CROISADES

De ce que les Tatars firent en Transoxiane après Boukhara et Samarcande

 

Nous avons déjà raconté les actes des Tatars « du côté de l’ouest » que leur chef Shinjiz Khan, qu’Allah le maudisse, avait envoyés contre Khwarizm Shah. Après avoir envoyé ce groupe contre Khwarizm Shah et qu’il entendit parler de sa fuite du Khorasan, il divisa ses troupes en plusieurs groupes. Il en envoya un à Ferghana avec pour mission de conquérir la ville, un à Tirmid et un autre à Kalanah, une des plus puissantes forteresses sur les rives de l’Oxus. Chaque armée marcha vers l’endroit qui lui avait été désigné, l’attaqua et prit le contrôle après avoir perpétré les mêmes exactions que leurs camarades à savoir, les massacres, les asservissements, les pillages et les destructions et toutes les autres sortes d’atrocités.

Quand ce fut fait, ils retournèrent chez leur chef Shinjiz Khan à Samarcande qui prépara ensuite une immense force dont il donna le commandement à l’un de ses fils qu’il envoya au Khwarezm. Il envoya également une seconde armée qui traversa l’Oxus pour le Khorasan.

 

Récit de la conquête du Khorasan par les Tatars

 

Quand l’armée envoyée au Khorasan partit, elle se dirigea vers l’Oxus qu’elle traversa et procéda pour la ville de Balkh. La population demanda des conditions qui furent accordées et la ville fut remise en l’an 617 de l’Hégire (1220). Les Tatars ne commirent aucun massacre ou pillage mais nommèrent un préfet avant de partir pour Zouzan, Maymand, Andkhoud et Qariyat qu’ils prirent toutes et nommèrent des gouverneurs pour ne pas exposer leurs populations à un mauvais ou nuisible traitement excepté le fait qu’ils prenaient les hommes et les utilisaient pour combattre tous ceux qui offraient une résistance. Ils arrivèrent finalement à Talaqan qui est une région comprenant plusieurs villes et une puissante forteresse appelée Mansourkouh qui était hors de portée des projectiles en raison de sa grande taille et de ses hauts murs tandis que la garnison était tenue par des combattants courageux. Les Tatars l’assiégèrent pendant six mois, engageant nuit et jour les défenseurs sans toutefois parvenir à un résultat quelconque.

Ils envoyèrent alors un messager à Shinjiz Khan pour l’informer de leur incapacité à prendre cette forteresse en raison du grand nombre de ses défenseurs et de sa position inexpugnable. Il vint donc en personne avec les forces qu’il avait en réserve et se joignit au siège. Il avait avec lui un grand nombre de prisonniers musulmans à qu’il ordonna d’attaquer sous peine de mort et ils combattirent donc à ses côtés. L’assaut se poursuivit pendant quatre mois et un grand nombre de Tatars furent tués lors des assauts. Voyant cela, leur chef ordonna la collection de tout le petit bois qui pourrait être recueillis ainsi que des troncs d’arbres ce qui fut fait. Il commença à bâtir une structure faite d’une couche de bois recouverte d’une couche de terre et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il fit une grande éminence de la même hauteur que la forteresse. Les Tatars grimpèrent sur celle-ci, érigèrent un trébuchet à son sommet et entreprirent le bombardement de la forteresse. Les défenseurs firent une charge d’un seul homme contre les Tatars et la cavalerie put ainsi échapper et survécut en traversant les montagnes et les bois cependant, les fantassins furent tués. Le Tatars entrèrent alors dans la forteresse, réduisirent en esclavage les femmes et les enfants et pillèrent l’argent et les meubles.

