CROISADES

De la conquête de Shaqif Arnoun

 

Au mois de Rabi’ Awwal de l’année 585 de l’Hégire (1189), Salah ad-Din procéda à Shaqif Arnoun, une très puissante forteresse pour y mettre le siège. Son seigneur Renaud, le seigneur de Sidon, descendit pour rencontrer Salah ad-Din montrant son obéissance et amitié. Ce Renaud était l’un des plus intelligents et plus sournois des hommes. Il dit : « J’ai beaucoup d’amour pour vous et j’admets votre bonté mais je crains que le marquis soit informé de notre rapport et que par conséquent, mes enfants et ma famille qui sont avec lui, n’en souffre. Je désire que vous me donniez le temps pour prendre des dispositions pour qu’ils s’écartent de lui. Alors je viendrais avec eux chez vous puis vous abandonnerai le château et rejoindrai votre service. Nous nous contenterons de n’importe quel fief vous nous accorderez. » Salah ad-Din croyait qu’il disait la vérité et accepta ce qu’il demanda après qu’il fut convenu qu’il abandonnerait Shaqif Arnoun au mois de Joumadah Thani.

Salah ad-Din resta dans Marj ‘Ouyoun, attendant la date convenue tout en étant inquiet et dérangé à cause de la proximité de l’expiration de la période de trêve entre lui et Bohémond, le seigneur d’Antioche. Il ordonna à son neveu Taqi ad-Din de se déplacer avec ses troupes et ceux qui viendraient des terres de l’est et de prendre position faisant face à Antioche pour prévenir son seigneur de faire une quelconque incursion hostile dans le territoire musulman à la fin de la trêve.

 

Il était également perturbé et soucieux par les nouvelles du rassemblement de croisés dans la ville de Tyr et de leur réception constante de renforts par navires et aussi du fait que le roi des croisés, qu’il avait capturé et libéré après la chute de Jérusalem, s’était arrangé avec le marquis après qu’ils eut été en désaccord et qu’ils s’étaient réunis maintenant en innombrable nombres et qu’ils avaient commencé à se répandre au-delà de Tyr. Toutes ces affaires ainsi que d’autres le dérangèrent et il craignit de laisser Shaqif Arnoun sur ses arrières et marcher sur Tyr ou se trouvaient des troupes abondantes capables de couper ses approvisionnement. Néanmoins, en dépit de ces affaires, il resta fidèle à son accord avec Renaud, le seigneur de Shaqif Arnoun.

Pendant la période de trêve, Renaud, qu’Allah le maudisse, achetait des provisions du marché du camp, des armes et d’autres choses pour renforcer son château. Salah ad-Din interprétait tout sous un meilleur jour. Quand on lui laissa entendre que Renaud se livrait à la tromperie et que son but était de temporiser en attendant que les croisés n’émergent de Tyr pour révéler son inimité et son opposition, il refusait de l’accepter.

Quand la fin de la trêve approcha, Salah ad-Din déplaça son camp pour être près de Shaqif Arnoun. Il convoqua Renaud trois jours avant la fin de l’expiration de la date concordée et lui parla de la capitulation du château. Renaud utilisa une nouvelle fois le prétexte de ses fils et famille comme excuse en disant que le marquis ne leur avait pas permis de le rejoindre et demanda une autre période de retard. À cela, Salah ad-Din réalisa sa ruse et tromperie et le captura en lui ordonnant de renoncer au château. Renaud demanda un prêtre pour convoyer un message aux hommes pour qu’ils capitulent. Quand il lui fut apporté, il lui chuchota quelques instructions que les Musulmans ne comprirent pas. Ce prêtre retourna alors dans la forteresse et demanda aux défenseurs de de résister. Salah ad-Din envoya Renaud à Damas et l’emprisonna. Puis, il avança près de Shaqif Arnoun ou il exerça un blocus en plaçant des hommes empêcher toutes provisions et tout renfort d’entrer.

 

De la rencontre de l’avant-garde musulmane avec les croisés

 

Alors que Salah ad-Din était à Marj ‘Ouyoun et assiégeait Shaqif Arnoun, il reçut des lettres de ses hommes qu’il avait envoyés en avant garde pour surveiller les croisés à Tyr qui l’informèrent que ces derniers avaient décidé de traverser le pont de Tyr et prévoyaient d’assiéger Sidon. Avec ses braves soldats excepté ceux à qui il avait ordonné de surveiller     Shaqif Arnoun, Salah ad-Din disposa sans sa caravane de bagages mais arriva seulement après avoir manqué l’action.

