CROISADES

Chapitre Cinq

 

 

La cinquième croisade

 

Jean de Brienne ayant assis son autorité sur le trône de Jérusalem (je vous rappelle que Jérusalem était aux mains des Musulmans et que le royaume dont il s’agit ici est celui d’Acre mais c’est ainsi que l’auteur le rapporte) décida de razzier l’Egypte. Il envoya donc un messager au pape pour lui demander d’exacerber les sentiments des gens pour les rendre propice à répondre pour une nouvelle guerre sainte et ainsi lever des armées pour une nouvelle croisade.

Le pape Innocent III (3) répondit à sa demande et envoya donc en conséquence des messagers aux différents rois d’Europe pour les inviter à se joindre à la nouvelle croisade dont l’objectif était aussi l’Egypte. Le Duc d’Autriche (nimsa) Léopold VI     (6) et André II (2) le roi d’Hongrie répondirent à l’appel d’Innocent III qui était bien décidé à participer en personne à cette guerre sainte mais qui mourut peu après en l’an 613 de l’Hégire (1216).  

Le pape Honorius III lui succéda au siège de la papauté et les armées de la cinquième croisade arrivèrent à ‘Akka (Acre) au mois de Rajab de l’année 614 de l’Hégire (1217),     après avoir voyagé par mer.

 

Lorsqu’al-‘Adil, le frère de Salah ad-Din fut informé des mouvements des armées croisées, il quitta l’Egypte et partit à leur rencontre mais son armée n’était pas prête pour un affrontement de grande envergure ni armée en conséquence, c’est pourquoi il choisit de les harceler plutôt que de les attaquer de front tout en coupant l’approvisionnement de l’armée croisée. Il détruisit ainsi tout ce qui aurait pu leur être utile sur leur chemin, les cultures, les villages, les ponts et les sources d’eau. Les croisés quant à eux détruisirent tout ce ne l’avait pas été si bien que le roi d’Hongrie André II, satisfait d’avoir participé à une croisade, décida de retourner dans son pays par voie terrestre ou il arriva au mois de Mouharram de l’année 615 de l’Hégire (1218).

Ainsi prit fin la première vague de la cinquième croisade quant à la deuxième vague, et la plus importante, elle quitta Acre au mois de Safar de cette même année (615) en embarquant sur des navires et se rendit au port de Damiette (dimyat) dans le delta du Nil pour attaquer l’Egypte, le grenier et le bastion de l’Islam.

Les croisés envoyèrent un messager au roi chrétien d’Abyssinie (habasha) et lui demandèrent de débarquer au Hijaz pour attaquer et détruire La Mecque et Médine pour occuper les Musulmans sur un autre front ce qui leur permettrait de prendre facilement l’Egypte.

L’immense force croisée débarqua sur la rive occidentale du Nil et comme vous le savez le Nil se divise en plusieurs canaux dont celui de Rashid et de Damiette et cette région appelée le Delta du Nil est une des régions les plus fertiles du monde tandis que le Nil est lui-même un des plus longs fleuves du monde que les mécréants appellent d’ailleurs la mer (al-Bahr).

Le port de Damiette est donc sur une presqu’île entre deux canaux et celui qui arrive par mer à la possibilité de pénétrer dans le Nil et parvenir ainsi à l’une des capitales de l’Islam ; Le Caire, la capitale des Ayyoubi.

Cependant ces canaux étaient entravés par deux lourdes chaînes qui pouvaient interdire ou permettre l’accès comme la chaîne qui obstruait l’entrée de la Corne d’Or à Constantinople depuis le Bosphore qui contrôlait ainsi le trafic fluvial en permettant ou en refusant au navire l’accès à Constantinople qui était ceinte de trois murailles.

Ces deux chaînes de la même manière interdisaient l’entrée ou la sortie de Damiette puis du Nil et aucun navire ne pouvait accéder à la ville. C’est pour cette raison que les Egyptiens construisirent la Tour (bourj) de Damiette ou la Tour de la Chaîne (bourj silsilah) qui était une tour lourdement fortifiée au milieu de Nil. Le but de cette tour et de ces chaînes était en priorité la protection du port stratégique de Damiette puis du pays.    