 

Plus tard, Shinjiz Khan rassembla la population à qui il avait accordé un sauf-conduit à Balkh et ailleurs et les envoya avec un de ses fils à la ville de Merv. Quand ils arrivèrent, plus de 200 000 Arabes, Turcs et d’autres Musulmans qui avaient survécu s’étaient déjà rassemblé là-bas et campaient à l’extérieur de Marv, déterminés à affronter les Tatars, convaincus qu’ils pouvaient les vaincre et les battre. Lorsque les Tatars arrivèrent, une bataille s’ensuivit dans laquelle les Musulmans tinrent leur position. Les Tatars, toutefois, ne connaissaient pas la fuite et l’un d’eux fait prisonnier et qui était aux mains des Musulmans dit : « Si on dit que les Tatars ont été tuées, croyez-le, mais s’il est dit qu’ils se sont enfuis, ne le croyez pas. »

Quand les Musulmans virent la persévérance et l’intrépidité des Tatars, ils tournèrent le dos et s’enfuirent. Beaucoup d’entre eux furent tués ou capturés et seuls quelques-uns échappèrent. Leurs bagages, leurs armes et montures furent saisis puis les Tatars envoyèrent ensuite des messagers vers les villes avoisinantes pour rassembler les hommes pour le siège de Merv. Quand ils eurent rassemblés ce qu’ils voulaient, ils marchèrent sur Merv qu’ils assiégèrent et firent tous les efforts pour maintenir des attaques constantes.

Les habitants furent affaiblis par la fuite de ces troupes et par le grand nombre de leurs propres tués ou pris. Après cinq jour de siège, les Tatars envoyèrent un messager à l’émir qui était le commandant de la garnison pour lui dire : « Ne vous détruisez pas vous-même ou les habitants. Venez à nous, nous vous ferons émir de cette ville et vous quitterons. » Il demanda des garanties pour lui et les habitants qui leur furent accordés et il alla alors à leur rencontre. Le fils de Shinjiz Khan lui donna une robe d’honneur et le traita avec respect. Il lui dit également : « Je veux que tu passes tes hommes en revue pour moi afin que nous puissions voir qui est apte à nous servir, que nous engagerons, à qui nous donnerons un fief et les laisserons nous rejoindre. »

Quand ils se présentèrent et qu’il les eut sous son contrôle, il les saisit et attacha leurs mains. Lorsque cela fut fait, il leur dit: « Donnez-moi une liste des marchands, des dirigeants de la ville, des riches et notez sur une liste séparée les artisans et les ouvriers qualifiés. » Ce qu’ils firent. Quand il lut les listes, il ordonna aux habitants de quitter la ville avec leurs familles, ce qu’ils firent tous et personne ne fut laissé derrière. Il s’assit alors sur une chaise en or et ordonna de lui amener les soldats qui avaient été arrêtés et à qui il fit trancher les têtes de sang-froid alors que les gens regardaient et pleuraient.

 

Quant aux gens du commun, les Tatars divisèrent les hommes, les femmes, les enfants et leurs biens. Ce fut une journée terrible avec tant de cris, de pleurs et de lamentations. Ils prirent les hommes importants, les battirent et les torturèrent par diverses méthodes à la recherche de l’argent. Certains d’entre eux sont morts sous la sévérité des coups car ils n’avaient rien pour rançonner leur vie.

Ensuite, les Tatars mirent le feu à la ville et incendièrent le mausolée du sultan Sanjar après avoir creusé sa tombe à la recherche d’objets précieux et ils continuèrent ainsi pendant trois jours. Le quatrième jour, il ordonna que l’ensemble de la population soit tué, en disant : « Ces gens se sont rebellés contre nous, » et ils furent tous massacrés. Il ordonna de compter les morts et ils étaient environ 700 000. En vérité, nous appartenons à Allah et à Lui nous retournons, pour être épargné de ce qui arriva aux Musulmans ce jour-là.

 

Les Tatars procédèrent ensuite à Nishapour et l’assiégèrent pendant cinq jours. La ville avait un important contingent de troupes musulmanes mais ils ne furent pas assez forts contre les Tatars qui s’emparèrent de la ville puis sortirent les Musulmans de celle-ci et les massacrèrent, réduisirent en esclavage leurs femmes et torturèrent ceux qu’ils soupçonnaient d’être riches, comme ils l’avaient fait à Merv. Ils restèrent cinq jours détruisant et fouillant les maisons une par une à la recherche d’argent.

