CROISADES

De l’expédition des Tatars contre Khwarizm Shah, sa fuite et sa mort

 

Lorsque les maudits mécréants eurent pris Samarcande, Shinjiz Khan décida d’envoyer 20 000 cavaliers et leur dit : « Poursuivez Khwarizm Shah où qu’il soit même s’il grimpe vers le ciel, jusqu’à ce que vous le rattrapez et le saisissez. » Ce groupe de Tatars s’appelait « du côté de l’ouest » parce qu’ils voyagèrent à l’ouest du Khorasan et pour les distinguer entre eux et le reste puisqu’ils sont ceux qui pénétrèrent profondément dans nos terres. Lorsque Shinjiz Khan leur ordonna de partir, ils chevauchèrent en direction d’un lieu nommé Panj Ab, qui signifie « les cinq eaux ». Lorsqu’ils y arrivèrent, ils ne trouvèrent pas un seul bateau alors ils construisirent ce qui ressemblait à de grandes abreuvoirs en bois qu’ils couvrirent de peaux de bovins pour les rendre imperméable à l’eau dans lesquels, ils placèrent leurs armes et leurs biens puis ensuite entrainèrent leurs chevaux dans l’eau ainsi, chaque cheval tira un homme et chaque homme tira un bac chargé de ses armes et de ses effets personnels. Tous traversèrent ensemble et passèrent sur l’autre rive et Khwarizm Shah sut alors qu’ils étaient avec lui sur le même terrain.

 

Les Musulmans étaient tant effrayés que terrifiés en plus d’être en désaccord entre eux et bien qu’ils croyaient que l’Oxus les sépareraient des Tatars mais lorsque ces derniers le traversèrent, ils furent incapables de tenir ferme ou de manœuvrer collectivement. Ils se dispersèrent dans toutes les directions et chaque détachement prit sa propre route.

Khwarizm Shah, sans aucun égard pour qui que ce soit d’autre, partit avec un petit groupe de sa garde spéciale pour Nishapour. Après y être entré, une partie de son armée se réunit autour de lui mais à peine venait-il d’arriver que ces mêmes Tatars arrivèrent. Ils ne s’attardèrent ni à piller ou à tuer sur leur route mais se concentrèrent sur sa poursuite pour ne lui laisser aucun répit pour organiser la résistance contre eux. Quand il entendit parler de leur approche, il partit à Mazandaran, également l’un de ses domaines. Les Tatars « du côté de l’ouest » de nouveau se lancèrent sur ses traces et se détournèrent de Nishapour. Chaque fois qu’il quittait une halte, ils descendaient sur elle jusqu’à ce qu’il parvienne à un port sur la mer Caspienne, connu sous le nom d’Abaskoun où il avait un fort à une petite distance de la mer. Quand lui et ses hommes embarquèrent sur les bateaux, les Tatars arrivèrent et, voyant que Khwarizm Shah avait pris la mer, ils s’arrêtèrent au bord de l’eau puis désespérant de le rattraper, ils se retirèrent et ce sont ceux qui attaquèrent ar-Rayy et au-delà comme nous le rapporterons, si Allah Exalté le veut.

C’est ce qui m’a été rapporté par un certain juriste qui était à Boukhara et qui fut pris prisonnier et emmené à Samarcande mais qui plus tard, s’échappa et vint à nous.

D’autres, qui étaient des marchands, dirent que Khwarizm Shah quitta Mazandaran pour ar-Rayy puis de là à Hamadan avec les Tatars sur ses talons. Il quitta Hamadan avec un petit groupe et sans bagages pour cacher son identité et des informations sur lui-même, retourna à Mazandaran et enfin vers la mer pour ce fort.

Cette dernière version est l’authentique puisque le juriste était en captivité à cette époque, alors que ces commerçants ont dit qu’ils étaient à Hamadan quand arriva Khwarizm Shah suivit par des gens qui l’informèrent que les Tatars arrivaient et il quitta aussitôt la ville ou les Tatars arrivèrent moins d’un jour plus tard. Par conséquent, ils furent des témoins oculaires.

Lorsque Khwarizm Shah arriva dans son château sur une ile de la mer caspienne et y mourut peu après (de la manière la plus misérable).

 

Une description de Khwarizm Shah et quelque brefs éléments sur sa vie

 

Il était ‘Ala’ ad-Din Muhammad Ibn ‘Ala’ ad-Din Takash et son règne dura 21 ans et quelques mois. Son royaume était vaste et son prestige élevé. Il aimait l’obéissance universelle. Depuis les Seljouks, nul ne gouverna un royaume comme le sien qui s’étendait de la frontière de l’Irak et aussi loin que le Turkestan. Il gouverna le territoire de Ghazna, une partie de l’Inde, le Sijistan, Kirman, le Tabaristan, le Jourjan, les Hautes Terres (régions montagneuses), le Khorasan et une partie de Fars. Il fit également de grandes choses contre le Qarakhitay et prit leurs terres.