 

Division entre les chefs musulmans et la chute de Damiette

 

Durant trois mois, les croisés pilonnèrent la Tour de Damiette qu’ils finirent par prendre à la fin du mois de Joumadah Awwal de cette même année puis détruisirent les chaînes d’accès et l’accès à la ville fut ouvert. La force de Kamil Ibn ‘Adil, le gouverneur du Caire était entretemps descendu à Damiette et après la chute de Tour de Damiette al-Malik al-‘Adil son père décéda et son fils al-Malik al-Mou’addam ‘Issa l’enterra et prit sa succession à Damas.       

Quant à son fils al-Malik al-Kamil Muhammad, il garda sa position de gouverneur d’Egypte et alors qu’il faisait face aux croisés, des troubles s’élevèrent dans son camp et il désista l’émir al-Fa’iz Ibn ‘Adil qui était plus jeune que son frère al-Kamil. Les émirs préféraient avoir des commandants d’armées faibles et dociles qui ne convoitaient ni la royauté ou le sultanat. Puis de manière discrète sans que les croisés en soit informé, il procéda à quelques désistement de ses chefs qui pour la plupart d’entre eux étaient des Kurdes mais le chef principal des rebelles ‘Imad ad-Din Ahmad ‘Ali connut sous le nom d’Ibn Mashtoub lui échappa et chercha à se débarrasser d’al-Kamil qui s’enfuit pendant la nuit, ne faisant plus confiance à ses soldats.

Cependant, à la veille d’une bataille qui s’annonçait inévitable, le moment était vraiment mal choisit et ne pouvait qu’avoir de funestes conséquences pour la suite des évènements puisqu’il n’y avait plus de sultan pour conduire l’armée des Musulmans face au danger des croisés qui menaçaient l’Islam et les Musulmans.

Les soldats retournèrent divisés dans leur campement à al-‘Adiliyah face aux croisés chacun sur une rive du Nil. Jean de Brienne profita de l’occasion et traversa avec son armée sur la rive orientale et envahit le camp musulman qu’il trouva vide.

 

Lorsque les graves nouvelles d’Egypte parvinrent à Damas, al-Malik al-Mou’addam ‘Issa Ibn ‘Adil leva aussitôt son armée et partit pour l’Egypte. Ibn Mashtoub fut capturé et envoyé à Housn al-Karak en Syrie ou il fut emprisonné et al- Fa’iz Ibn ‘Adil partit pour Sinjar mais il mourut sur la route. Al-Malik al-Mou’addam ‘Issa Ibn ‘Adil réorganisa l’armée égyptienne, nomma de nouveaux commandants et campa à Fariskour, au sud d’al-‘Adiliyah près d’al-Qahirah (Le Caire) tandis que les croisés assiégeait Damiette qui résista durant neuf mois. Puis les croisés renforcèrent leur blocus et Damiette résista neuf autre mois mais al-Kamil eut peur de perdre son trône, et proposa aux croisés de leur remettre Jérusalem, Ascalon, Tibériade (Tabariyah), Jaballah     et Ladiqiyah (Lattaquié) s’ils levaient le siège et quittaient l’Egypte. Un échange honteux et révoltant pour conserver son pouvoir mais est-ce que les croisés acceptèrent sa proposition ?  

Heureusement non, et louange à Allah Exalté, ils refusèrent les concessions des Musulmans car les croisés intelligents pensèrent que si cet homme était prêt à leur donner tout ce que Salah ad-Din avait reconquit c’est qu’il devait être aux abois et extrêmement affaibli par le siège et donc cela nous appartient déjà, l’Egypte sera à nous puis la Syrie. Et le jeudi 25 du mois de Sha’ban de l’année 616 de l’Hégire, Damiette tomba aux mains des croisés et point n’est la peine vous dire toutes les saintetés, les béatitudes, les sanctifications et les charités chrétiennes qu’ils perpétrèrent sur les habitants. Ils massacrèrent toute forme de vie après avoir saintement violés les Musulmanes et nous verrons ce qu’Ibn al-Athir a rapporté sur le sujet.

