campèrent au loin.

 

Quand les Musulmans virent qu’aucun renfort ne leur parviendrait et qu’ils avaient été affaiblis en raison de leurs camarades tués ou blessés et bien qu’ils fussent inférieurs en nombre par rapport aux mécréants, ils envoyèrent des gens pour surveiller les bateaux. Certains arrivèrent et les Musulmans traversèrent « afin qu’Allah accomplisse une chose destinée. »

Le lendemain, les mécréants retournèrent à Ghazna avec leurs cœurs renforcés parce que les Musulmans avaient traversé la rivière vers l’Inde et qu’ils étaient au loin. Quand ils arrivèrent, ils prirent la ville immédiatement parce qu’elle était dépourvue de troupes et de défenseurs. Ils tuèrent les habitants, pillèrent leurs biens et réduisirent en esclavage les femmes. Personne ne fut laissé. Ils détruisirent et brûlèrent la ville. Ils agirent de même dans les campagnes, pillant, tuant et incendiant. Ces régions devinrent désertées de tous habitants et totalement dévastés comme si elles n’avaient pas été fourmillantes de vie la veille.

 

 

Cette année, les Tatars arrivèrent à ar-Rayy qu’ils prirent, pillèrent et tuèrent tout le monde. Ils partirent alors et arrivèrent à Hamadan où le souverain de la ville les rencontra avec une offre de soumission et de tribut. Ils épargnèrent les habitants et continuèrent en Azerbaïdjan dont ils ruinèrent et incendièrent la terre, massacrèrent et réduisirent en esclavage après avoir commis des actes funestes et cela a déjà été entièrement détaillé.

 

 

De la mort de Qatada, l’émir de la Mecque, la succession de son fils al-Hassan et de l’assassinat de l’émir du pèlerinage

 

Au mois de Joumadah Thani de l’année 618 de l’Hégire (1221), Qatada Ibn Idris al-‘Alawi al-Hassani, l’émir de La Mecque, décéda à La Mecque (qu’Allah la protège) âgé alors d’environ quatre-vingt ans et son royaume s’étendait des frontières du Yémen à Médine, la ville du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Il possédait le fort de Yanbou’ dans le quartier de Médine. Son armée était nombreuse et il avait enrôlé de nombreux Mamalik si bien que les Bédouins dans ces terres le craignaient grandement.

Au début de son règne à La Mecque (qu’Allah la protège), il était un bon souverain. Il écarta les esclaves noirs malfaisants, protégea les populations, favorisa et respecta les pèlerins. Il resta ainsi pendant un certain temps mais plus tard, il se tyrannisa, imposa des taxes non canoniques à la Mecque et fit des choses honteuses. Certaines années, il pilla les caravanes de pèlerins comme nous l’avons déjà rapporté.

Quand il mourut, il fut succédé par son fils al-Hassan. Il avait un autre fils, nommé Rajih, qui habitait chez les Bédouins à l’extérieur de la Mecque qui     causa des ennuis et s’imposa comme un rival à son frère en tant que dirigeant de La Mecque. Lorsque la caravane de pèlerins d’Irak arriva, leur commandant était un Mamelouk du calife an-Nassir Li-Dinillah nommé Aqbash, qui s’était bien comporté avec les pèlerins sur le chemin et leur donna une excellente protection. Rajih Ibn Qatada alla le trouver et lui offrit de l’argent ainsi qu’au calife pour l’aider à devenir gouverneur de La Mecque. Aqbash accepta et ensemble, ils arrivèrent à La Mecque et campèrent à az-Zahir avant de marcher sur la Mecque pour lutter contre son chef, Hassan.

Ce dernier qui avait rassemblé de larges groupes de bédouins et d’autres quitta La Mecque pour lui livrer bataille. L’émir du pèlerinage avança seul devant ses troupes et gravit la montagne confiant en soi pour s’assurer que personne ne se retournerait contre lui mais, les hommes de Hassan l’encerclèrent, le tuèrent puis suspendirent sa tête sur la pique d’une lance.

Les forces du commandant des croyants s’enfuirent et les hommes d’Hassan encerclèrent les pèlerins et les pillèrent. Toutefois, Hassan leur envoya (aux pèlerins) son turban comme une garantie de sécurité alors ses hommes se retirèrent et ne les pillèrent pas. Le calme retourna et Hassan leur permit d’entrer dans La Mecque et faire ce qu’ils voulaient, effectuer leur pèlerinage, acheter et vendre et d’autres choses semblables. Ils restèrent à la Mecque pendant dix jours puis se mirent en route pour retourner chez eux et arrivèrent en Irak en toute sécurité. Le calife s’indigna par cet incident. Les envoyés de Hassan arrivèrent alors, firent des excuses et demandèrent pardon, ce qui leur fut accordé.

