CROISADES

De l’arrivée des forces égyptiennes par terre et mer

 

Au milieu du mois de Shawwal de cette même année, les forces égyptiennes commandées par al-‘Adil Sayf ad-Din Abou Bakr Ibn Ayyoub arrivèrent et leur arrivée releva énormément le moral des hommes dont la défense fut renforcée. Ils apportèrent avec eux une grande quantité d’équipement de siège, de plastrons, de boucliers, d’arcs et de flèches et aussi un grand nombre de fantassins.

Salah ad-Din de son côté rassembla beaucoup d’hommes des terres syriennes décidé à attaquer l’ennemi tant à cheval qu’à pied.

Ensuite la flotte égyptienne arriva, commandée par l’émir Lou’lou’ qui était énergique, brave, audacieux, un navigateur compétent bien informé de la guerre navale et bénit d’une bonne fortune. Il arriva à l’improviste et tomba sur un grand navire de transport des croisés qu’il pilla, prenant de grandes sommes d’argent et des réserves abondantes qu’il apporta dans Acre. L’arrivée de la flotte calma les esprits des habitants et renforca leurs cœurs.

 

 

De la bataille des croisés avec l’avant-garde et du retour Salah ad-Din au blocus des croisés

 

Nous avons déjà mentionné le retrait de Salah ad-Din d’Acre à al-Kharroubah à cause de sa maladie. Lorsqu’il fut rétablit, il y resta jusqu’à ce que l’hiver soit passé et durant tout son séjour à al-Kharroubah son avant-garde et ses tirailleurs restèrent en contact constant avec les croisés.

 

Quand le mois de Safar de l’année     586 de l’Hégire (1190) arriva, les croisés furent informés que Salah ad-Din était parti chasser et ils virent que sa garde rapprochée, près d’eux, était peu nombreux et sachant qu’il y avait beaucoup de terre marécageuse sur la plaine d’Acre pour empêcher l’arrivée d’une force de soutien, ils saisirent cette occasion et sortirent un soir de leur tranchée pour les attaquer. Les Musulmans repoussèrent leur approche en tirant des flèches. Les croisés se retinrent jusqu’à ce que leurs flèches aient été épuisées et les chargèrent ensuite comme un seul homme. La bataille fit rage violemment et devint sérieuse. Les Musulmans se rendirent compte que seule leur ténacité et un combat vigoureux les sauveraient. Ils luttèrent alors désespérément en faisant face à la mort jusqu’à la tombée de la nuit après qu’un grand nombre fut tué des deux côtés et que les croisés reviennent dans leur camp.

Quand Salah ad-Din revint dans son camp, il fut informé des nouvelles de la bataille et demanda aux hommes d’aller aider leurs frères. Les nouvelles l’atteignirent alors que les croisés s’étaient déjà retirés dans leur camp et il resta donc où il était.

 

Plus tard, lorsque l’hiver passa et il fut rejoint par les troupes des villes proches, Damas, Homs, Hama et d’autres. Il quitta alors d’al-Kharroubah pour Acre et campa à Tall Kayssan ou il engagea chaque jour les croisés pour les empêcher d’attaquer les habitants d’Acre. Ainsi l’ennemi luttait sur deux fronts sans se lasser.

 

De l’incendie des tours de siège et de la bataille de la flotte

 

Pendant la période de leur séjour à Acre, les croisés, qu’Allah les maudisse, construisirent trois très grandes tours de bois d’une hauteur de plus de 27 mètres chacune avec cinq étages, chaque étage plein de combattants. Elles furent construites avec du bois ramenées spécialement pour eux des îles car pour construire de telles grandes tours, un tel bois était rare. Ils les recouvrirent avec des peaux imbibées de vinaigre, d’argile et des substances les empêchant d’être consumés par le feu. Ils tracèrent des routes pour elles et les placèrent dans trois endroits différents devant Acre. Le 20 du mois de Rabi’ Awwal, elles furent utilisées pour un assaut et surplombèrent le mur et les soldats qu’elles contenaient luttèrent contre les Musulmans sur le mur qui les repoussèrent. Les croisés entreprirent alors de remplir les douves et la ville fut sur le point d’être prise par la force des armes.

Les défenseurs envoyèrent un homme qui se rendit en nageant chez Salah ad-Din et l’informa de la situation critique dans laquelle ils étaient et l’imminence de leur chute et de leur tuerie. Salah ad-Din et ses hommes montèrent alors et avancèrent vers les croisés en les retinrent en action continue et féroce pour les détourner de leur assaut sur la ville.

Les croisés se divisèrent en deux groupes, l’un combattait Salah ad-Din et l’autre les défenseurs d’Acre. Cependant, la situation des défenseurs se relâcha. La bataille dura huit jours consécutifs et se termina le 28 de ce même mois après que les deux côtés furent fatigués du combat et lassés des implacables affrontements successifs jours et nuits. Les Musulmans furent alors convaincus que les croisés prendraient la ville vu leur incapacité à repousser les tours de siège après qu’ils eurent essayés tous les moyens sans succès. Ils lancèrent un barrage constant de feu grec mais il n’eut aucun effet. Ils devinrent alors persuadés qu’ils étaient condamnés à la destruction mais Allah Exalté vint à leur aide et permis aux tours d’être brûlées.

