CROISADES

Du mouvement de Salah ad-Din à Jérusalem

 

En voyant l’arrivée de l’hiver avec les pluies continues et ininterrompues, la détresse et les difficultés causées à ses hommes à cause de cela et du froid sévère, le port d’armure et les nuits sans sommeil, le labeur constant et la longue durée de la campagne de ses troupes, Salah ad-Din leur permit de retourner dans leurs patries pour se reposer et se rétablir. Il alla lui-même à Jérusalem avec ceux qui restèrent avec lui et tous logèrent dans la ville où ils se reposèrent de leurs opérations récentes. Salah ad-Din logea dans la résidence près de l’église du Sépulcre. Une force d’Egypte commandée par l’émir Abou al-Hayja’ as-Samin arriva et le moral des Musulmans à Jérusalem s’éleva.

Les croisés arrivèrent de Ramlah à Latroun le 3 du mois de Dzoul Hijjah avec l’intention de marcher sur Jérusalem. Il y eut quelques batailles entre eux et la force de protection musulmane et au cours de l’une d’entre elle, les Musulmans capturèrent environ cinquante des célèbres et braves cavaliers des croisés. Après son entrée dans Jérusalem, Salah ad-Din avait ordonné la réparation de la muraille et la reconstruction de ce qui avait été endommagé. Il renforca plus spécialement l’endroit où la ville avait été prise de force et ordonna le creuser un fossé au-delà des travaux. Il assigna à chaque tour un émir pour superviser le travail. Son fils al-Afdal travailla sur la partie s’étendant de la Porte des Colonnes à la Porte de la Miséricorde. L’Atabeg ‘Izz ad-Din Mas’oud, le seigneur de Mossoul, envoya un groupe de carriers, des hommes qui avaient une grande expertise dans l’art de couper la roche. Ils bâtirent une tour et une partie d’un mur de défense pour lui. Tous les émirs firent des choses semblables. Quand les réserves de pierre pour les entrepreneurs diminuèrent, Salah ad-Din (puisse Allah lui faire miséricorde) monta et apporta en personne des pierres sur son cheval d’endroits lointains. L’armée suivit son exemple et en une journée, assez de pierres furent rassemblé pour occuper les entrepreneurs pendant plusieurs jours.

 

Du retrait des croisés de Ramlah

 

Le 20 du mois de 20 Dzoul Hijjah, les croisés revinrent à Ramlah.

La raison pour cela est qu’ils ramenèrent ce qu’ils avaient besoin de la côte et dès qu’ils étaient à une longue distance de celle-ci, les Musulmans attaquaient ceux qui transportaient leurs réserves prévenant leur passage et saisissant ce qu’ils avaient. Alors le roi de l’Angleterre dit aux croisés syriens qui étaient avec lui : « Décrivez moi la ville de Jérusalem puisque je ne l’ai pas vu. » Ils firent ainsi et il vit la vallée l’entourer sauf sur un côté approchable du nord. Il questionna sur la profondeur de la vallée et il lui fut répondu qu’elle était profonde et difficile d’accès. Il continua : « Cette ville ne peut pas être assiégée aussi longtemps que Salah ad-Din vit et que les Musulmans sont unis parce que si nous prenons position sur le côté adjacent à la ville, les autres côtés resteront libres et les hommes, les réserves et ce qu’ils ont besoin arrivera dans la ville. Si nous nous séparons et que certains d’entre nous campent sur le flanc de la vallée et certains autres sur l’autre, Salah ad-Din rassemblera son armée et tombera sur un des deux groupes et l’autre ne sera pas capable d’aider leurs camarades, parce que s’ils quittent leur position, les défenseurs dans la ville viendront en avant et saisiront leurs affaires. Et, s’ils laissaient des hommes pour les garder et aller chez leurs camarades, avant qu’ils ne traversent la vallée pour les rejoindre, Salah ad-Din se serai occupé d’eux. Sans compter l’impossibilité de recevoir du fourrage et les provisions dont nous aurons besoin. »

Quand il eut finit, ils se rendirent compte qu’il avait raison d’autant plus que le niveau de leurs réserves étaient bas et que ceux qui les ramenaient étaient harcelés par les Musulmans donc ils conseillèrent au roi de revenir à Ramlah, ce qu’ils firent déçus et frustrés.

 

 

Cette année, un neveu de Salah ad-Din, Houssam ad-Din Muhammad Ibn ‘Omar Ibn Lajin mourut ainsi que ‘Alam ad-Din Souleyman Ibn Jandar, un autre des grands émirs de Salah ad-Din.

