CROISADES

La fuite de Jalal ad-Din Minkobarti Ibn Khawarizm Shah

 

Après l’assaut des hordes sans fin, comparable aux destructives hordes de Gog et Magog, de Shinjiz Khan sur le Khwarezm et sa destruction, après la fuite de Khawarizm Shah puis de son fils Jalal ad-Din Minkobarti Ibn Khawarizm Shah, ce dernier sous la pression des Mongols (ou les Tatars), attaqua à son tour les terres musulmanes qui n’avaient pas été touchées par les Mongols. C’est aussi le moment que choisirent les Seljouks Roum d’Asie Mineure et leur sultan de Konya ‘Ala ad-Din Kaykoubad Awwal (I) pour attaquer aussi les terres musulmanes.           

Jalal ad-Din Minkobarti Ibn Khawarizm Shah s’attaqua aussi au territoire musulman d’al-Jazirah et assiégea la grande ville d’Akhlat du royaume de Moussa Ashraf ‘Adil durant six mois avant d’y entrer au mois de Joumadah Thani de l’an 627 de l’Hégire (1229) ou il passa tous les habitants sous le fil du sabre après le viol des musulmanes.

 

Cette sauvagerie poussa les Seljouks sous le commandement de ‘Ala ad-Din Kaykoubad et les Ayyoubi d’Ashraf Moussa Ibn ‘Adil à s’allier pour faire face à la menace et leur armée se dirigèrent vers Akhlat ou ils écrasèrent l’armée de Khwarizm lors d’une terrible bataille près d’Arzanjan au mois de Shawwal de cette même année. Jalal ad-Din Minkobarti Ibn Khawarizm Shah s’enfuit en Azerbaïdjan ou il fut tué par un paysan kurde près de Mayafariqin qui ne le connaissait même pas, châtiment d’Allah Exalté pour ses vils crimes en plus qu’il fut responsable de l’attaque des Mongols des territoires musulmans comme nous l’avons vu dans le premier volume.

Lorsque Jalal ad-Din Minkobarti fut tué en l’an 628 de l’Hégire (1230), un conflit s’éleva entre les Ayyoubi et les Seljouks parce que ces derniers voulurent ajouter ses terres à leur dominion dont les villes d’Akhlat, Rouha et Harran mais le sultan d’Egypte al-Kamil Muhammad se leva contre ‘Ala ad-Din Kaykoubad et envoya des messagers aux Ayyoubi pour leur demander de lever une armée contre les Seljouks, incapable qu’il était lui-même.

Les Ayyoubi marchèrent donc contre les Seljouks en Anatolie actuelle mais l’armée se dispersa en cours de route du fait de la division de ses commandants qui craignaient leur retour en cas de défaite !

Il est évident qu’une armée qui part avec cette état d’esprit est défaite avant même de combattre remarque quand le dirigeant est lui-même un traitre, il est difficile pour son armée d’être mieux que lui. Ainsi les Seljouks mirent la main sur une partie du royaume des Ayyoubi.

 

Ainsi, on ne peut pas dire que les Musulmans étaient unis à cette époque et encore moins les Ayyoubi et lorsqu’une dynastie dépérit, elle doit être remplacée. Au mois de Mouharram de l’année 635 de l’Hégire (1237), le gouverneur de Damas al-Malik al-Ashraf mourut et la succession revint à son frère as-Salih Isma’il Ibn Abi Bakr al-‘Adil Ibn Ayyoub Ibn Shadi qui poursuivit la politique d’animosité d’al-Ashraf envers son frère al-Kamil Muhammad qui quitta l’Egypte avec son armée et assiégea Damas ou il entra et chassa as-Salih Isma’il à qui il offrit tout de même un infime dominion avant de mourir au mois de Rajab 635 de l’Hégire dans cette même ville et il fut porté allégeance à son petit-fils Abi Bakr al-‘Adil qu’il avait laissé comme son lieutenant en Egypte avant son départ.

Ce jeune sultan se retrouva donc gouverneur d’Egypte et de Syrie et son frère Najm ad-Din Ayyoub Ibn Kamil, qui était son ainé, gouverneur d’al-Jazirah, la presqu’île de l’Euphrate mais les affaires ne pouvaient qu’aller de mal en pire et Salih Ayyoub attaqua la Syrie et prit Damas au mois de Joumadah Thani de l’année 636 de l’Hégire et le royaume Ayyoubi se retrouva divisé en deux, une partie gouverné par Salih Ayyoub et l’autre par Abi Bakr.