Il était un homme instruit qui connaissait le droit, les principes fondamentaux de la religion et d’autres sujets. Il était respectueux envers les ‘Oulama, profondément affectueux et généreux avec eux, se joignait souvent à leurs sessions et à leurs joutes verbales. Il pouvait supporter la fatigue et les marches forcées à cheval et n’était ni adonné au luxe et aux plaisirs. Son seul souci était son royaume, son administration et sa maintenance ainsi que la protection de ses sujets. Il révérait les hommes de religion, les favorisa et rechercha la bénédiction en s’associant avec eux.

Un des serviteurs de la chambre-tombeau du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) revenu du Khorasan, m’a raconté ce qui suit. Il dit : « Je suis arrivé au Khwarezm, trouvé un logement et suis allé ensuite aux bains puis, j’ai cherché la cour du sultan ‘Ala’ ad-Din à laquelle je me suis rendu. Arrivé sur place, je fus accueilli par un homme, qui me demanda : « Quel est ton affaire ? » Je lui répondis : « Je suis l’un des serviteurs de la chambre du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). » Il m’ordonna de prendre un siège et me laissa pendant un certain temps. Puis il revint et m’escorta dans la résidence du sultan. L’un des chambellans du sultan me reçut et dit : « J’ai informé le sultan de ta présence et il t’a fait mandé. » J’entrais alors. Il était assis au centre contre la paroi arrière d’une grande salle voûtée. Quand je suis arrivé au milieu de la cour, il se leva et se dirigea vers moi, alors j’ai accéléré ma progression et le rencontra dans le centre de la salle voûtée. Je voulus lui embrasser la main mais il m’arrêta, m’embrassa, s’assit et m’invita sur un siège près de lui. Il me dit : « Sers-tu donc la chambre du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) ? » Sur quoi je répondis : « « Oui. » Il prit ma main et la passa sur son visage, avant de me questionner sur la situation, la vie, la description de Médine et sa grandeur. Il tint une longue conversation avec moi et quand je me levais pour partir, il dit : « N’était-ce le fait que je prévois une campagne en ce moment, je n’aurais pas pris congé de toi. J’ai l’intention de traverser l’Oxus pour rencontrer les Qarakhitay. C’est maintenant un voyage béni puisque nous avons vu celui qui sert la chambre du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). » Il me dit alors adieu, m’envoya une grande somme pour mes dépenses et alla son chemin.

Et ce qui lui est arrivé avec les Qarakhitay à déjà été rapporté et si nous devions énumérer toutes ses vertus, ce serait une longue tâche (qu’Allah lui fasse miséricorde).

 

Comment les Tatars « du côté de l’ouest » débordèrent Mazandaran

 

Lorsque les Tatars « du côté de l’ouest » désespérèrent d’attraper Khwarizm Shah, ils se retirèrent et se dirigèrent vers les terres de Mazandaran qu’ils prirent le plus rapidement possible malgré ses solides défenses, l’accès difficile et la robustesse de ses forts qui avaient continué à résister aux attaques tant dans le passé que de nos jours, si bien que lorsque les Musulmans prirent toutes les terres des empereurs perses, de l’Irak aux parties les plus éloignées de Khorasan, les districts de Mazandaran survécurent en payant le tribut et les Musulmans ne purent y entrer jusqu’à ce qu’elles furent prises sous le règne de Souleyman Ibn ‘Abdel-Malik en l’an 90 de l’Hégire (709) tandis que ces maudits les prirent sans aucun problème pour un but qu’Allah Tout Puissant voulut.

Quand ils prirent Mazandaran, ils assassinèrent, asservirent, pillèrent et brûlèrent puis, lorsqu’ils eurent fini, ils prirent la direction d’ar-Rayy. Sur leur chemin, ils rencontrèrent la mère de Khwarizm Shah, ses femmes, ses biens et ses trésors, des objets précieux qu’on ne vit jamais précédemment. La raison est que lorsque la mère de Khwarizm Shah entendit ce qui était arrivé à son fils, elle quitta craintive Khwarezm pour aller à ar-Rayy pour se diriger ensuite vers Ispahan, Hamadan et les Hautes Terres. Les Tatars la rencontrèrent sur la route et ce qu’elle avait avec elle fut saisi. Chaque objet rare, chaque gemme précieuse et ainsi de suite comme nul n’en avait jamais été vu, remplit leurs yeux et leurs cœurs et ils envoyèrent tout cela à Shinjiz Khan à Samarcande.

