CROISADES

Des raids croisés en Syrie

 

En l’an 604 de l’Hégire (1207), les croisés, qu’Allah les maudisse, se réunirent en grand nombre à Tripoli et Hisn al-Akrad et réalisèrent de nombreux raids sur Homs et ses territoires. Ils descendirent sur la ville de Homs et leur nombre était si vaste que son maître, Assad ad-Din Shirkouh Ibn Muhammad Ibn Shirkouh, n’était pas assez puissant pour résister et les repousser. Il demanda des renforts à az-Zahir Ghazi, le seigneur d’Alep, et d’autres princes syriens mais seul az-Zahir lui en fournit et lui envoya des troupes qui restèrent avec lui et défendirent son territoire des croisés.

Plus tard, al-‘Adil quitta l’Egypte avec de nombreuses forces et attaqua la ville d’Acre. Le souverain croisé conclut une trêve avec lui en échange de la libération des prisonniers musulmans et d’autres conditions. Puis, il marcha sur Homs et établit son camp près du lac Qadas ou il fut rejoint par les troupes de l’Est et d’al-Jazirah avant d’envahir les terres de Tripoli. Il fit le blocus sur une place nommée al-Qoulay’ah dont il permit à son maître d’aller libre mais à condition qu’il parte sans rien emporter. Puis il saisit la place et tout ce qu’elle contenait en armes et provisions avant de la raser et d’avancer sur Tripoli, où il pilla, incendia et prit des captives et du butin avant de revenir. La durée de son séjour sur les terres occupées par les croisés fut de douze jours avant qu’il ne revienne au Lac Qadas.

Il y eut un échange d’envoyés entre lui et les croisés pour discuter de la paix mais aucun terme ne fut conclu. L’hiver arriva et les armées de l’Est demandèrent à rentrer chez eux avant les grands froids. Un détachement de troupes resta à Homs avec son seigneur et al-‘Adil retourna à Damas où il passa l’hiver. Les troupes d’al-Jazirah retournèrent aussi dans leurs propres villes.

 

L’expédition d’al-‘Adil d’Egypte avec les troupes arriva comme suit.

Les habitants croisés de Chypre prirent plusieurs navires de la flotte égyptienne et fait leurs équipages prisonniers. Al-‘Adil envoya un messager au souverain d’Acre pour demander de restaurer de ce qui avait été pris, disant : « Nous sommes en trêve. Pourquoi as-tu agi perfidement envers mes hommes ? » Son excuse fut de dire qu’il n’avait pas de pouvoir sur la population de Chypre qui dépendait des croisés de Constantinople. Plus tard, les Chypriotes se rendirent à Constantinople en raison de la crise de famine qui les touchaient mais ils furent incapables de se procurer des vivres. Le souverain de Chypre vint alors trouver celui d’Acre et al-‘Adil répéta sa mission diplomatique, mais rien ne fut réglé. Alors, il sortit avec ses troupes et traita Acre comme nous l’avons mentionné. Son souverain décida ensuite de remettre ce qui a été demandé et libéra les captives.

 

 

Cette année, à la veille du mercredi, 5 jours avant la fin du mois de Rajab, il y eut un tremblement de terre à l’aube. À l’époque, j’étais à Mossoul où il ne fut pas très grave. Des nouvelles arrivèrent de nombreuses régions qu’il y avait eu un tremblement de terre mais il ne fut pas puissant.

 

Cette année, le calife an-Nassir Li-Dinillah renonça à toutes les taxe de vente et les taxes non canoniques qui étaient prises des commerçants sur tous les articles vendus, soit une grande somme. La raison fut que la fille de ‘Izz ad-Din Najah, le majordome du calife, décéda. Une vache fut achetée pour elle, pour être abattue et que sa viande soit donnée en aumône en son nom. Lorsque le coût fut calculé avec la taxe pour la vache, il fut considérable. Le calife prit alors conscience de cette situation et ordonna l’annulation de toutes ces taxes.

 

Au cours du mois de Ramadan, le calife ordonna la construction de maisons dans les quartiers à Baghdad pour que les pauvres puissent y rompre le jeûne et elles furent appelées « maisons d’accueil » où des agneaux furent cuit ainsi que du bon pain. Il fit ainsi sur les deux rives de Baghdad et dans chaque maison, il nomma des hommes, dont la probité ne pouvait être mise en doute, de donner à chacun une Qadah plein de ragoût de viande et un Mann de pain. Chaque soir, une multitude trop nombreuse pour être comptée rompit leur jeûne avec sa nourriture.

 

Cette année, le Tigre augmenta considérablement et l’eau entra dans le fossé de Baghdad de la direction de Bab al-Kalwadah et l’on craignait que la ville soit inondée. Le calife était préoccupé à bloquer les fossés (pour empêcher l’eau d’y entrer). Le vice-vizir Fakhr ad-Din et ‘Izz ad-Din chevauchèrent à hors de la ville pour un lieu élevé qu’ils ne quittèrent pas jusqu’à ce que le fossé fut endigué.

