CROISADES

Du retour des croisés à Acre

 

Après le retour d’al-Afdal avec sa suite, le retour d’al-‘Adil et du fils de Taqi ad-Din avec leurs troupes, ils furent rejoints par les armées de l’est, de Mossoul, de Diyar Bakr, de Sinjar et d’ailleurs ainsi que les troupes réunies de Damas. Les croisés devinrent alors convaincus qu’ils ne seraient pas de taille contre eux et ils quittèrent les lieux pour revenir à Acre, en faisant comprendre clairement leur intention d’attaquer et assiéger Beyrouth. Salah ad-Din ordonna à son fils al-Afdal d’y aller avec sa troupe et toutes les troupes de l’est pour empêcher les croisés d’y marcher. Il procéda à Marj al-‘Ouyoun, où les forces se rassemblèrent avec lui et il resta là, en attendant les croisés mais quand ils furent informés de sa présence, ils restèrent à Acre.

 

De la prise de Jaffa par Salah ad-Din

 

Quand les croisés revinrent à Jaffa, les troupes d’Alep et d’ailleurs se rassemblèrent près de Salah ad-Din qui se dirigea vers Jaffa qui était tenue par les croisés. Lorsqu’il arriva, il engagea la garnison et prit la ville d’assaut le 20 du mois de Rajab. Les Musulmans ravagèrent la ville et la pillèrent complètement. Ils tuèrent un grand nombre de croisés et prirent beaucoup de prisonniers. La plupart de ce qui avait été pris de la force égyptienne et de la caravane qui les avait accompagnés et nous avons déjà rapporté cet incident était dans Jaffa.

Un détachement de Mamalik de Salah ad-Din se positionna aux portes de la ville et tous les soldats (je suppose Musulmans puisque l’on voit bien dans quel état de déchéance la plupart d’entre eux sont devenus) qui partaient emportant avec eux un quelconque article de pillage furent arrêtés et délestés. Si l’un d’entre eux résistait, il était alors battu et ce qu’il avait, était pris de force[1].

Les troupes assaillirent alors la citadelle et luttèrent jusqu’à la fin du jour et alors qu’ils étaient sur le point de la capturer, les défenseurs demandèrent des conditions pour sauver leurs vies. Leur patriarche sortit avec plusieurs nobles croisé pour discuter de la reddition. Ils hésitèrent juste pour faire cesser l’attaque des Musulmans et quand la nuit tomba, ils promirent aux Musulmans qu’ils descendraient et abandonneraient la citadelle au début du jour suivant[2].

Le matin Salah ad-Din leur demanda de renoncer à la citadelle mais ils refusèrent car entre-temps, des renforts étaient arrivés d’Acre. Le roi d’Angleterre était venu pour les rejoindre et reconduire les Musulmans qui étaient dans Jaffa. Puis, de nouveaux renforts arrivèrent d’Acre à sa suite et il sortit de la ville et affronta les Musulmans seul et les chargea mais personne ne répondit à son défi. Il s’arrêta entre les lignes et demanda de la nourriture aux Musulmans puis descendit de sa monture et mangea. Salah ad-Din ordonna à ses troupes de les charger et lutter contre eux avec toute leur force. Un de ses émirs, plus connu sous le nom d’al-Janah, le frère d’al-Mashtoub Ibn ‘Ali Ibn Ahmad al-Hakkari, s’approcha de lui et lui dit : « O Salah ad-Din, tes Mamalik ont pris le butin que les hommes ont saisi hier et les ont battus avec leurs masses et tu leur demande maintenant d’avancer et de lutter. Si combat il doit avoir, c’est pour nous et si butin, il y a, c’est pour eux. » Salah ad-Din devint très furieux de ce qu’il dit et se retira de devant les croisés. Il était (puisse Allah lui faire miséricorde) doux et généreux et très indulgent quand il avait le pouvoir de punir. Il     se retira dans sa tente ou il resta jusqu’à ce que les troupes se soient rassemblées.

Son fils al-Afdal et son frère al-‘Adil vinrent le retrouver avec les armées de l’est et il partit avec eux à Ramlah pour voir ce qui pourrait advenir entre lui et les croisés qui restèrent près de Jaffa.