 

Compte de l’arrivée des Tatars à Rayy et Hamadan

 

En l’an 617 de l’Hégire (1220), les Tatars, qu’Allah les maudisse, arrivèrent à ar-Rayy poursuivant Khwarizm Shah Muhammad parce qu’ils entendirent qu’il s’était enfui dans la direction d’ar-Rayy. Ils se dépêchèrent en toute hâte sur ses traces. Un grand nombre de soldats, des Musulmans et de mécréants s’étaient attachés à eux ainsi que les malfaiteurs qui voulaient piller et faire du mal. Ils arrivèrent à ar-Rayy en prenant les habitants par surprise qui n’avaient pas la moindre idée d’eux jusqu’à leur arrivée. Ils prirent et pillèrent la ville, capturèrent les femmes et réduisirent les enfants en esclavage. Ils commirent des actes sans précédent mais ne restèrent pas et reprirent leur poursuite après Khwarizm Shah. Sur la route, ils pillèrent chaque ville et village qu’ils rencontrèrent et à qui ils firent des choses bien plus horribles que ce qu’ils avaient fait à ar-Rayy. Ils incendièrent, détruisirent et passèrent les hommes, les femmes et les enfants par l’épée sans rien épargner.

 

Ils poursuivirent de la même façon aussi loin que Hamadan ou était arrivé Khwarizm Shah avec un petit corps de suivants pour quitter aussitôt la ville. Ce fut la dernière des informations qui fut rapportée le concernant car nul se savait ce qui lui arriva ensuite selon le rapport de certaines personnes. Cependant, il y eut un autre récit que nous avons rapporté.

 

Lorsque les Tatars arrivèrent près de Hamadan, le chef sortit avec une somme d’argent, des vêtements, des chevaux et d’autres éléments pour demander des conditions pour les habitants qui lui furent accordées puis, ils allèrent à Zanjan où ils firent beaucoup plus que leurs habitudes avant de se diriger et arriver à Qazwin ou les habitants de la ville leur résistèrent. Les Tatars les engagèrent férocement et entrèrent par la force des armes. Les citoyens combattirent dans la ville même avec des poignards et un nombre incalculable fut tué des deux côtés. Finalement, ils quittèrent Qazwin ou les habitants tués furent comptés et dénombrés à plus de quarante mille.

 

De l’arrivée de la Tatars en Azerbaïdjan

 

Quand l’hiver tomba sur les Tatars dans Hamadan et les Hautes Terres, ils éprouvèrent le froid intense et les tempêtes de neige alors ils se rendirent en Azerbaïdjan pillant et tuant tout ce qui tomba sur leur route. Les villes et les villages subirent le même sort de destructions et d’incendies. Ils arrivèrent à Tabriz, où son seigneur Ouzbak Ibn Bahlawan ne bougea pas ni se résolut à les affronter parce qu’il était occupé à s’enivrer jour et nuit sans jamais être sobre. Il leur envoya simplement de l’argent pour les acheter ainsi que des vêtements et des chevaux. Ils le laissèrent alors et se dirigèrent vers la côte de la Mer Caspienne car l’hiver pouvait être moins froid là-bas et parce qu’il y avait beaucoup de pâturages pour leurs animaux. Leur route les conduisit à Mouqan et ils entrèrent dans les terres des Géorgiens ou ils furent accueillis par environ 10 000 combattants géorgiens. Une bataille s’ensuivit entre eux, les Géorgiens furent défaits et la plupart d’entre eux furent tués.

 

Les Géorgiens envoyèrent un messager à Ouzbak pour lui demander de faire la paix et de former une alliance pour résister aux Tatars. Ils conclurent donc un accord pour unir leurs forces lorsque l’hiver serait fini. Les Géorgiens envoyèrent aussi un messager à al-Ashraf Ibn al-‘Adil, seigneur de Khilat et d’al-Jazirah, pour lui demander de conclure un accord avec eux. Tous pensèrent que les Tatars attendraient la fin de l’hiver jusqu’à l’arrivée du printemps mais ils ne le firent pas. Ils marchèrent vers les terres des Géorgiens et furent rejoint par un Mamelouk turc d’Ouzbak nommé ‘Aqoush qui avait rassemblé les habitants de ces montagnes et des plaines, des Turkmènes, des Kurdes et d’autres jusqu’à ce qu’un grand nombre se rassembla autour de lui et prit contact avec les Tatars pour les rejoindre.

Ils acceptèrent cela et s’inclinèrent vers lui sur la base de l’appartenance ethnique commune. Lorsqu’ils furent tous rassemblés, ils se joignirent à la caravane des Tatars contre les Géorgiens puis prirent un de leurs forts qu’ils rasèrent avant de piller et de ruiner le pays. Ils tuèrent les habitants et pillèrent leurs biens puis arrivèrent finalement près de Tiflis.

 

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