CROISADES

De la prise de Jaffa par al-‘Adil, la prise de Beyrouth et le siège de Tibnin par les croisés et leur retrait

 

Au mois de Shawwal de l’année 593 de l’Hégire (1196), al-‘Adil Abou Bakr Ibn Ayyoub conquit Jaffa, sur la côte syrienne, qui était aux mains des croisés et cela arriva comme suit.

Les croisés étaient maintenant commandés par le comte Henri, comme nous l’avons mentionné précédemment, la paix avait été convenu entre les croisés et les Musulmans à l’époque de Salah ad-Din (qu’Allah lui fasse miséricorde). Quand Salah ad-Din mourut et ses fils lui succédèrent, comme nous l’avons rapporté, al-‘Aziz renouvela le traité avec le comte Henri, le souverain des croisés, et la période de la trêve fut prolongée et resta en vigueur jusqu’à maintenant.

A Beyrouth, il y avait un émir nommé Oussama, qui était le détenteur du fief et qui avait l’habitude d’envoyer des galères pour harceler le trafic maritime des croisés. Plus d’une fois, les croisés se plaignirent de cela à al-‘Adil à Damas et à al-‘Aziz en Egypte mais ils ne firent pas cesser Oussama. Les croisés se plaignirent alors à leur maître outre-mer de ce que les Musulmans faisaient et dirent : « Si vous ne nous aidez pas, les Musulmans prendront nos terres », de sorte que les croisés leur fournirent de nombreuses troupes dont la plupart étaient les soldats du roi des Allemands, commandé par un prêtre appelé le Chancelier.

Quand al-‘Adil fut informé de leur arrivée, il envoya un messager à al-‘Aziz en Egypte pour demander l’envoi de troupes ainsi qu’à al-Jazirah et Mossoul. Les renforts arrivèrent et se rassemblèrent près de la Source de Goliath (‘Ayn Jalout) ou ils restèrent le mois de Ramadan et une partie de Shawwal avant de marcher sur Jaffa. Ils prirent la ville mais les défenseurs de la citadelle résistèrent. Les Musulmans détruisirent la ville puis investirent la citadelle qu’ils prirent par la force des armes ce jour-là, un vendredi et le contenu prit comme butin et captifs.

Les croisés quittèrent alors Acre pour Césarée pour éviter que Jaffa ne tombe entre les mains des Musulmans mais pendant qu’ils s’y trouvaient, ils furent informés de la chute de la ville et ils se retirèrent. La raison de leur retard fut due au fait que leur chef, le comte Henri, était tombé mort d’un endroit élevé d’Acre ce qui avait entrainé de la confusion dans leurs affaires et les avaient retardés.

 

Les Musulmans retournèrent à ‘Ayn Jalout quand ils furent informés que les croisés s’apprêtaient à attaquer Beyrouth. Al-‘Adil et l’armée se déplacèrent alors vers Marj al-‘Ouyoun au mois de Dzoul Qi’dah et un détachement de l’armée partit à Beyrouth avec l’intention de la détruire. Ils rasèrent les murs de la ville le 7 du mois de Dzoul Hijjah et commencèrent la destruction des maisons mais Oussama les arrêta et s’engagea à tenir la ville.

Les croisés marchèrent d’Acre à Sidon. Les troupes musulmanes quittèrent Beyrouth et rencontrèrent les croisés dans la région de Sidon où eut lieu un accrochage au cours duquel plusieurs hommes furent tués des deux côtés avant que la nuit ne les sépare.

 

Le 9 du mois de Dzoul Hijjah, les croisés partirent pour Beyrouth et quand ils approchèrent, Oussama et tous les Musulmans qui étaient là s’enfuirent et les croisés prirent la ville sans le moindre effort ni combat. Ce fut une proie facile. Al-‘Adil envoya des hommes à Sidon qui détruisirent ce qui restait de la ville puisque Salah ad-Din en avait déjà détruit une grande partie. Les forces musulmanes se rendirent ensuite à Tyr où ils coupèrent les arbres, détruisirent les villages et les tours qui restaient. Apprenant cela, les croisés quittèrent Beyrouth et emménagèrent à Tyr où ils restèrent.

Les Musulmans campèrent au fort de Hanin et al-‘Adil donna la permission aux armées de l’Est de rentrer chez eux pensant que les croisés resteraient sur leur propre territoire. Il souhaita également libérer les forces égyptiennes mais au milieu du mois de Mouharram des nouvelles lui parvinrent que les croisés avaient investi la forteresse de Tibnin. Il y envoya donc une force pour protéger et défendre la ville quand les croisés quittèrent Tyr et descendirent sur Tibnin le 1er Safar de l’année 594 de l’Hégire (1197) ou ils engagèrent les défenseurs dans des combats acharnés et minèrent la ville de tous les côtés.

Ayant appris cela, al-‘Adil envoya un messager à al-‘Aziz en Egypte, lui demandant de venir en personne et disant : « Si tu ne viens pas, il sera impossible de tenir cette frontière » si bien qu’al-‘Aziz partit aussitôt en marche forcée     avec les troupes qui lui restaient.

