CROISADES

De l’arrivée de l’empereur allemand en Syrie et de sa mort

 

Cette année, l’empereur des Allemands quitta ses terres. Ils sont une race de croisés parmi les plus nombreux et les plus vaillants. Comme la capture musulmane de Jérusalem l’avait peiné, l’empereur réunit ses troupes, leur fournit tout ce dont ils avaient besoin et quitta ses terres dans l’intention de voyager par Constantinople. L’empereur Byzantin envoya un messager pour en informer Salah ad-Din et lui promettre de ne pas le laisser traverser son territoire.

Cependant, quand l’empereur allemand arriva à Constantinople, l’empereur fut incapable de l’empêcher de traverser à cause du grand nombre de ses suivants mais il retint ses provisions et ne permit à aucun de ses sujets de les fournir avec ce qu’ils voulaient. Ils furent bientôt à cours de réserves et de provisions, mais ils voyagèrent jusqu’à ce qu’ils aient traversé le détroit Constantinople et entrèrent dans le territoire musulman, le royaume de Kilij Arsalan Ibn Mas’oud Ibn Souleyman Ibn Qoutalmish Ibn Saljouk. Quand ils arrivèrent aux frontières de ses terres, les Turcomans Ifaj les harcelèrent en restant sur leurs traces, tuant les isolés et volant ce qu’ils pouvaient. C’était l’hiver et le froid dans ces terres pouvait être intense et la neige profonde. Le froid, la faim et les Turcomans les décimèrent et leur nombre diminua.

Quand ils s’approchèrent de Konya, Qoutb ad-Din Malik Shah Ibn Kilij Arsalan les rencontra pour empêcher leur passage mais il n’était pas de taille à leur faire face et se retira à Konya ou se trouvait son père que le fils susmentionné retenait contraint. Tous ses autres fils s’étaient dispersés sur ses terres et chacun s’était rendu maître d’une région.

 

Quand Qoutb ad-Din se retira devant les croisés, ils se dépêchèrent de le poursuivre et assiégèrent Konya. Ils envoyèrent à Kilij Arsalan un présent et lui dirent : « Vos terres ne sont pas notre objectif et nous n’avons aucun souhait à leur sujet. Notre seul objectif est Jérusalem. » Ils lui demandèrent de permettre à ses sujets de leur fournir de la nourriture et d’autres choses dont ils avaient besoin. Il donna la permission pour cela et, ayant reçu ce dont ils avaient besoin, leur faim calmée et leur stock réapprovisionné, ils poursuivirent leur route. Ils demandèrent plus tard à Qoutb ad-Din d’ordonner à ses sujets de ne pas les importuner et de leur donner plusieurs de ses émirs comme otages et comme ils les craignaient, il leur donna environ vingt émirs qu’il détestait. Ils voyagèrent donc avec les croisés mais les voleurs et d’autres ne se retinrent pas de les attaquer et de les harceler et l’empereur allemand saisit les émirs et les enchaîna. Certains périrent en captivité et d’autres se rançonnèrent eux-mêmes.

L’empereur allemand continua jusqu’à ce qu’il arriva dans les terres des Arméniens gouvernés par Leon le fils de Stephan, le fils de Leon qui leur fournit des provisions et du fourrage. Il reconnut leur autorité et leur déclara son obéissance. L’empereur marcha alors vers Antioche et sur leur route se trouvait un fleuve près duquel il campa puis y entra pour se laver mais se noya dans un point où l’eau n’atteignait pas la taille d’un homme et Allah Exalté nous sauva de son mal.

Il avait un fils avec lui qui lui succéda et qui procéda vers Antioche mais ses suivants entrèrent en conflit avec lui. Certains voulurent retourner chez eux et l’abandonnèrent tandis que les autres se disposèrent pour en faire leur empereur et ils retournèrent eux aussi.

Il continua donc avec ceux qui lui étaient restés fidèles qui étaient, quand il les passa en revue, environ 40 000. La maladie et la mort tombèrent sur eux si bien que lorsqu’ils arrivèrent à Antioche, ils avaient l’air d’avoir été exhumés de leurs tombes. Le seigneur d’Antioche, gênés par eux, les encouragea à rejoindre les croisés à Acre. Ils voyagèrent par Jabalah, Lattaquié et d’autres villes que les Musulmans tenaient et les gens d’Alep et d’ailleurs les interceptèrent et saisirent une grande multitude d’entre eux cependant le nombre des morts fut plus élevés que le nombre des prisonniers. Ils atteignirent alors Tripoli où ils restèrent quelques jours et touchés par une grande mortalité, seul mille d’entre eux quittèrent la ville et naviguèrent vers Acre. Quand ils arrivèrent et virent les souffrances qu’ils avaient endurées sur la route et les disputes parmi eux, ils revinrent dans leurs propres terres mais leurs navires sombrèrent et pas un seul d’entre eux ne survécut.

