CROISADES

Récit d’une importante bataille à Acre

 

Après cette bataille que nous avons mentionnée, les Musulmans continuèrent chaque jour jusqu’au 20 Sha’ban à retenir matins et soirs les croisés tandis que ces derniers restèrent dans leur camp sans le quitter. Les croisés se réunirent pour un conseil et dirent : « L’armée d’Egypte n’est pas encore venue et notre situation avec Salah ad-Din est comme elle est. Qu’adviendra-t-il lorsqu’ils arriveront ? Notre meilleur plan est d’affronter les Musulmans demain dans l’espoir que nous les vaincrons avant que leurs armées se rassemblent et que des renforts arrivent. »

Une grande partie de l’armée Salah ad-Din était absente ; une partie était à Antioche pour prévenir tout mouvement hostile de son seigneur Bohémond contre les terres d’Alep, une autre partie était à Homs et faisait face à Tripoli pour surveiller le front, une force était devant Tyr pour protéger les terres avoisinantes, un autre en Egypte en garnison dans les ports de Damiette et d’Alexandrie parmi d’autres et les troupes égyptiennes restantes n’étaient pas encore arrivés à cause de leur longue période en campagne, comme nous l’avons auparavant rapporté et c’est ce qui encouragea les croisés à sortir pour engager les Musulmans.

 

Les Musulmans commencèrent leur matinée comme d’habitude certains avancèrent pour lutter, certains restèrent dans leurs tentes et d’autres partis réglés certaines de leurs affaires, visiter un ami ou acquérir certaines choses pour eux, leurs compagnons ou leurs montures. Alors, comme un fléau de sauterelles rampant sur la face de la terre remplissant de tous les côtés l’horizon, les croisés émergèrent de leur camp et chargèrent l’aile droite musulmane menée par le neveu de Salah ad-Din, Taqi ad-Din ‘Omar qui lorsqu’il vit les croisés avancer vers lui et ses hommes prit des précautions et se retira à leurs approches.

 

Quand Salah ad-Din qui était dans le centre vit la situation, il renforca Taqi ad-Din avec ses propres hommes pour le soutenir Les troupes de Diyar Bakr et de certains des Orientaux étaient au centre et quand les croisés virent que ce dernier avait été soulagé d’une partie de ses hommes, que beaucoup d’entre eux avaient rejoint l’aile droite, ils se tournèrent vers le centre et chargèrent comme un seul homme. Nos détachements cédèrent dans le désordre devant eux bien que certains hommes restèrent fermes. Plusieurs rencontrèrent la mort de martyre tels que l’émir Moujalli Ibn Marwan, Zahir ad-Din, le frère du juriste ‘Issa qui était le gouverneur de Jérusalem, un homme qui combina la bravoure au combat, l’érudition et la piété ainsi que le chambellan Khalil al-Hakkari et d’autres hommes braves et dévoués sur le champ de guerre. Il ne resta personne dans le centre pour les repousser et ils se dirigèrent sur la colline sur laquelle se trouvait la tente de Salah ad-Din tuant tout ce qui tomba sur leur passage. Près de la tente de Salah ad-Din, ils tuèrent d’autres Musulmans et parmi eux notre enseignant, Jamal ad-Din Abou ‘Ali Ibn Rawata al-Hamawi, un savant religieux et un bon poète qui avait une longue histoire de martyre dans sa famille puisqu’il avait pour ancêtre, ‘AbdAllah Ibn Rawata (qu’Allah soit satisfait de lui), un compagnon du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) qui fut tué par les Byzantins dans la bataille de Mou’tah en l’an 8 de l’Hégire (629). Puis les croisés descendirent le flanc de la colline de l’autre côté en passant aussi par l’épée tous ceux qu’ils rencontrèrent.

Par la grâce d’Allah Tout Puissant, les croisés ne jetèrent pas à bas la tente de Salah ad-Din. S’ils l’avaient fait, nos gens auraient su que les croisés l’avaient atteinte, nos troupes se seraient enfuies et il y aurait eu une complète déroute.