 

De la paix faite avec les croisés et du retour Salah ad-Din à Damas

 

Le 20 du mois de 20 Sha’ban de cette année, un traité de paix fut conclu entre les Musulmans et les croisés pour une période de trois ans et huit mois prenant effet de ce jour qui correspondait au 1 septembre. Cette paix fut décidée parce que le roi d’Angleterre ayant vu le rassemblement de nos armées, sut qu’il était incapable de les faire reculer de la côte, que les Musulmans n’avaient aucune ville sur la côte qu’il pourrait espérer prendre et qu’il avait été loin de ses propres terres pendant longtemps. Il fit donc des ouvertures de paix à Salah ad-Din en disant de cette manière, l’opposé de ce qu’il avait précédemment déclaré. Salah ad-Din ne répondit pas à sa demande croyant que c’était une ruse et une tromperie de sa part mais demanda plutôt des affrontements et la guerre.

Le croisé envoya maintes et maintes fois sa requête et fit savoir qu’il renoncerait à la reconstruction d’Ascalon et que Gaza, Daroum et Ramlah seraient cédées. Il envoya un messager à al-‘Adil pour discuter sur l’affaire et arranger ce traité et ce dernier ainsi qu’un certain nombre d’émirs avisèrent que la paix devait être acceptée en disant à Salah ad-Din combien l’armée ressentait le mécontentement et la lassitude, que leurs armes et leurs montures avaient été perdus et leur salaires épuisés. Ils dirent : Ce croisé a demandé la paix seulement pour qu’il puisse naviguer au loin et revenir chez lui. Si l’agrément est retardé jusqu’au début de l’hiver et que la navigation est interrompue, nous aurons besoin de rester ici une année supplémentaire et ensuite l’épreuve sera difficile pour les Musulmans. »

Ils parlèrent beaucoup ainsi et Salah ad-Din accepta de faire la paix. Les envoyés croisés arrivèrent et conclurent le traité en prêtant serment. Parmi ceux qui étaient présents se trouvaient Balian Ibn Birzan, qui était le seigneur de Ramlah et de Nablous. Quand Salah ad-Din prêta serment, Balian lui dit : « Sache que personne dans l’Islam n’a fait ce que vous avez fait et que personne n’a jamais fait autant perdre les croisés que durant cette période. Nous avons calculé que 600 000 combattants sont venus nous rejoindre en bateau et que seul un sur 10 est revenu chez lui. Vous avez soit tué les autres ou ils sont morts noyés[3]. »

 

Quand les clauses du traité furent conclues, Salah ad-Din donna la permission aux croisés de visiter Jérusalem. Ils exécutèrent leur pèlerinage et partirent chacun vers sa propre terre. Le comte Henri resta sur la côte syrienne comme souverain des croisés et du territoire qu’ils tenaient. Il avait un bon caractère, était peu porté aux troubles, sympathique et bien disposé envers les Musulmans.

 

Quant à Salah ad-Din, après la conclusion de la paix il alla à Jérusalem où il ordonna de renforcer l’enceinte et incorpora dans celle-ci l’église de Sion qui se trouvait à une distance de deux portées de flèche à l’extérieur. Il bâtit la Madrassah, l’hospice, l’hôpital et d’autres institutions musulmanes qu’il dota de fond de bienfaisances. Il jeûna le mois de Ramadan dans Bayt al-Maqdis et projeta d’aller au Pèlerinage et de se mettre en état de sacralisation mais cela ne fut pas possible pour lui.

 

Le 5 du mois de Shawwal, il quitta la ville pour Damas en laissant derrière lui son député, un émir appelé Jourdik, un des Mamalik de Nour ad-Din.

Quand il voyagea, il prit une route passant par les villes frontières de l’Islam comme Nablous, Tibériade, Safad et Tibnin. Il visita aussi Beyrouth, se familiarisa avec ces régions et ordonna de les fortifier. Pendant qu’il était à Beyrouth, il reçut la visite de Bohémond, le souverain d’Antioche et de ses dépendances, qui lui fit ses révérences lorsqu’il le rencontra. Salah ad-Din lui accorda une robe d’honneur avant de revenir dans ses propres terres.

Après son retour, Salah ad-Din disposa pour Damas où il arriva le 25 Shawwal et son entrée dans la ville fut un jour mémorable. Les gens se réjouirent beaucoup de le voir suite à sa très longue absence suite au départ de l’ennemi du territoire islamique.

 

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