 

Au mois de Rajab de cette même année, mourut aussi Safi ad-Din Ibn al-Qabid, l’administrateur de Damas pour Salah ad-Din qui avait l’autorité dans toutes ses terres.

 

 

De la reconstruction d’Ascalon par les croisés

 

Au mois de Mouharram de l’année 588 de l’Hégire (1192), les croisés allèrent à Ascalon et entreprirent sa reconstruction. Salah ad-Din était à Jérusalem et le roi de l’Angleterre quitta Ascalon avec une force légèrement équipée pour affronter la force de protection musulmane. Un engagement s’ensuivit ou les deux côtés luttèrent violemment.

 

Pendant le séjour de Salah ad-Din à Jérusalem, ses escadrons continuèrent d’harceler les croisés en affrontant un groupe d’entre eux et en coupant leurs réserves. Un de ces escadrons était commandé par Faris ad-Din Maymoun al-Qasri, un des officiers des Mamalik de Salah ad-Din qui intercepta une grande caravane croisée, l’a saisi et pilla tout ce qu’elle transportait.

 

Du meurtre du marquis et de l’intronisation du comte Henri

 

Le 13 du mois de Rabi’ Thani, le marquis, le seigneur de Tyr, un des plus grands des démons croisés, qu’Allah le maudisse, fut tué et cela arriva comme suit.

Salah ad-Din se mit en contact avec le chef des hashashiyine en Syrie, à savoir Sinan et l’encouragea à envoyer quelqu’un pour tuer le roi d’Angleterre et s’il tuait le marquis, il recevrait dix mille dinars. Sinan ne voulut pas assassiner le roi car il ne voyait aucun avantage pour lui car si Salah ad-Din se retrouvait libéré des croisés, il ne manquerait certainement pas de se retourner contre eux (les hashashiyine) cependant, cupide de recevoir de l’argent, il s’inclina vers le meurtre du marquis (de Montferrand). Il envoya donc deux hommes déguisés comme des moines qui s’associèrent avec le seigneur de Sidon et le fils de     Balian (d’Ibelin) le seigneur de Ramlah et qui étaient tous les deux avec le marquis dans Tyr. Les deux assassins restèrent avec eux durant six mois, en faisant preuve de piété. Le marquis fit leur connaissance et leur fit confiance. A la date indiquée (le 13 du mois de Rabi’ Thani), l’évêque de Tyr donna un banquet pour le marquis qui y assista, manga sa nourriture et bu son vin avant de partir. Les deux batini que nous avons mentionnés se jetèrent sur lui et le blessèrent gravement. L’un d’entre eux s’enfuit et entra dans une église pour se cacher et il arriva que le marquis fut porté dans cette même église pour soigner ses blessures. Cet assassin l’attaqua de nouveau et le tua tandis que les deux batini furent tués en temps voulu.

 

Les croisés attribuèrent son assassinat au roi de d’Angleterre car il voulait devenir le souverain unique du littoral syrien. Après la mort du marquis, il fut succédé dans Tyr par un comte croisé d’outre-mer nommé le comte Henri. Cette même nuit, il se maria avec la reine veuve et consomma le mariage, bien qu’elle fût enceinte. De leur point de vue, la grossesse n’est pas un obstacle au mariage.

Ce comte Henri était le neveu du roi de France du côté de son père et le neveu du roi d’Angleterre du côté de sa mère. Il devint le roi des terres de croisé sur le littoral après que le roi d’Angleterre revint chez lui où il vécut jusqu’en l’an 594 de l’Hégire (1197), quand il tomba d’un toit et mourut. Il était intelligent, très sociable et un long malade.

Lorsque le roi d’Angleterre partit, le comte Henri envoya un messager à Salah ad-Din pour gagner sa sympathie et son égard et lui demander une robe d’honneur. Il lui dit : « Vous savez qu’en portant une robe et un grand bonnet nous ressentons de la honte mais je les porterai de vous pour amour pour vous[2]. » Salah ad-Din lui envoya une magnifique tenue incluant une robe et un bonnet qu’Henri porta à Acre.

 

 

De ce que fit le roi d’Angleterre

 

Le 9 du mois de Joumadah Awwal, les croisés prirent le château de Daroum et le détruisirent avant de marcher sur Jérusalem où se trouvait Salah ad-Din et atteignirent Bayt Noubah.