 

L’armée des Musulmans quitta alors Fariskour pour al-Mansourah qui était une place forte militaire bâtie par al-Kamil Muhammad sur la rive est du Nil. Puis le prince al-Malik Ashraf Moussa qui gouvernait al-Jazirah, la presqu’île de l’Euphrate se rendit en Egypte au secours de son frère al-Kamil Muhammad.

 

L’échec de la cinquième croisade

 

Les croisés restèrent longtemps sur les terres musulmanes en Egypte après la capture de Damiette d’autant plus qu’ils reçurent des renforts d’Europe sous le commandement de Louis, le Duc de Bavière (Allemagne) et marchèrent ensemble sur le Caire où ils déversèrent leur rage au mois de Joumadah Awwal de l’année 618 de l’Hégire (1221).       

 

L’armée d’al-Kamil Muhammad et d’al-Mou’addam Ashraf se préparèrent en conséquence pour l’affrontement à al-Mansourah bien qu’al-Kamil leur ait offert des concessions supplémentaires comme la ville de Tripoli mais les croisés refusèrent de nouveau et conduit par leur chef fanatique poursuivirent leur avance au sud du Delta du Nil jusqu’à ce qu’ils soient entourés d’eau sur trois côtés : à l’est par al-Bouhirah Manza, à l’ouest par le confluent de Damiette et au sud par al-Bahr as-Saghir, né de la séparation du confluent de Damiette.

Les navires égyptiens empêchèrent alors les navires croisés d’avancer plus en avant en leur coupant la route et ainsi l’arrivée de la logistique de guerre et l’approvisionnement des croisés qui voyageaient par terre fut stoppé au moment exact de la montée du Nil qui noyaient alors une grande partie du Delta jusqu’à la construction du barrage d’Assouan qui régulera l’arrivée des eaux.

D’autre part, les Musulmans détruisirent toutes les voies d’accès qui permettaient de passer d’une rive à l’autre, ne laissant ainsi aux croisés qu’un passage réduit, pour leur permettre de retourner vers Damiette, qu’al-Kamil Muhammad décida aussi de détruire en envoyant un escadron de 1 000 cavaliers suivit d’un corps de troupe qui tombèrent entre les mains des croisés. Un grand nombre d’entre eux furent tués tandis que le reste fut renvoyé à al-Kamil pour lui demander un traité de paix et lui faire savoir que les croisés quitteraient les terres musulmanes.

Al-Mou’addam Ashraf refusa leur demande et voulut leur faire payer le prix de leur massacre mais sur l’insistance de son frère al-Kamil Muhammad qui avait d’autres plans, les frères acceptèrent leur demande et les croisés se retirèrent de Damiette à la fin du mois de Joumadah Thani de cette même année et la cinquième croisade échoua aussi.

Ce traité de paix est connu dans l’Histoire des Musulmans sous le titre de la première bataille d’al-Mansourah.

 

 

Retour à la chronologie d’In Athir pour cette période

 

 

 

 

[1] Comme vous le savez, le butin doit être rassemblé puis une partie doit être mise de côté pour le trésor public et le reste divisé entre les troupes. Le vol du butin est un grave péché comme cela a été rapporté dans plusieurs Hadith du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).

[2] Cela peut paraitre incroyable que les Musulmans se laissent tromper à ce point et à chaque fois ! Le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions sur lui) a dit : « Le mensonge viendra à bout de ma communauté » et c’est effectivement le cas à l’échelle mondiale ou chaque jour, les Musulmans font l’objet de campagnes intenses de mensonges. Et il n’y a de Force et de Puissance qu’en Allah le Très Haut.

[3] Et avec les croisés déjà sur place c’est une armée de plus d’un million d’individu que Salah ad-Din affronta et ce afin que vous réalisiez l’ampleur de la tâche. Qu’Allah te fasse miséricorde ô Salah ad-Din !

 

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