Cela arriva grâce à un collectionneur damascène passionné par les équipements utilisés par les spécialistes de feu grégeois et les substances incendiaires renforçant l’action du feu. Les gens qui le connaissaient avaient l’habitude de le blâmer pour cela et le désapprouver mais il répondait : « Ce n’est une pratique dans laquelle je ne tiens à m’engager mais je veux juste la comprendre. » Et c’était pour les propres buts d’Allah Exalté qu’il se trouvait actuellement dans Acre.

Quand il vit les tours érigées pour attaquer Acre, il commença à faire des substances extrêmement combustibles qu’il savait qu’aucun argile, vinaigre ou n’importe quoi d’autre leur résisteraient. Quand il eut fini, il vint trouver l’émir Qaraqoush qui était responsable des affaires dans Acre et le gouverneur et lui dit : « Peux-tu ordonner à l’artificier de lancer ce que je lui donnerai avec le trébuchet qui fait face à l’une de ces tours pour y mettre le feu. »

L’exaspération de Qaraqoush, la peur pour la ville et ses habitants étaient alors à son comble et ces paroles ajoutèrent à sa frustration. Il se tourna vers lui en colère et lui dit : « Les spécialistes ont déjà fait tout leur possible sans succès. » Quelqu’un présent lui dit : « Peut-être Allah Exalté a pris des dispositions pour notre délivrance par les mains de cet homme. Cela ne nous causera aucun tort d’essayer. » Qaraqoush accepta alors et ordonna à l’artificier de suivre les directives de l’homme. Il lanca plusieurs pots d’huiles et de substances différentes sans les enflammer. Quand les croisés virent qu’aucun des pots ne s’étaient enflammés, ils crièrent, dansèrent et firent des cabrioles sur le toit de la tour. Finalement, quand il établit que ce qu’il avait lancé s’était répandu sur la tour, il tira un pot plein qu’il avait enflammé et la tour prit feu. Il en tira un second et un troisième et le feu se propagea dans les parties différentes de la tour qui s’embrasa trop rapidement pour permettre aux hommes des cinq étages de s’enfuir et sauver leurs vies.

Quand ils virent que les premiers pots n’avaient eu aucun effet, leur arrogance les fit se sentir sûrs d’eux même et ne s’inquiétèrent pas de courir par sécurité, pour qu’Allah Exalté leur donne un premier goût du feu dans ce monde avant le suivant.

Lorsque la première tour fut brûlée, il se rendit à la deuxième que les occupants avaient évacuée par peur. Il y mit le feu ainsi qu’à la troisième. Ce fut un jour mémorable dont pareil ne fut jamais vu. Les Musulmans regardèrent par-dessus les murs heureux, leurs visages après leur désespoir illuminés de joie par cette victoire et d’avoir échappé au massacre parce qu’il n’y avait pas l’un parmi eux qui n’avaient de parent ou d’ami dans la ville.

Cet individu fut emmené à Salah ad-Din qui lui offrit de grandes sommes d’argent et un fief substantiel. Cependant, il n’accepta pas le moindre grain de haricot et dit simplement : « Je l’ai fait juste pour Allah Tout Puissant et de Lui Seul je veux la récompense. »

 

Des lettres furent envoyées dans toutes les terres lointaines ou proches et les nouvelles de ce succès. Salah ad-Din envoya aussi des messagers pour convoquer les armées de l’Est et le premier à arriver fut ‘Imad ad-Din Zanki Ibn Mawdoud Ibn Zanki, le seigneur de Sinjar et des terres d’al-Jazirat suivit par ‘Ala’ ad-Din, le fils de ‘Izz ad-Din Mas’oud Ibn Mawdoud Ibn Zanki, que son père le seigneur de Mossoul avait envoyé comme commandant de son armée. Le prochain à arriver fut Zayn ad-Din Youssouf, le seigneur d’Irbil. Et chaque fois que l’un d’entre eux arrivait, il avançait contre les croisés avec ses troupes rejointe par d’autres, qu’ils engagèrent dans la bataille avant de revenir ensuite au camp

 

La flotte arriva d’Egypte et quand les croisés furent informés de son approche, ils envoyèrent une flotte pour l’intercepter et l’amener à combattre. Salah ad-Din chevaucha avec toutes ses troupes et retint l’ennemi de son côté pour les prévenir par son action de retenir la flotte musulmane afin qu’elle puisse entrer dans l’Acre mais cela ne les empêcha pas d’attaquer la flotte. La bataille fit rage entre les deux côtés sur terre et mer. Ce fut un jour mémorable dont nul pareil n’a jamais été enregistré. Les Musulmans prirent un navire des croisés avec tous les hommes et des armes qu’il contenait et les croisés prirent pareil des Musulmans. Néanmoins, il y eut plus de tués parmi les croisés que parmi les Musulmans et la flotte musulmane entra dans le port en toute tranquillité.

 

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