CROISADES

Du siège et de la destruction du fort de Tour par les croisés

 

Lorsque les croisés eurent campé dans la plaine d’Acre, ils firent leurs préparatifs et emportèrent avec eux leur équipement de siège comme les trébuchets et autres, et se rendirent au fort de Tour qui était une forteresse récemment construite par al-‘Adil au sommet d’une colline près d’Acre qu’ils assiégèrent et assaillirent puis gravirent la colline jusqu’à ce qu’ils atteignent la paroi. Cependant, ils faillirent car il arriva qu’un des défenseurs musulmans tua un certain prince des croisés de sorte qu’ils abandonnèrent le château et repartirent vers Acre après dix-sept jours de siège. Après leur départ de Tour, ils restèrent un petit moment, puis se rendirent par mer en Egypte, comme nous allons le raconter, si Allah Tout Puissant le veut. Al-Mou’azzam se rendit alors à Tour qu’il rasa jusqu’aux fondations car la forteresse était dans le voisinage d’Acre et difficile à tenir.

 

Comment les croisés assiégèrent Damiette et sa chute

 

Quand les croisés, qu’Allah les maudisse, revinrent du siège de Tour, ils restèrent à Acre jusqu’au début de l’année 615 de l’Hégire (1218) puis se rendirent à Damiette par la mer ou ils arrivèrent au mois de Safar et jetèrent l’ancre sur la rive de la péninsule séparée de Damiette par le Nil, car une branche du Nil se jetait dans la mer à Damiette. Un grand tour fortifiée avait été construite dans le Nil où de puissantes chaînes de fer avaient été installées et tendues en travers du Nil jusqu’aux murs de Damiette pour empêcher les navires qui arrivaient par la mer de procéder librement sur le Nil vers l’intérieur du pays. N’eut été cette tour et ces chaînes personne n’aurait été capable d’empêcher les vaisseaux ennemis de s’engager sur une quelconque partie, proche ou lointaine du territoire de l’Egypte.

Lorsque les croisés eurent débarqués sur la péninsule séparées par le Nil de Damiette, ils bâtirent un mur défensif et creusèrent un fossé pour les protéger contre les attaques avant de commencer à engager la garnison de Damiette avec les machines de siège, les Marammas et les tours qu’ils utilisèrent depuis leurs navires pour attaquer la chaîne de la tour pour prendre cette dernière d’assaut et qui possédait une large garnison d’hommes.

Al-Kamil Ibn al-‘Adil, qui était le souverain d’Egypte avait fait son camp dans un endroit connu sous le nom d’al-‘Adiliyah dans les environs de Damiette tout en envoyant une série de renforts à Damiette pour empêcher l’ennemi de traverser vers son côté.

Les croisés persévérèrent avec des attaques successives sur la tour sans succès. Leurs Marammas et engins de siège furent brisés et pourtant, ils poursuivirent leurs assauts et continuèrent ainsi pendant quatre mois sans être capables de la prendre. Quand finalement ils réussirent à surmonter le problème, ils coupèrent les chaînes pour permettre à leurs navires d’entrer sur le Nil à partir de la mer et de prendre le contrôle des terres.

Pour remplacer les chaînes, al-Kamil prépara un grand pont de bateaux qui stoppa leur accès au Nil mais ils luttèrent intensément et sans répit pour ce ponton jusqu’à ce qu’ils finissent par le détruire. Lorsqu’ils l’eurent coupé, al-Kamil envoya un certain nombre de grands navires qu’il fit remplir (de terre ?), percer et couler dans le Nil si bien que les navires croisés furent ainsi été empêchés d’entrer dans le fleuve.

Voyant cela, les croisés tournèrent leur attention vers un canal connu comme le (canal) Bleu, où le courant principal du Nil avait coulé autrefois dans les temps anciens. Ils creusèrent et approfondirent ce canal, en amont des navires qui avaient été sabordés dans le Nil, qu’ils relièrent à la mer si bien que le flot jaillit. Ils amenèrent leurs navires jusqu’à un endroit appelé Bourah, également du côté de la péninsule, en face de l’endroit où al-Kamil campait afin qu’ils puissent l’engager à partir de là, n’ayant aucune autre voie par laquelle ils pourraient venir à bout de lui puisque Damiette était un obstacle qui les séparaient de lui. Quand ils s’établirent à Bourah, ils se retrouvèrent en face de lui et s’engagèrent sur l’eau. Ils attaquèrent plus d’une fois mais sans gagner un quelconque avantage.

 

Pendant ce temps, rien ne changea pour la population de Damiette parce l’approvisionnement et les renforts continuèrent d’arriver sans interruption et le Nil était une barrière entre eux et les croisés. Ils restèrent défiants et à l’abri de tout mal. Les portes de la ville étaient encore ouvertes et ils ne souffraient d’aucune difficulté ou ni de dommages causés par le siège.