Les croisés regardèrent alors en arrière et virent qu’ils étaient coupés de tout soutien et ils se retirèrent donc en craignant qu’ils puissent être coupés de leurs camarades. La raison pourquoi ils furent séparés est que notre droite leur faisait face et tandis que d’autres durent s’arrêter pour les contrer. L’aile gauche musulmane chargea les croisés et leurs troupes de soutien en les engageant et occupés par combat ne purent se lier avec leurs camarades et retournèrent devant la ligne de leurs tranchées puis l’aile gauche chargea alors les croisés qui avaient atteint la tente Salah ad-Din et les affronta alors qu’ils se retiraient. Une bataille s’ensuivit et les pages de l’armée montèrent et les poursuivirent.

 

Quand le centre s’enfuit, Salah ad-Din les poursuivit en leur criant et en leur ordonnant de revenir et reprendre la lutte et un grand nombre d’entre eux se rallièrent autour de lui et il les mena dans une attaque sur l’arrière des croisés impliqués dans le combat contre l’aile gauche. Les sabres d’Allah les submergèrent de chaque côté et pas l’un d’entre eux ne s’enfuit. La plupart furent tués et le reste prisonniers. Parmi eux se trouvait le maître des Templiers que Salah ad-Din avait capturé et libéré et qu’il exécuta. Les tués à part ceux qui étaient tombé à côté de la mer, étaient environ 10 000 et Salah ad-Din ordonna de jeter leurs dépouilles dans la rivière d’où les croisés s’abreuvaient. La plupart des morts étaient des chevaliers croisés car l’infanterie n’avait pas eu le temps de les rattraper. Parmi les prisonniers, il y avait trois femmes croisées qui avaient lutté à cheval et ce n’est que lorsqu’elles furent capturés et leurs armures ôtées qu’il fut découvert qu’elles étaient des femmes.

 

Quant aux Musulmans qui avaient fui, certains d’entre eux allèrent aussi loin que Tibériade, certains traversèrent le Jourdain avant de revenir et d’autres allèrent aussi loin que Damas. Si ces unités ne s’étaient pas dispersées dans la déroute, ils auraient accompli leur but et anéantis totalement les croisés. Cependant, le reste des Musulmans fit son maximum, lutta violemment et voulut entrer dans le camp des croisés en même temps que ces derniers pour provoquer la panique dans leur rang mais ils furent informés par un cri que leurs bagages et leurs biens avaient été pillés.

La raison de ce pillage est dû au fait que lorsque nos hommes constatèrent la déroute, ils chargèrent leurs bagages sur les bêtes de somme. Les valets de camp et les pages se révoltèrent et pillèrent et s’enfuirent avec les bagages.

Ce fut le plan de Salah ad-Din de renouveler l’attaque et l’assaut le jour suivant mais il vit que ses hommes étaient préoccupés par leurs biens qu’ils avaient perdus et qu’ils s’efforçaient de récupérer et de protéger. Il ordonna de proclamer que tout ce qui avait été pris devrait être rapporté, assez d’accessoires, de sacoches de selles pleines, de vêtements, d’armes pour remplir la terre furent restituées à leurs propriétaires.

Ce jour-là Salah ad-Din manqua l’occasion d’accomplir son but car la panique des croisés se calma et l’état des survivants parmi eux relevé.