 

Salih Isma’il Ibn al-‘Adil Abi Bakr Awwal (I) le gouverneur de Ba’labek réussit au mois de Safar de l’année 637 de l’Hégire (1239) à reprendre Damas qui était gouvernée avant sa mort par son frère Ashraf Moussa qui chassa al-Kamil. Salih Isma’il Ibn al-‘Adil Abi Bakr chassa Salih Najm ad-Din Ayyoub le fils de son frère al-Kamil et avec son expulsion de Damas, la plupart des soldats le quittèrent et Salih Isma’il resta seuls avec son épouse Shajarah ad-Dour, la mère de son fils Khalil, et quelques Mamalik de Khwarizm.

Al-Malik an-Nassir Daoud ‘Issa al-Mou’addam, le gouverneur du fort de Shawbak profita de l’occasion pour capturer Salih Ayyoub et l’emmena humilié et déchu monté sur une jument sans selle avec sa suite dans la forteresse de Karak et l’emprisonna pour une durée de sept mois quand le sultan d’Egypte al-‘Adil Thani (II) lui envoya un messager pour lui demander de le libérer pour la somme de 1 000 dinars mais il refusa et le libéra sans contrepartie en lui faisant simplement promettre de retirer l’Egypte à ‘Adil II.

Lorsque ‘Adil fut informé de ce complot, il leva l’armée égyptienne pour aller combattre Salih Isma’il en Syrie mais les principaux commandants de son armée se retournèrent contre lui, le capturèrent et l’envoyèrent à Salih Najm ad-Din Ayyoub qui partit aussitôt pour l’Egypte et entra dans la capitale égyptienne au mois de Dzoul Qi’dah de cette même année. Ainsi Salih Najm ad-Din Ayyoub devint sultan d’Egypte et entra en conflit avec les sultans Ayyoubi de Syrie et particulièrement avec son oncle Salih Isma’il, le gouverneur de Damas.

 

 

Reprise de la chronologie d’Ibn Athir

 

 

De la conquête de Maraghah par les Tatars

 

Au mois de Safar de l’année 618 de l’Hégire (1221), les Tatars conquirent Maraghah en Azerbaïdjan et cela arriva comme suit.

Nous avons mentionné sous l’année 617 de l’Hégire (1220) ce que les Tatars firent aux Géorgiens. L’année prit fin alors qu’ils se trouvaient encore dans les terres des Géorgiens mais quand l’année 618 commença, ils quittèrent le territoire géorgien car ils virent qu’ils étaient confrontés à une puissante force et que les passages étroits (des cols de montagnes) devaient être combattus et pris (pour qu’ils puissent passer). Ils se détournèrent donc de leur objectif ce qui était leur pratique normale. S’ils attaquaient une ville et voyaient qu’elle était fortement défendue, ils l’abandonnaient.

Ils se rendirent donc à Tabriz et leur maître leur acheta avec de l’argent, des vêtements et des chevaux puis, ils marchèrent sur la ville de Maraghah qu’ils mirent sous siège. La ville n’avait pas de souverain qui pourrait la défendre parce que le dirigeant était une femme qui résidait dans le château de Rouyindiz. Le Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Aucun peuple qui nomme une femme pour régner sur eux ne prospérera. »

Quand ils assiégèrent la ville, les habitants résistèrent et ils érigèrent donc des trébuchets pour l’attaquer et lancer des assauts. Ils avaient l’habitude, quand ils attaquaient une ville, d’envoyer les prisonniers musulmans sur la ligne de front devant eux pour attaquer et combattre. Si les prisonniers reculaient, ils étaient tués et malheureux comme ils étaient, ils furent utilisés pour lutter contre leur gré et comme dit le dicton : « Si le cheval alezan avance, il sera abattu et s’il reste en arrière, son jarret sera tranché. » Les Tatars se battaient donc derrière les Musulmans qui leur servaient de bouclier et qui supportaient les pertes tandis qu’eux-mêmes restaient en sécurité.

Ils maintinrent le siège durant quelques jours et finalement prirent la ville par la force des armes le 4 de mois de Safar de cette année. Ils passèrent tous les habitants par l’épée, tuèrent plus qu’il n’était possible de compter, pillèrent tout ce qui était utile pour eux et tout ce qui ne le fut pas fut brûlé. Certaines personnes se cachèrent alors ils amenèrent leurs prisonniers et leur dirent : « Lancez des appels que les Tatars ont quitté la ville dans les quartiers. » Quand ils le firent, ceux qui s’étaient cachés sortirent, furent saisis et mis à mort.