 

 

De la prise d’Arjish par les Géorgiens puis leur retrait

 

Au cours de l’année 605 de l’Hégire (1208), les Géorgiens avec toutes leurs armées déferlèrent jusqu’à la province de Khilat et attaquèrent la ville d’Arjish qu’ils prirent par la force des armes après l’avoir assiégée. Ils pillèrent tout l’argent, les biens et autres choses qu’elle contenait, emmenèrent des prisonniers et réduire la population en esclavage avant de mettre le feu à la ville qui fut détruite de fond en comble et pas un seul de ses citoyens ne survécut. La ville s’effondra sur ses bases comme si jamais aucun habitant n’y avait vécu précédemment.

Le seigneur d’Arménie, Najm ad-Din Ayyoub, était dans la ville de Khilat avec un grand nombre de troupes mais il ne fit aucun mouvement contre les Géorgiens pour plusieurs raisons. Parmi elles, le fait qu’ils étaient très nombreux et qu’il avait peur des gens de Khilat en raison des morts et des dommages qu’il leur avait déjà infligés en personne. Il craignit que s’il quittait la ville, il serait incapable d’y revenir. Après qu’il faillit à sortir et engager les Géorgiens, ces derniers retournèrent sains et saufs dans leurs propres terres, à l’abri de tout danger.

Tout cela et bien que ce fut pénible pour l’Islam et les Musulmans, fut insignifiant comparé avec les événements que nous allons mentionner entre les périodes de l’année 614 à 617 de l’Hégire (1217-1221).

 

 

Cette année, le Tigre en Irak devint très faible avec pour résultat que ne niveau de l’eau à Baghdad descendit à environ deux mètres de profondeur. Le calife ordonna le dragage du Tigre et rassembla une grande foule de personnes qui à chaque fois qu’ils creusaient quelque chose, le limon retournait et le recouvrait. En amont de Baghdad, des personnes pataugèrent dans le Tigre. Ce fut tout à fait sans précédent.

 

 

Du pillage de la caravane des pèlerins à Mina

 

En l’an 608 de l’Hégire (1211), la caravane des pèlerins fut pillée à Mina du fait que les ismaéliens (batini) attaquèrent quelqu’un de la famille de l’émir Qatada, le gouverneur de La Mecque, et le tuèrent à Mina pensant qu’il était Qatada. Quand Qatada entendit cela, il rassembla les Chérifiens, les Bédouins, les troupes d’esclaves, les habitants de La Mecque et marcha contre les pèlerins. Ils descendirent sur eux depuis les montagnes et les attaquèrent avec des pierres, des flèches et d’autres projectiles. L’émir du pèlerinage, le fils de l’émir Yaqout dont nous avons précédemment parlé était un jeune homme qui ne sut pas comment réagir, terrifié et perdu qu’il était. Le dirigeant de La Mecque fut alors en mesure de piller les pèlerins. Ceux qui étaient aux extrémités furent dépouillés mais les pèlerins restèrent comme ils étaient jusqu’à la nuit.

La caravane tomba ensuite dans la confusion et les pèlerins passèrent la nuit dans un état misérable, morts de peur et terrifiés par le pillage. Quelqu’un suggéra à l’émir du pèlerinage de déplacer la caravane dans le camp de la caravane syrienne. Il ordonna donc le déplacement et chargèrent leurs bagages sur les chameaux et alors que les gens étaient occupés, la cupidité s’éveilla de nouveau chez les ennemis qui pillèrent à volonté. Les chameaux et leurs charges furent saisis. Ceux qui s’échappèrent rejoignirent les pèlerins Syriens et restèrent avec eux. Puis, ils rejoignirent az-Zahir mais ils furent d’abord empêchés d’entrer dans La Mecque. Plus tard, ils furent autorisés à le faire, entrèrent, terminèrent leur pèlerinage et rentrèrent chez eux.

 

Par la suite, Qatada envoya son fils et plusieurs de ses hommes à Baghdad. Ils entrèrent dans la ville avec des sabres dégainés, des linceuls, embrassèrent le sol et s’excusèrent pour ce qui s’était passé avec les pèlerins.

 

 

Cette année, les hashashiyine dont le chef était Jalal ad-Din Ibn as-Sabbah annoncèrent qu’ils s’étaient écartés de leurs délits et de leur permission des choses interdites. Jalal ad-Din ordonna la mise en place des prières publiques et des ordonnances de l’Islam dans ses terres, le Khorasan et la Syrie. Il envoya des émissaires chez les princes, le calife de l’Islam et d’autres pour les informer de cette situation et envoya sa mère accomplir le pèlerinage. Elle fut reçue avec beaucoup d’honneur à Baghdad et même sur la route de La Mecque.