La raison de leur mouvement ambitieux est dû au fait que Salah ad-Din avait dispersé ses troupes à cause de l’hiver afin qu’ils se reposent et avait convoqué d’autres troupes pour les remplacer. Certains d’entre eux partirent avec son fils al-Afdal et son frère al-‘Adil dans les terres mésopotamiennes pour la raison que nous mentionnerons, si Allah Exalté le veut. Certaines troupes égyptiennes ainsi que sa garde rapprochée restèrent avec lui et de ce fait les croisés crurent qu’ils gagneraient quelques succès. Quand Salah ad-Din fut informé de leur approche, il assigna les tours de la ville à différents émirs.

À la fin du mois, les croisés bougèrent de Bayt Noubah à Qalounayah qui est environ à une dizaine de kilomètres de Jérusalem. Les Musulmans leur envoyèrent une succession d’escadrons qui les firent souffrirent bien plus qu’ils ne pouvaient supporter et ils se rendirent compte que, s’ils assiégeaient Jérusalem, les maux tomberaient plus rapidement sur eux et qu’ils seraient plus sûrement submergés. Ils tournèrent donc des talons et se retirèrent tandis que les Musulmans les poursuivirent avec leurs lances et leurs flèches.

À la fin du mois de Joumadah Awwal, quand les croisés s’éloignèrent de Jaffa, Salah ad-Din y envoya un escadron de son armée qui s’approchèrent et préparèrent une embuscade quand un corps de cavaliers croisé passa près d’eux accompagnant une caravane. L’escadron bondit sur eux, les tuèrent, les pillèrent et capturèrent certains d’entre eux.

 

Le 9 Joumadah Thani, les croisés furent informés qu’une force arrivait en provenance d’Egypte accompagnant une grande caravane. Le commandant de la force était Falak ad-Din Souleyman, un frère d’al-‘Adil du côté de sa mère et plusieurs émirs étaient avec lui. Les croisés voyagèrent de nuit et tombèrent sur eux dans la région d’Hébron. Nos soldats s’enfuirent et pas l’un d’entre eux ne fut tué excepté quelques pages tandis que leurs tentes et équipement furent saisis par les croisés. Quant à la caravane, une partie fut prise et ceux qui s’étaient enfuis grimpèrent sur les collines d’Hébron. Les croisés ne risquèrent pas de poursuite mais s’ils avaient continué quelques kilomètres supplémentaires, ils les auraient annihilés. Les survivants de la caravane furent dispersés et éparpillés et rencontrèrent de grandes difficultés jusqu’à ce qu’ils se soient de nouveau regroupés.

 

Un de nos associés, avec qui nous avions envoyé quelque chose en Egypte pour le commerce et qui avait voyagé en arrière dans cette caravane, m’a raconté la chose suivante :

« Quand les croisés descendirent sur nous, nous venions de préparer nos bêtes de somme pour le départ. Ils ont chargé et tombèrent sur nous. J’ai battu mes bêtes et grimpé la colline avec plusieurs bêtes de somme appartenant à quelqu’un d’autre. Un groupe de croisés nous a rattrapés et prit les animaux qui me suivaient. J’étais à distance d’une portée de flèche devant eux et ils ne m’ont pas atteint donc je me suis enfui avec ce que j’avais. J’ai voyagé ne sachant pas où j’allais quand subitement je vis de grands bâtiments sur une colline. J’ai demandé ce qu’ils étaient et il me fut répondu : « C’est Karak. » Je m’y dirigeais donc et de là, revint en toute tranquillité à Jérusalem. »

Cet homme quitta Jérusalem sain et sauf et quand il arriva à Bouza’a près d’Alep, il fut pris par des malfaiteurs. Il échappa au désastre mais perdit quand il crut que tout était sûr.

 

 

 

 

[1] Dire que lorsque Salah ad-Din prenait une place, même par la force des armes, laissaient les civils chrétiens partir ! O Musulmans jusqu’à quand vous laisserez-vous tromper ? N’avez-vous pas lu l’histoire et les centaines de pactes, de traités et de promesses des mécréants jamais tenues ? Quel malheureux, terrible et douloureux passage en vérité !

[2] Vous savez que le « vous » n’existe pas dans la langue arabe. C’est pour cette raison que dans tous les dialogues entre Musulmans ou d’un Musulman envers un non musulman nous utilisons la deuxième personne « tu ». Cependant comme les Européens utilisent la deuxième personne plurielle, nous l’utilisons aussi quand ce sont eux qui parlent comme c’est le cas.    

 

 

Views: 0