 

Kilij Arsalan avait écrit à Salah ad-Din pour l’informer de l’arrivée des nouveaux croisés et lui avait promis qu’il les empêcherait de traverser ses terres et quand ils les eurent traversés et s’étaient éloignés, il envoya des excuses pour avoir été trop faible pour eux parce que ses fils le gouvernait et le maintenait sous la contrainte après l’avoir abandonné et renié leurs allégeances.

Quand les nouvelles du passage de l’empereur allemand parvinrent à Salah ad-Din, il consulta ses conseillers. Beaucoup d’entre eux lui conseillèrent d’aller l’intercepter sur la route qu’ils prendraient et de lutter contre eux avant qu’ils ne joignent les croisés d’Acre. Salah ad-Din répondit : « Non, nous resterons jusqu’à ce qu’ils s’approchent de nous et ensuite nous agirons, pour que nos troupes dans Acre ne capitulent pas. » Cependant, il envoya certaines de ses troupes dont les contingents d’Alep, de Jabalah, de Lattaquié, de Shayzar et ailleurs dans la région d’Alep pour garder les frontières et les terres de leurs actions hostiles. L’état des musulmans était comme Allah (à Lui la Puissance et la Gloire) a dit : « Quand ils vous vinrent d’en haut et d’en bas [de toutes parts], et que les regards étaient troublés, et les cœurs remontaient aux gorges, et vous faisiez sur Allah toutes sortes de suppositions. Les croyants furent alors éprouvés et secoués d’une dure secousse. » (Qur’an 33/10-11)

 

L’histoire suivante illustre leur grande peur.

Un des émirs de Salah ad-Din possédait un village dans le district de Mossoul que mon frère (puisse Allah lui faire miséricorde) administrait et dont les revenus étaient du blé, de l’orge et de la paille. Il écrivit à l’émir pour vendre les récoltes mais sa lettre revint disant : « Ne vends pas le moindre grain et obtient beaucoup de paille pour nous. » Alors plus tard, une autre lettre de lui arriva disant : « Tu peux vendre les céréales. Nous n’avons pas besoin d’eux. » L’émir vint par la suite à Mossoul et nous lui avons demandé pourquoi il interdit la vente de la récolte et qu’ensuite après qu’un court délai, il donna la permission de le vendre. Il répondit : « Quand les nouvelles de l’arrivée de l’empereur allemand sont arrivées nous sommes devenus convaincus que nous serions incapables de rester en Syrie donc j’ai ordonné de défendre la vente de la récolte pour qu’elle soit stockée pour nous pour notre retour. Quand Allah Tout Puissant les détruisit et enleva notre besoin de la récolte, j’ai écrit pour qu’elle soit vendue et réaliser du profit. »

 

Récit d’une bataille entre les Musulmans et croisés d’Acre

 

Le 20 Joumadah Thani de cette année, les croisés, qu’Allah les maudisse, à cheval et à pied en nombre au-delà de tout compte, sortirent de leurs fortifications et avancèrent vers les Musulmans et particulièrement la force égyptienne commandée par al-‘Adil Abou Bakr Ibn Ayyoub. Les Egyptiens étaient déjà montés et avaient formé leurs lignes pour les rencontrer et les affrontèrent dans une féroce bataille. Les Egyptiens cédèrent du terrain devant les croisés qui entrèrent dans leurs tentes et pillèrent leurs affaires. Les Egyptiens les chargèrent alors et luttèrent contre eux au beau milieu de leurs tentes et les repoussèrent de force. Un détachement égyptien partit vers leurs tranchées et les coupèrent du soutien de leurs camarades qui étaient précédemment sortis. Les croisés s’étaient répandus comme des fourmis mais quand leur arrière fut coupé, ils désespérèrent et furent abattus de tous les côtés et seul un petit nombre d’entre eux s’enfuit. Il y eut un grand carnage parmi eux et le nombre de morts s’éleva à plus de dix mille.