 

Il ya une autre version de la mort de Qatada, à savoir que son fils Hassan l’aurait étranglé. Cela arriva comme suit. Qatada réunit plusieurs corps d’hommes et marcha de La Mecque vers Médine puis campa dans la vallée d’al-Four alors qu’il était malade. Il envoya son frère à la tête de l’armée, accompagné de son fils al-Hassan Ibn Qatada. Quand ils furent assez loin, al-Hassan apprit que son oncle avait dit à quelques-uns de ses soldats : « Mon frère est malade. Il va mourir, c’est sûr, » et il leur demanda de lui jurer qu’il serait l’émir après son frère Qatada.

Al-Hassan entra en présence de son oncle et il fut rejoint par un grand nombre de troupes et des Mamalik de son père. Al-Hassan dit à son oncle : « Tu as fait telle et telle chose. » Mais celui-ci insista qu’il ne l’avait pas fait néanmoins al-Hassan ordonna aux personnes présentes de le mettre à mort. Ils refusèrent et dirent : « Tu es un émir et il est un émir. Nous ne lèverons pas la main contre l’un de vous. » Deux Mamalik de Qatada lui dit alors : « Nous sommes vos esclaves. Ordonne-nous     de faire ce que tu veux. » Alors, il leur ordonna de mettre le turban de son oncle autour de son cou, ce qu’ils ont fait et le tuèrent par strangulation.

Ces nouvelles atteignirent Qatada et sa colère ne connut pas de limites si bien qu’il jura qu’il tuerait son fils mais il était malade, comme nous l’avons mentionné. Un de ses hommes écrivit à al-Hassan pour l’informer de la situation, en disant : « Occupe-toi de lui avant qu’il ne te tue. » Al-Hassan retourna donc à la Mecque et quand il arriva, il se dirigea vers la résidence de son père avec un petit groupe. Il trouva un grand rassemblement à la porte de la résidence à qui il ordonna de partir, ce qu’ils firent en retournant dans leurs propres habitations. Al-Hassan alla vers son père, qui, quand il le vit, lui reprocha, le blâma et le menaça. Al-Hassan se tourna alors vers lui et l’étrangla sur place.

Il sortit après sur l’enceinte sacrée, convoqua les Sharif et dit : « Mon père est devenu gravement malade. Il vous ordonne de me jurer que je devrais être votre émir. » Ils lui donnèrent donc leur serment. Par la suite, il sortit un cercueil et l’enterra de sorte que les gens puissent penser qu’il était mort naturellement mais en fait, il l’avait déjà enterré secrètement.

 

Quand il s’imposa comme émir de La Mecque, il envoya à son frère, qui était dans le château de Yanbou’, un message pour le convoquer comme s’il avait été écrit par son père et lui cacha la mort de ce dernier. Quand son frère arriva, il le tua aussi et sa position devint fermement établie. De même, il traita l’émir du pèlerinage de la façon que nous avons déjà décrit. Il commit un grand péché en tuant son père, son oncle et son frère en quelques jours. Il n’est donc pas étonnant qu’Allah à Lui la Puissance et la Gloire ne lui accorda pas un long répit, le priva de son pouvoir et fit de lui un paria et fugitif craintif et méfiant.

 

 

Toujours cette même année, les Musulmans récupérèrent la ville de Damiette en Egypte. Un compte rendu très détaillé de cela a déjà été donné.

 

Au mois de Safar de cette année, les Tatars ruinèrent et incendièrent Maraghah, tuèrent la plupart de ses habitants, pillèrent leurs richesses et asservir leurs femmes. De là, les Tatars allèrent à Hamadan qu’ils assiégèrent. La population résista mais les Tatars les surmontèrent puis tuèrent un immense nombre d’entre eux au-delà de tout compte et saccagèrent la ville. Ils allèrent ensuite en Azerbaïdjan où ils répétèrent leur pillage et pillèrent en plus ce qui restait des terres qui n’avaient pas été pillées initialement. Ils arrivèrent alors à Baylaqan dans Arran qu’ils prirent après un siège. Ils tuèrent nombre de ses habitants au point de presque les exterminer et pillèrent leurs richesses.

D’Azerbaïdjan et d’Arran, ils allèrent dans les terres des Géorgiens qui les accueillirent avec une vaste armée et les engagèrent. Les Géorgiens furent défaits et subirent de très lourdes pertes tandis que la plupart de leurs terres fut ravagée et la population tuée. De là, les Tatars se rendirent à Darband Shirwan, où ils assiégèrent et prirent la ville de Shamakhi et tua un très grand nombre de ses habitants.

Puis, ils procédèrent vers la terre des Alain, des Lakz et des peuples voisins ou ils causèrent d’immenses dégâts avant de s’éloigner des Qafjaq après les avoir chassés de leurs terres et prit le contrôle de celle-ci. Ils errèrent dans cette partie du monde jusqu’à ce qu’ils atteignent la terre des Russes (Rous). Et tous ces évènements ont été précédemment rapportés en détail. Nous les avons seulement rappelés ici sommairement pour indiquer qu’ils s’étaient produits cette année.

 

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