CROISADES

Comment les Musulmans reprirent Damiette aux croisés

 

Quand les croisés eurent capturé Damiette, ils s’y établirent et envoyèrent leurs escadrons à travers toutes les régions avoisinantes pour piller et tuer si bien que les habitants abandonnèrent leurs terres. Les croisés se lancèrent alors dans la réparation et la fortification de Damiette qu’ils rendirent imprenable.

Al-Kamil resta près d’eux sur les confins de son territoire pour le défendre. Lorsque les croisés dans leur pays d’origine entendirent parler que les leurs avaient conquis Damiette, ils se hâtèrent de les rejoindre de « venant de tout chemin éloigné » (Qur’an 22/27) la ville devint leur nouvelle destination.

 

Al-Malik al-Mou’azzam revint en Syrie et détruisit les murs de Jérusalem parce que tous les gens sans exception avaient peur des croisés. L’Islam, tous ses habitants et toutes ses terres étaient sur le point de sombrer à la fois de l’est et l’ouest. Les Tatars par centaines de milliers vinrent des pays de l’Est et atteignirent les districts de l’Irak, l’Azerbaïdjan, Arran et ailleurs, comme nous allons le rapporter si Allah le veut et les croisés par centaines de milliers vinrent de l’ouest et conquirent une ville comme Damiette en Egypte pour ne pas mentionner le fait qu’il n’y avait pas de forteresses pour défendre le pays contre ses ennemis. Ainsi, toutes les terres d’Égypte et de Syrie étaient sur le point de tomber et tous les gens avaient peur d’eux attendant la catastrophe chaque matin et soir. La population d’Egypte voulut évacuer leurs terres par crainte de l’ennemi « quand il n’était plus temps d’échapper » (Qur’an 38/3), car l’ennemi les avait cernés de toutes parts. Si al-Kamil leur aurait permis de le faire, ils auraient quitté le pays qui se serait effondré sur ses fondations mais ils furent empêchés de le faire et restèrent fermes.

Al-Kamil envoya lettre après lettre à ses frères, al-Mou’azzam, le seigneur de Damas, et al-Ashraf Moussa Ibn al-‘Adil, le seigneur de Mésopotamie, d’Arménie et ailleurs, leur demandant des renforts et les incita à venir en personne et que si cela ne leur était pas possible, de lui envoyer des troupes.

Le seigneur de Damas alla en personne trouver al-Ashraf à Harran et vit qu’il était trop préoccupé par des intérêts qui le menaçaient pour être en mesure de leur fournir de l’aide du fait que ceux qui lui avaient porté allégeance s’étaient rebellés contre lui, ce que nous rapporterons sous l’année 615 de l’Hégire (1218), si Allah le veut, dans le cadre de la mort d’al-Qahir, le seigneur de Mossoul. Le lecteur le trouvera là. Al-Mou’azzam accepta son excuse et retourna tandis que pendant ce temps, la situation avec les croisés resta inchangée.

Peu après, les dissensions disparurent des terres d’al-Ashraf et les princes qui s’étaient rebellés retournèrent à son obéissance et en l’an 618 de l’Hégire (1221) sa position fut fermement rétablie tandis qu’al-Kamil devait encore faire face aux croisés.

 

Au début de l’année 618 de l’Hégire (1221), al-Kamil fut informé que les problèmes d’al-Ashraf s’étaient résolus et il lui envoya de nouveau un messager pour lui demander des renforts ainsi qu’à son frère, le seigneur de Damas. Ce dernier, al-Mou’azzam, se rendit chez al-Ashraf pour le pousser à partir, ce qu’il fit et marcha vers Damas avec les troupes qu’il avait avec lui tout en ordonnant au reste des troupes de le rejoindre à Damas où, il resta un certain temps à les attendre. Certains de ses émirs et proches conseillers lui suggérèrent qu’il devait envoyer des troupes mais retourner en personne sur ses terres, de peur de différend qui pourrait survenir en son absence mais il n’accepta pas et dit : « J’ai fait l’intention du Jihad et il est essentiel de respecter cette intention. » Puis, il procéda vers l’Egypte.

 

Les croisés sortirent de Damiette à pied et à cheval pour prendre des mesures contre al-Kamil et ils campèrent en face de lui près d’un canal du Nil appelé l’embranchement d’Ashmoum, qui les séparait. Ils bombardèrent avec des trébuchets et tirèrent avec des arbalètes sur l’armée musulmane et tout le monde fut convaincu qu’ils allaient conquérir l’Egypte.