 

Du retrait de Salah ad-Din devant les croisés et de leur formation pour le blocus d’Acre

 

Après ce grand nombre de croisés tués, la terre devint malsaine de l’odeur des cadavres qui corrompirent l’air et l’atmosphère si bien que la santé des hommes se détériora et Salah ad-Din souffrit d’une pénible colique récurrente. Ses émirs qui l’accompagnaient lui conseillèrent de bouger de cet endroit et d’abandonner la pression sur les croisés. Ils le lui présentèrent comme la meilleure chose à faire en disant : « Nous avons appuyé durement sur les croisés et même s’ils voulaient quitter leur position, ils ne pourraient pas. Notre meilleur plan est de partir pour qu’ils puissent lever leur camp et partir. S’ils partent, et c’est le résultat le plus probable, alors nous auront été épargnés de leur peine et eux de la nôtre. S’ils restent, nous pourrons revenir à la bataille et retourner ou nous étions auparavant. De plus, ta santé est mauvaise et ta douleur intense. Si cette rumeur se propageait, nos hommes seraient perdus. Considérant tous ces points, notre meilleur plan est de se retirer. »

Les docteurs furent du même avis et il accepta de faire ce qui était la volonté d’Allah « Et lorsqu’Allah veut [infliger] un mal à un peuple, nul ne peut le repousser : ils n’ont en dehors de Lui aucun protecteur. » (Qur’an 13/11).

Il se retira donc vers al-Kharroubah le 4 du mois de Ramadan. Après leur avoir dit la raison de son départ, Salah ad-Din ordonna aux défenseurs musulmans d’Acre de tenir, de fermer les portes et de prendre toutes les précautions nécessaires.

 

Après son départ et celui de ses troupes, les croisés s’estimèrent à l’abri, s’étendirent dans la région et assiégèrent encore une fois Acre qu’ils encerclèrent sur terre et mer avec leurs navires. Ils commencèrent à creuser un fossé et accumulèrent un rempart avec la terre du fossé et ce qu’ils accomplirent était au-delà de toute atteinte. Notre force d’attaque avait l’habitude de leur faire face chaque jour mais ils refusaient de lutter ou de bouger car la seule chose qui les inquiétait était la réalisation du fossé et du rempart pour se protéger de Salah ad-Din s’il revenait à la bataille.

Et avec le temps, le plan de ceux qui avaient préconisé ce retrait devint clair.

 

Chaque jour qui passait, le détachement avancé informait Salah ad-Din de ce que les croisés faisaient en exagérant la situation bien que Salah ad-Din fut inquiet de sa maladie et incapable d’entreprendre des opérations militaires. Un certain nombre de personnes lui conseilla d’envoyer toutes les troupes pour empêcher les croisés de travailler sur le fossé et le rempart et les engager dans des batailles mais il répondit : « Si je ne suis pas présent avec eux, ils ne feront rien et peut-être le mal qui en résultera sera bien des fois supérieur au bien que nous espérons. »

L’opération fut donc retardée jusqu’au rétablissement de Salah ad-Din et pendant ce temps les croisés furent capables de construire ce qu’ils voulurent, rendirent leurs affaires stables et se fortifièrent avec ce qu’ils trouvèrent de disponible. Durant cette même période de temps, les hommes d’Acre firent des sorties quotidiennes, engagèrent les croisés et provoquèrent un certain nombre de pertes dans leurs rangs.

 

 

 

 

[1] Je ne pense pas que cela soit vraiment le cas. En général les volontaires, et parce qu’ils sont volontaires et ne reçoivent aucun salaire en ce monde, combattent pour l’excellence du martyre et le salaire de l’au-delà. C’est pour cela qu’ils ne font pas marche arrière sachant l’immense récompense qu’ils sont à un pas d’obtenir (contrairement aux volontaires qui sont des espions et qui bien qu’ils affirment rechercher le martyre, ne le chercheront jamais puisqu’ils reçoivent un salaire en ce monde. Ils resteront donc toujours en arrière et éviteront le combat en trouvant mille et un prétextes pour rester en vie). Ce genre d’opération est fréquente chez les Moujahidine volontaires et sont appelés des commandos martyres. Nous avons déjà raconté l’histoire d’un de ces groupes venu du Maghreb sous le règne d’al-Hajib al-Mansour en Andalousie dans le premier volume de notre Abrégé de l’Histoire du Maghreb et de l’Andalousie.

[2] Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui.

 

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