Il arriva alors, comme Allah à Lui la Puissance et la Gloire voulut qu’al-‘Adil mourut au mois de Joumadah Thani de l’an 615 de l’Hégire (1218), comme nous le rapporterons si Allah le veut. Le moral des gens s’affaiblit parce qu’il était le sultan et même si ces fils étaient des princes sous son autorité, il n’en contrôlait pas moins leurs affaires et il était celui qui en avait fait d’eux des princes dans les terres. Son décès survint au moment où l’état des affaires dans la lutte contre l’ennemi était tel que nous l’avons décrit.

Parmi les émirs en Egypte, l’un d’entre eux était ‘Imad ad-Din Ahmad Ibn ‘Ali plus connu sous le nom d’Ibn al-Mashtoub, un Kurde (de la tribu) Hakkari qui était le plus grand émir en Egypte avait de nombreux partisans. Tous les émirs suivaient son exemple et lui obéissaient, en particulier les Kurdes. Il conclut un accord avec d’autres émirs et convint d’un plan pour renverser al-Kamil du pouvoir et mettre à sa place son frère al-Fa’iz Ibn al-‘Adil, afin qu’ils puissent acquérir autorité sur lui et le pays.

Al-Kamil entendit parler de cela et abandonna donc son camp dans la nuit, laissant sa caravane de bagages et alla dans un village appelé Ashmoum Tannah ou il campa. Dans la matinée, l’armée trouva leur sultan disparut. Chaque personne suivit sa propre inclination et personne ne se sentit concerné avec un autre. Ils furent seulement en mesure de prendre un peu de leurs tentes, de provisions, de biens et d’armes et ce qui était léger à porter puis laissèrent tout le reste dans l’état et partirent     à la poursuite d’al-Kamil.

 

Quant aux croisés, lorsque le lendemain se leva, ils ne virent aucun des Musulmans sur la rive du Nil où ils auraient dû être normalement et furent laissés sans savoir ce qui s’était passé. Puis des gens vinrent les trouver et les informèrent de la véritable situation. Sur ce, ils traversé le Nil du côté de Damiette en toute sécurité, sans aucune opposition ou résistance le 20 du mois de Dzoul Qi’dah de l’année 615 de l’hégire (1219) et saisirent tout ce qui était dans le camp des Musulmans, une quantité au-delà de tout compte pour ceux qui essayèrent de la comptabiliser.

 

Al-Kamil fut sur le point d’abandonner l’Egypte parce qu’il n’avait désormais aucune confiance en ses troupes et les croisés avait presque tout pris sans problème ou difficulté, quand, par la grâce d’Allah Tout Puissant sur les Musulmans, al-Mou’azzam ‘Issa Ibn al-‘Adil vint trouver son frère al-Kamil deux jours après cette affaire alors que les gens étaient confus. Son cœur fut renforcé par son arrivée, son dos se raidit, son esprit redevint stable et il retrouva son poste. Ils expulsèrent Ibn al-Mashtoub en Syrie qui rejoignit par la suite al-Ashraf et devint une partie de son armée.

 

Lorsque les croisés franchirent la rive de Damiette, l’ensemble des diverses tribus des Bédouins se regroupèrent et pillèrent la zone dans le quartier de Damiette, coupèrent la route et provoquèrent le chaos à un degré exceptionnel. Ils étaient bien plus pires que les croisés pour les Musulmans et la chose la plus préjudiciable pour les habitants de Damiette étaient l’absence totale de l’armée parce que le sultan et les troupes qui avaient été à proximité pour les défendre contre l’ennemi quand arriva cette affaire à l’improviste et qu’aucune troupe n’était entrée dans la ville, tout ceci à cause d’Ibn al-Mashtoub. Et il n’est pas étonnant qu’Allah Exalté ne lui accorda plus beaucoup de temps après cela et le « puni d’un peine supérieure à d’autres » comme nous allons le raconter, si Allah le veut.

 

Les croisés encerclèrent Damiette et engagèrent la défense par terre et mer. Ils creusèrent un fossé pour se prémunir contre toutes les attaques des Musulmans ce qui était leur pratique normale. Ils poursuivirent leurs assauts et la situation s’aggrava pour les habitants. La nourriture et d’autres choses devinrent difficiles à trouver et ils se fatiguèrent des combats constants parce que les croisés étaient capables de combattre en équipe en raison de leur grand nombre alors que dans Damiette, il n’y avait pas assez d’hommes pour être en mesure d’organiser des combats par tours successifs. Néanmoins, ils persévérèrent d’une manière impensable. Beaucoup d’entre eux furent tués ou blessés d’autres décédèrent ou tombèrent     malade. Ils endurèrent le siège jusqu’au 27 du mois de Sha’ban de l’année 616 de l’Hégire (1219) mais après les survivants furent incapables de tenir car ils étaient si peu nombreux et la nourriture impossible à trouver. A cette date, ils soumirent la ville aux croisés sur des conditions. Certaines personnes partirent et d’autres restèrent parce qu’ils étaient trop faibles pour se déplacer. Ainsi furent-ils dispersés aux quatre vents.

 

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