Les troupes de Mossoul, commandées par ‘Ala’ ad-Din Khourramshah, le fils de ‘Izz ad-Din Mas’oud, le seigneur de Mossoul étaient près de la force égyptienne. Ils chargèrent aussi les croisés et luttèrent contre eux aussi fort qu’ils purent et leur infligèrent beaucoup de dommage. Tout cela sans aucun rôle direct dans l’action de la garde rapprochée qui était avec Salah ad-Din, de l’aile gauche commandée par ‘Imad ad-Din Zanki le seigneur de Sinjar, du contingent d’Irbil ou d’autres postés ailleurs.

 

Lorsque les croisés subirent ce désastre, leur ardeur s’apaisa et leur humeur se radoucie. Les Musulmans conseillèrent à Salah ad-Din de prendre l’initiative dans la lutte et de les attaquer pendant qu’ils étaient dans cet état d’angoisse et de peur. Il se trouve que le jour suivant, il reçut une lettre d’Alep lui rapportant la mort de l’empereur allemand et comment ses soldats avaient souffert, périt, fait prisonniers ou tués et comment ils avaient été réduits à un petit nombre dans un état misérable.

Les Musulmans furent trop préoccupés par ces bonnes nouvelles et leur joie pour retenir ceux qui leur faisait face et ils espérèrent que lorsque les croisés entendraient ces nouvelles, cela ajouterait de la faiblesse à leur faiblesse et de la peur à celle qu’ils avaient déjà. Cependant, deux jours plus tard, les croisés reçurent des renforts en bateau d’outre-mer avec un comte nommé Henri, le neveu du roi de France par son père et le neveu du roi d’Angleterre par sa mère qui ramena une immense quantité d’argent au-delà de tout compte. Ayant rejoint les croisés, il recruta des troupes et distribua de l’argent si bien que leur moral remonta et qu’ils redevinrent confiants. Il les informa aussi que des renforts étaient sur leur voie en vagues successives si bien qu’ils se retinrent et gardèrent leur position.

Plus tard, ils montrèrent qu’ils avaient l’intention de sortit pour rencontrer les Musulmans dans la bataille et le     27 Joumadah Thani, Salah ad-Din déplaça sa position à al-Kharroubah pour avoir plus de place pour manœuvrer car son camp était devenu pollué par l’odeur des cadavres.

Le comte Henri érigea des trébuchets, des boucliers géants mobiles et des balistes mais les Musulmans d’Acre effectuèrent une sortie et les saisirent en tuant beaucoup de croisés qui servaient les machines de siège. Après la prise des engins de sièges, le comte voulu ériger un autre trébuchet mais il fut incapable de le faire parce que les Musulmans d’Acre l’empêchèrent de construire des écrans de protection pour protéger les servants opérant le trébuchet. Il érigea alors un monticule de terre à distance de la ville et les croisés déplacèrent le monticule étape par étape vers la ville en se protégeant derrière lui et le rapprochèrent encore plus près. Quand ils parvinrent     là où la ville était à portée d’un missile de trébuchet, ils érigèrent deux trébuchets derrière le monticule qui leur fournissait maintenant un écran.

 

Les réserves commencèrent à tourner court dans l’Acre et Salah ad-Din envoya un messager à Alexandrie leur ordonnant de dépêcher de la nourriture, de la viande et d’autres choses en bateau à Acre et comme l’envoi fut retardé, il envoya un message à son lieutenant à Beyrouth pour lui demander d’envoyer des victuailles. Ce dernier envoya un grand vaisseau de transport plein de tout dont ils avaient besoin et ordonna à l’équipage de s’habiller comme les croisés. Ils déguisèrent en conséquence et hissèrent des drapeaux avec les croix. Quand ils arrivèrent à Acre et étant convaincus que le vaisseau était un des leurs, les croisés ne firent aucune tentative pour l’arrêter. Quand il arriva en face du port d’Acre, l’équipage y entra. Les Musulmans furent ravis, se réanimèrent et leur moral remonta, satisfaits de ce qu’il contenait jusqu’à ce que les provisions arrivent d’Alexandrie.

 

Une reine des croisés d’outre-mer disposa avec environ 1 000 soldats et fut capturée aux environs Alexandrie avec les hommes qui étaient avec elle. Les croisés reçurent aussi une lettre du pape, qui est leur chef dont ils suivent les ordres et dont les paroles ne peuvent être mises en doute. Ils croient que celui qui est excommunié par lui est vraiment exclu et que ce qu’il préfère doit être vraiment préféré. Il est le maître de Rome. La lettre leur ordonnait de persévérer dans leur entreprise et les informait qu’il avait demandé à tous les commandants croisés de voyager à leur aide par terre et en bateau et que les renforts étaient sur leur voie ce qui les rendit plus forts et pleins d’espoir.

 

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