 

Après leur massacre des habitants de Merv, les Tatars furent informé que beaucoup de leurs victimes avaient survécu et s’étaient échappées vers le territoire islamique de sorte qu’ils ordonnèrent que les gens de Nishapour devraient avoir la tête coupée, de sorte que personne ne pourrait survivre au massacre. Quand ils eurent terminé, ils envoyèrent un groupe des leurs à Tous où ils agirent d’une manière similaire provoquant la destruction. Ils ruinèrent le sanctuaire où ‘Ali Ibn Moussa ar-Rida et ar-Rash étaient enterrés et qu’ils rasèrent jusqu’au sol.

 

Ils allèrent ensuite à Herat, une des villes les mieux défendues qu’ils assiégèrent pendant dix jours avant de la prendre. Ils accordèrent des conditions à sa population mais tuèrent toutefois un certain nombre d’entre eux puis, ils nommèrent un préfet sur ceux qui survécurent. Ghazna fut leur prochaine destination où ils furent accueillis par Jalal ad-Din Ibn Khwarizm Shah qui les affronta et les vainquit comme nous le rapporterons, si Allah Exalté le veut.

Les habitants d’Herat     attaquèrent alors et tuèrent le préfet mais quand les Tatars qui avaient été vaincus revinrent, ils entrèrent dans la ville par la force et massacrèrent tous les vivants après avoir asservit les femmes, pillés les biens, ravagés la campagne environnante puis, ils détruisirent la ville qu’ils incendièrent et qui brûla complètement. Ils retournèrent ensuite chez leur chef Shinjiz Khan qui était à Talaqan et qui expédia des escadrons à travers tout le Khorasan, où ils agirent similairement.

 

Récit de leur conquête et de la destruction des Khwarezm

 

Le détachement de l’armée que Shinjiz Khan envoya au Khwarezm était le plus grand de tous les escadrons en raison de la taille du pays. Ils voyagèrent jusqu’à ce qu’ils arrivent au Khwarezm où se trouvait une grande armée et dont les habitants étaient connus pour être courageux et nombreux. Ils engagèrent les envahisseurs dans la plus féroce bataille que les gens aient entendu parler. Le siège dura cinq mois et des deux côtés, une grande foule d’hommes furent tués et les tombés parmi les Tatars furent plus nombreux que les Musulmans qui étaient protégés par le mur de la ville.

Les Tatars envoyèrent un messager à leur chef Shinjiz Khan pour demander des renforts qu’il mit à leur disposition en grande quantité. Quand ils arrivèrent, ils conduisirent une série d’assauts et prirent finalement une partie de la ville. Les habitants s’assemblèrent pour leur résister dans l’endroit qui était tombé mais ils furent incapables de les expulser. Ils continuèrent la lutte bien que les Tatars saisirent quartier après quartier. Chaque fois qu’ils prenaient un quartier, les Musulmans les combattaient dans le suivant. Hommes, femmes et enfants se battirent et poursuivirent leur combat jusqu’à ce que toute la ville fût tombée, que tout le monde fut tué et que tout ce qu’elle contenait fut pillé. Puis les Tatars ouvrirent le barrage qui retenait les eaux de l’Oxus loin de la ville qui fut complètement inondés et les bâtiments s’effondrèrent. Le site devint une étendue d’eau et pas un seul habitant ne survécut. Contrairement aux autres villes ou certaines personnes survécurent en se cachant ou en s’enfuyant, en partant ou en se jetant parmi les cadavres, les habitants de Khwarezm qui se cachèrent furent soit noyés ou moururent sous les décombres tandis que la ville devint une ruine déserte.

« Comme si personne n’avait jamais vécu entre al-Hajoun et as-Safah

Et qu’aucun joyeux n’avait passé au loin la soirée à Makkah. »

 

Rien de tel n’a jamais été entendu dans les temps anciens ou modernes. Nous cherchons refuge auprès d’Allah contre le déclin après la puissance et de la défaite après la victoire. Cette catastrophe toucha tout l’Islam et tous les Musulmans.

Combien de personnes du Khorasan et d’ailleurs furent tués parce que les marchands nomades et autres étaient très nombreux et tous passèrent sous l’épée.

 

Lorsque les Tatars eurent fini avec le Khorasan et Khwarezm, ils retournèrent chez leur souverain à Talaqan

 

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