 

Lorsque les défenseurs de Tibnin virent que le minage avait détruit la colline du château qui ne restait qu’à être envahi par la force des armes, certains d’entre eux descendirent chez les croisés pour demander des garanties pour leurs vies et leurs biens en échange du fort. Ils s’adressèrent au prêtre le Chancelier, l’un des hommes du roi allemand. Certains des croisés de la côte syrienne dirent à ces Musulmans : « Si vous abandonnez le château, cet homme va vous saisir et vous tuer. Défendez-vous. Ils revinrent donc comme s’ils étaient retournés pour consulter ceux du château sur la reddition et quand ils entrèrent dans le fort, ils résistèrent et combattirent comme des hommes luttent pour leurs vies et tinrent jusqu’à l’arrivée d’al-‘Aziz à Ascalon au mois de Rabi’ Awwal. Lorsque les croisés entendirent parler de son arrivée et du rassemblement des Musulmans, qu’ils (les croisés) n’avaient pas de roi pour les unir et que leurs affaires étaient dans les mains d’une femme, la reine, ils convinrent d’envoyer un messager au roi de Chypre nommé Amaury. Ils convoquèrent le frère du roi, qui avait été capturé à Hattin, comme nous l’avons raconté, et arrangèrent son mariage avec la reine, la veuve du comte Henri. Il était un homme sage qui aimait la paix et la bonne vie et après avoir pris le pouvoir, il ne reprit ni le siège et ni les attaques sur le château.

 

L’arrivée d’al-‘Aziz tomba le 1 du mois de Rabi’ Thani et il se dirigea avec ses forces vers la montagne d’Hébron, plus connue sous le nom du     mont ‘Amila ou il campa pendant plusieurs jours sous une pluie incessante, jusqu’au 13 Rabi’ Thani avant de lever le camp et de s’approcher des croisés. Il envoya ses archers en avant qui les couvrirent de flèches pendant un certain moment puis se retira. Il aligna alors ses troupes et leur demanda d’attaquer les croisés et de les engager avec acharnement tandis qu’il partit vers Tyr pendant la nuit du 15 Rabi’ Thani puis de là à Acre. Les Musulmans allèrent à Lajoun ou ils campèrent.

Des lettres de paix furent échangées et les tractations traînèrent si bien qu’al-‘Aziz retourna en Égypte avant que la situation ne soit résolue.

La raison de son départ est due au fait que plusieurs émirs, à savoir Maymoun al-Qasri, Oussama, Sira Sounqour, al-Hajjaf, Ibn al-Mashtoub, Fakhr ad-Din Jarkas l’administrateur de son état et d’autres avaient décidé de le tuer sur les ordres d’al-‘Adil.

Lorsque al-‘Aziz en fut informé, il partit mais al-‘Adil resta. Des envoyés allaient et venaient entre lui et les croisés pour conclure la paix et les conditions furent convenues que Beyrouth resteraient entre les mains des croisés si bien que la paix fut conclue eu mois de Sha’ban de l’année 594 de l’Hégire (1197).

Après la conclusion de la paix, al-‘Adil retourna à Damas puis de là se rendit à Mardin dans al-Jazirah. Nous rapporterons ce qui arriva par la suite si Allah Tout Puissant le veut.

 

 

De la conquête de Dvin par le roi des Géorgiens

 

En l’an 599 de l’Hégire (1202), les Géorgiens prirent possession de la ville de Dvin en Azerbaïdjan qu’ils pillèrent avant d’autoriser (aux soldats) son ravage et tuèrent la plupart des habitants.

Le pays et toutes les terres d’Azerbaïdjan étaient tenues par l’émir Abou Bakr Ibn Fahlawan qui passaient ses nuits et ses jours à s’enivrer sans jamais récupérer ni être sobre sans jamais se préoccuper des affaires de son royaume, de ses sujets et de son armée. Il avait rejeté tout cela de son esprit et suivit le chemin de celui qui n’a ni affiliation et ni obligations. La population locale l’appela souvent à l’aide et l’informa des incursions des Géorgiens ainsi que leurs raids successifs. Mais c’est comme s’ils appelaient un rocher sourd.

Lorsque, au cours de cette année, les Géorgiens assiégèrent la ville de Dvin, de nombreux citoyens vinrent demander de l’aide mais il n’en donna aucune. Plusieurs de ses émirs le mirent en garde contre le résultat de sa négligence, de sa faiblesse et de sa persistance dans son état mais il ne les écouta pas.

Après être resté ainsi pendant une longue période, les habitants devinrent faibles et incapables et les Géorgiens les passèrent violemment par l’épée et firent ce que nous venons de mentionner.

Lorsque leur position fut bien établit, les Géorgiens traitèrent bien le reste des habitants. Nous espérons vraiment qu’Allah Tout Puissant examinera les Musulmans et leur assurera quelqu’un pour garder et protéger leurs frontières et leurs terres car ils sont ouverts à la spoliation et en particulier dans cette région. Nous sommes à Allah et à Lui nous retournons. Ce que nous avons entendu à propos de massacre, d’esclavage et de soumission que les Géorgiens imposèrent au peuple de Dvin est suffisant pour faire hérisser la peau d’une personne (musulmane bien sûr).

 

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