 

On m’a dit qu’une femme tatare entra dans une maison et tua plusieurs de ses habitants qui pensèrent qu’elle était un homme. Elle déposa alors ses armes et son armure et     c’était une femme. Un homme qu’elle avait fait prisonnier se leva alors et la tua.

 

J’ai aussi entendu parler de quelqu’un qui vécut là, qu’un Tatar entra dans un quartier qui contenait une centaine d’hommes. Il continua à les tuer un par un jusqu’à ce qu’il les élimine tous et personne ne leva un doigt pour essayer de lui faire du mal. Les gens étaient totalement subjugués et ne pouvaient pas se défendre même au plus infime degré. Nous cherchons refuge auprès d’Allah contre un tel avilissement.

 

Ils partirent alors dans la direction d’Irbil. Ces nouvelles nous atteignirent à Mossoul et nous devinrent craintifs de sorte que certaines personnes prévirent de devenir des réfugiés (quitter leur ville) par crainte de la violence. Des lettres de Mouzaffar ad-Din le seigneur d’Irbil parvinrent à Badr ad-Din le gouverneur de Mossoul, demandant des renforts de troupes. Il lui envoya dûment un détachement considérable de son armée et prévu de passer la frontière de ses terres en direction des Tatars pour garder les passages et arrêter tous ceux qui passeraient à travers eux. Ces régions étaient toutes des montagnes escarpées et étroites qui ne pouvaient être empruntée que par des cavaliers, les uns derrière les autres ainsi, il pourrait les empêcher     de de passer.

 

Les lettres et les envoyés du calife arrivèrent à Mossoul et à Mouzaffar ad-Din ordonnant à tous de se réunir avec leurs troupes dans la ville de Daqouqah pour résister aux Tatars car il y avait l’éventualité qu’ils pourraient se détourner des montagnes d’Irbil en raison de leurs obstacles dans cette région et pénétrer ainsi en Irak.

Mouzaffar ad-Din quitta Irbil au mois de Safar et il fut rejoint par un détachement de l’armée de Mossoul suivie par de nombreux volontaires civils.

Le calife envoya également un messager à al-Ashraf, lui ordonnant de se présenter en personne avec ses troupes afin que tous puissent s’unir et marcher pour combattre les Tatars. Il arriva qu’al-Mou’azzam Ibn al-‘Adil arriva de Damas chez son frère al-Ashraf, qui était à Harran pour lui demander son aide contre les croisés en Egypte. Il lui demanda de venir en personne afin qu’ils puissent ensemble marcher sur l’Egypte pour récupérer Damiette des croisés. Al-Ashraf fit ses excuses au calife, plaidant la situation de son frère, la force des croisés et que s’il ne prenait pas de mesures pour y faire face, Damiette et d’autres endroits seraient perdus. Il entreprit donc des préparatifs pour marcher de Syrie pour entrer en Egypte. Et la reprise de Damiette fut la suite que nous avons déjà rapportée.

 

Quand Mouzaffar ad-Din et les troupes se rassemblèrent à Daqouqah, le calife leur envoya     son Mamelouk Qashtimour, l’émir principal d’Irak, accompagné par d’autres émirs, à la tête d’environ 800 cavaliers. Ils se réunirent là pour permettre au reste de l’armée du calife de faire la jonction avec eux.

 

Mouzaffar ad-Din rapporta ce qui suit : « Lorsque le calife m’envoya pour m’occuper de la lutte contre les Tatars, je lui dis : « L’ennemi est puissant et je n’ai pas de troupes suffisantes pour leur faire face. Si j’étais rejoint par 10.000 cavaliers, je pourrais récupérer les terres qu’ils ont prises. » Il m’ordonna de partir et me promit que les troupes arriveraient. Quand je fus sur le point de marcher, seul un nombre inférieur à 800 Tawashis (eunuques complètement et lourdement équipés) s’étaient présentés à moi. Je restais donc pour ne pas me mettre en péril ainsi que les Musulmans ».

 

Lorsque les Tatars entendirent que les troupes s’étaient rassemblées pour les rencontrer, ils se retirèrent en pensant que l’armée allait les suivre mais quand ils virent que personne ne s’était lancé à leur poursuite, ils s’arrêtèrent là où ils étaient. La force musulmane resta à Daqouqah et, quand ils virent que l’ennemi ne bougeait pas contre eux et qu’ils ne recevaient pas de renforts, ils se dispersèrent et retournèrent dans leurs propres terres.

 

 

Views: 0