 

Al-Ashraf poursuivit sa marche et lorsque son frère al-Kamil entendit dire qu’il était proche, il alla à sa rencontre réjouit ainsi que tous les autres Musulmans qu’ils avaient uni leurs forces dans l’espoir qu’Allah Exalté leur accorderait une victoire et un certain succès de ce fait.

Quant à al-Mou’azzam, il marcha aussi vers l’Egypte et sur Damiette en pensant que ses deux frères et leurs armées avaient déjà investi la ville. Une version différente affirme qu’il fut informé sur sa route que les croisés étaient sur leur voie de retour à Damiette et qu’il tenta d’arriver avant eux pour les rencontrer de face tandis que ses deux frères étaient sur leurs arrières, et Allah est Plus Savant.

 

Quand al-Ashraf rejoignit al-Kamil, il fut convenu entre eux qu’ils devraient progresser le long du canal du Nil plus connu sous le nom d’al-Mahallah. Ils firent ainsi et luttèrent contre les croisés du fait qu’ils étaient proche les uns des autres. Les galères musulmanes se déplacèrent en amont du Nil et, après avoir affronté les galères des croisés, prirent trois de leurs navires avec les hommes à bord, l’argent et les armes qu’elles contenaient. Les Musulmans se réjouirent et se ravirent de cette victoire qu’ils prirent comme un bon présage. Leur moral remonta et ils prirent le dessus sur leurs ennemis.

Bien avant que cela eut lieu, des émissaires allaient et venaient entre eux pour établir les bases de la paix. Les Musulmans leur offrirent la reddition de Jérusalem, d’Ascalon, de Tibériade, de Sidon, de Jabalah, de Lattaquié et tout ce que Salah ad-Din conquit des croisés sur la côte et qui a déjà été consigné précédemment, sans compter Karak, s’ils renonçaient à Damiette. Les croisés refusèrent et demandèrent 300 000 dinars de dédommagement pour la destruction de Jérusalem afin qu’ils puissent utiliser cette somme pour la reconstruire. Toutefois rien ne fut conclu entre. Les croisés demandèrent également : « Vous devrez nous remettre Karak. »

Dans cette situation et les croisés refusant tout compromis, les Musulmans furent contraints de les affronter. Les croisés, en raison de leur excès de confiance, n’avaient pas apporté avec eux suffisamment de nourriture excepté pour un certain nombre de jours, imaginant que les armées musulmanes ne tiendraient pas contre eux, que les habitants et l’arrière-pays seraient tous laissés entre leurs mains et qu’ils pourraient alors leur prendre toutes les provisions qu’ils voulaient, tout cela à cause d’un plan qu’Allah Tout Puissant avait établi pour eux.

Un détachement de Musulmans traversa le canal et se rendit du côté ou se trouvaient les croisés puis ouvrirent les écluses du Nil et l’eau inonda la plupart de cette partie de terre. Les croisés se retrouvèrent avec nulle part où aller sauf dans une seule direction qui était confinée.

A ce moment, al-Kamil mit en place le pont de bateaux sur le Nil à Ashmoum et les troupes traversèrent. Ainsi, il prit le contrôle de la route que les croisés devraient suivre s’ils souhaitaient revenir à Damiette et aucune échappatoire ne leur fut laissée.

A ce stade, il arriva qu’un grand navire de croisés, l’un des plus grands navires appelé Maramma arriva escorté par un certain nombre de Harraqas (barge ?). Chacun d’entre eux étaient chargés de provisions, d’armement et de choses dont ils avaient besoin mais les galères des Musulmans tombèrent sur eux, les engagèrent dans la bataille, triomphèrent sur la     sur le Maramma et ses Harraqas d’escortes qu’ils saisirent. Voyant cela, les croisés désespérèrent et réalisèrent qu’ils avaient été malavisés de quitter Damiette pour un pays qu’ils ignoraient.

Entre temps, les troupes musulmanes furent autour d’eux, tirant des flèches et chargeant leurs flancs. Quand la situation s’aggrava pour les croisés, ils brûlèrent leurs tentes, leurs trébuchets et leurs bagages dans l’intention d’avancer contre les Musulmans et les engager dans l’espoir qu’ils pourraient revenir à Damiette. Cependant, ils virent que ce qu’ils espéraient était loin, qu’ils étaient empêchés d’y parvenir à cause de la boue et les eaux qui les entouraient et que la seule voie possible était déjà entre les mains des Musulmans.