 

 

Compte de l’arrivée des croisés en Syrie, leur voyage en Egypte, leur conquête de la ville de Damiette et de son retour aux Musulmans

 

Cette crise depuis son début jusqu’à sa fin dura quatre ans moins un mois. Nous l’avons mentionné ici parce que ce fut l’année où ils firent leur apparition et nous avons fait un récit ininterrompu de façon à ce que les diverses parties puissent se succéder.

 

En l’an 614 de l’Hégire (1217), des renforts de croisés, qu’Allah les maudisse, arrivèrent par mer de Rome et d’autres endroits de leurs terres, à l’est et à l’ouest. Celui qui les organisa fut le pape de Rome, parce qu’il jouissait d’un statut élevé aux regards des croisés qui considéraient que ni ses ordres et si ses décrets ne pouvaient être désobéi pour le meilleur ou pour le pire. Il équipa en personne les armées commandées par plusieurs chefs croisés et ordonna à d’autres princes soit d’aller en personne ou d’envoyer une armée. Ils firent ce qu’il ordonna et se rassemblèrent à Acre sur la côte syrienne.

 

Al-‘Adil Abou Bakr Ibn Ayyoub était en Égypte. Il partit pour la Syrie puis à Ramlah et de là à Lydda. Les croisés quittèrent Acre pour l’attaquer et al-‘Adil partit à leur rencontre. Il arriva à Naplouse, avec l’intention de se rendre aux frontières de ses terres près d’Acre avant eux pour les défendre contre eux. Cependant, les croisés sortirent et arrivèrent avant lui. Al-‘Adil fit son camp à Bayssan dans la vallée du Jourdain. Les croisés avancèrent pendant le mois de Sha’ban avec l’intention de l’engager dans la bataille car ils savaient qu’il avait peu de troupes avec lui et qu’il avait dispersés les autres à travers ses terres.

Lorsque al-‘Adil vit qu’ils étaient près, il pensa qu’il ne serait pas en mesure de les affronter avec le détachement qu’il avait craignant la défaite et il était prudent et très circonspect. Il quitta donc Bayssan pour aller vers Damas et attendre à proximité ayant envoyé des messagers pour quérir ses troupes. Puis, il se rendit à Marj as-Souffar ou il campa.

Quand les gens de Bayssan et des régions avoisinantes virent qu’al-‘Adil étaient avec eux, ils devinrent confiants et ne quittèrent donc pas leurs terres, pensant que les croisés ne viendraient pas contre eux. Quand ces derniers avancèrent, al-‘Adil partit, prenant les habitants par surprise et seuls quelques-uns d’entre eux purent se mettre en sécurité.

Les croisés prirent toutes les réserves qui avaient été collectés dans Bayssan et elles étaient importantes. Ils saisirent une bonne partie du butin et pillèrent la région de Bayssan à Naplouse. Ils envoyèrent des raids dans les villages aussi loin que Khisfin, Nawah et les zones frontalières. Ils descendirent à Banyas ou ils restèrent trois jours avant de se retirer vers Acre courbés sous leur butin, leurs captives et des prisonniers de guerre au-delà de tout nombre sans compter tous ceux qu’ils tuèrent, ce qu’ils incendièrent et détruisirent. Ils restèrent plusieurs jours dans la ville où ils se reposèrent.

Puis ils revinrent à Tyr avec Beaufort comme objectif. Ils établirent leur camp à environ douze kilomètres de Banyas et pillèrent la région, Sidon et Beaufort, avant de revenir à Acre. Tout cela eut lieu entre le milieu du mois de Ramadan et la fête. Tout survivant de ces terres devait être agile et subtil pour être en mesure de s’échapper.

 

J’ai entendu dire que, lorsque al-‘Adil alla à Marj as-Souffar, il vit sur la route un homme portant une charge qui marchait pendant un moment et ensuite s’asseyait pour se reposer. Al-’Adil se tourna vers lui et dit : « O vieil homme, ne te presse pas. Prends soin de toi. » L’homme le reconnut et répondit : « O sultan des Musulmans, ne te presse pas toi-même ! Mais quand nous t’avons vu partir pour tes terres et nous avoir laissé à l’ennemi, pourquoi ne devrions-nous pas être pressé ! »

En fin de compte, ce que fit al-’Adil fut prudent et ce qu’il y avait de mieux à faire afin de ne pas risquer une rencontre alors que ses troupes étaient dispersées. Lorsqu’al-‘Adil campa à Marj as-Souffar, il envoya son fils al-Mou’azzam ‘Issa, le seigneur de Damas, avec un large détachement de l’armée à Naplouse pour protéger Jérusalem des croisés.

 

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