Quand ils devinrent convaincus qu’ils étaient cernés de tous les côtés, qu’ils étaient incapables d’obtenir des provisions et que le destin leur avait montré ses crocs, leur moral s’effondra, leurs croix se brisèrent et leur diable les déserta. Ils contactèrent al-Kamil et al-Ashraf et demandèrent des conditions pour la restitution de Damiette avec rien en retour. Alors que les négociations se déroulaient, une grande armée soulevant beaucoup de poussière et un grand tumulte se fit entendre dans la direction de Damiette. Les Musulmans pensèrent que des renforts étaient arrivés pour les croisés et ils s’inquiétèrent. Soudain, il apparut qu’al-Mou’azzam, le seigneur de Damas, était arrivé et qui avait pris un itinéraire via Damiette en raison de ce que nous avons mentionné. La domination des Musulmans augmenta tandis que les croisés devinrent plus défaitistes et épuisés. Ils conclurent la paix en échange de la reddition de Damiette. L’accord et les serments furent conclut le 7 Rajab de l’année 618 de l’Hégire (1221).

Les princes des croisés, leurs comtes et leurs nobles se soumirent à al-Kamil et al-Ashraf comme otages pour la reddition de Damiette parmi eux se trouvaient le souverain d’Acre, le représentant du Pape de Rome, le comte (?) et vingt autre princes en tout. Ils écrivirent à leurs prêtres et moines de Damiette pour effectuer la remise de la ville et les hommes là-bas ne refusèrent pas et se rendirent aux musulmans le 9 du mois de Rajab. Ce fut un jour mémorable.

Une chose merveilleuse arriva par la suite. Quand les Musulmans reprirent la ville, des renforts pour les croisés arrivèrent par voie maritime et s’ils avaient précédé les Musulmans, ils auraient refusé de se rendre mais les Musulmans arrivèrent en premier afin qu’Allah puisse accomplir une affaire qui devait être réalisée. Seules les personnes incapables parmi les habitants étaient restées dans la ville. Les autres s’étaient dispersées aux quatre vents, certains étaient partis par choix personnel, certains moururent et certains furent pris par les croisés.

 

Quand les musulmans entrèrent dans la ville, ils virent que les croisés l’avaient puissamment fortifiée de sorte qu’ils la rendirent inattaquable et inaccessible. Cependant, Allah à Lui la Puissance et la Gloire rétablit la vérité à sa place et rendit la place à ses propriétaires légitimes. Il accorda aux Musulmans une victoire qu’ils n’espéraient pas quand leur espoir avait été de céder les terres qu’ils avaient prises aux croisés de Syrie pour récupérer Damiette. Cependant, Allah Exalté leur accorda la reprise de Damiette et leurs terres restèrent dans leurs mains. Allah Exalté doit être Loué et Remercié pour Sa grâce envers l’Islam, les Musulmans et pour avoir frustré l’agression de leurs ennemis car Il les sauva aussi du mal des Tatars, comme nous allons le rapporter si Allah le veut.

 

 

Cette année, il y eut une infestation de rats dans la ville de Doujayl dans le quartier de Baghdad. Un homme ne pouvait pas s’asseoir sans avoir un bâton pour repousser les rats au loin. Un grand nombre d’entre eux furent clairement vu, les uns à la suite des autres.

 

Cette année, le niveau du Tigre augmenta considérablement d’une façon qui n’a jamais été préalablement vu et Baghdad fut sur le point d’être inondée. Le vizir, les émirs et tous les notables sortirent et rassemblèrent une grande foule d’habitants et d’autres pour travailler sur les digues autour de la ville. Les gens furent anxieux et très perturbé face à la destruction. Ils préparèrent des bateaux pour être prêts à se sauver. Le calife fit une apparition publique et pressa pour les travaux. Une des choses qu’il dit fut : « Si ce que je vois pouvait être acheté avec de l’argent ou autre chose, je le ferais. Si cela pouvait être repoussé par les armes, je le ferais mais le décret d’Allah ne peut être évité. »

L’eau monta des canalisations et des puits de la rive orientale et une grande partie fut inondée. Le sanctuaire de l’Imam Abou Hanifah (qu’Allah lui fait miséricorde), une partie de Roussafah, la mosquée d’al-Mahdi, le village d’al-Malakiyah et le jardin furent tous inondés et les prières furent abandonnées dans la mosquée du sultan. Quant à la rive ouest, la plupart d’al-Qourayah, les canaux ‘Issa et d’ash-Shatiyah furent détruits ainsi que les vergers, le cimetière d’Ahmad Ibn Hanbal (qu’Allah lui fait miséricorde), le Haram Tahir, une partie de la Porte de Basra, les maisons sur la rive du canal ‘Issa et la plupart du quartier de Qoutouftah furent ruinés.

 

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