Le fait est que les croisés avaient déjà quitté et marché vers leur destination. La force de reconnaissance musulmane les rencontra dans l’étroit passage ou elle les retint et les engagea dans une féroce bataille à rendre un enfant vieillard. Ils capturèrent plusieurs croisés et en tuèrent plusieurs d’autres dont sept de leurs célèbres chevaliers et blessèrent aussi plusieurs. Un certain nombre de Musulmans furent aussi tués dont un Mamelouk de Salah ad-Din, un des plus braves hommes. Il chargea le rang croisé seul, pénétra leur ligne et abattit son sabre à droite et à gauche mais ils le maîtrisèrent et le tuèrent (puisse Allah lui faire miséricorde). Les croisés furent donc incapables d’atteindre Sidon et revinrent d’où ils étaient partis.

 

D’un deuxième engagement par les volontaires pour le Jihad

 

Lorsque Salah ad-Din rejoignit l’avant-garde après avoir manqué le premier affrontement, il resta avec eux dans une petite tente, attendant le retour des croisés pour les punir et venger les Musulmans qu’ils avaient tué. Un jour, il monta avec un petit groupe sur une colline pour voir le camp croisé et agir en conséquence en fonction de ce qu’il verrait. Quelques volontaires arabes et non-Arabes voulurent engager une bataille rangée et procédèrent avec enthousiasme et pénétrèrent profondément dans la terre ennemie abandonnant toute prudence. Ils laissèrent le sultan sur leur arrière et s’approchèrent des croisés. Salah ad-Din dépêcha un certain nombre d’émirs pour les rapporter et les protéger jusqu’à ce qu’ils se soient retirés saufs mais ils n’écoutèrent ni ne se conformèrent.

Les croisés crurent d’abord qu’il y avait une embuscade derrière eux et restèrent sur leur position. Ils envoyèrent alors des hommes pour voir leur vraie position et lorsqu’ils leur dirent qu’ils étaient isolés du reste des Musulmans et qu’il n’y avait rien à craindre derrière eux, ils chargèrent comme un seul homme et les engagèrent dans la bataille et ne tardèrent pas à tous les tuer. Plusieurs hommes notables parmi eux furent tués. Ce qui leur arriva consterna Salah ad-Din et les Musulmans. Cela arriva à cause de leur confiance excessive en soi[1] (puisse Allah leur faire miséricorde). Cet engagement eut lieu le 19 du mois de Joumadah Awwal.

Quand Salah ad-Din vit ce qui arrivait, il descendit de la colline avec ses troupes, chargea les croisés, les repoussa jusqu’au pont et occupa leur route si bien que les croisés se jetèrent à l’eau et environ cent hommes en armure furent noyés sans parler de ceux qui furent tués lors de la charge.

Le sultan projeta alors de persévérer dans l’affrontement et de les presser durement. Nos hommes entendirent les nouvelles et le rejoignirent de toutes les directions jusqu’à ce qu’une grande armée se rassembla près de lui. Quand les croisés la virent, ils se retirèrent dans la ville de Tyr et lorsqu’ils firent ainsi, Salah ad-Din alla à Tibnin et ensuite à Acre pour inspecter son état de défense avant de rejoindre l’armée et le camp.

 

Récit d’un troisième engagement

 

Lorsque Salah ad-Din revint vers l’armée, il reçut des nouvelles que des croisés étaient sortis de Tyr pour recueillir du bois à brûler et du fourrage en groupes dispersés. Il écrivit aux troupes d’Acre et leur fixa un rendez-vous pour le lundi 8 du mois de Joumadah Thani pour engager l’ennemi sur deux fronts. Il prépara une embuscade à un endroit couvert de fourrés près d’un ravin et choisit un groupe de ses plus braves soldats et leur ordonna d’harasser les croisés et, si ces derniers chargeaient de résister un peu puis de simuler une fuite pour leur faire croire qu’ils étaient incapables de tenir contre eux. Quand les croisés les poursuivraient, ils devraient les attirer et passer l’endroit où l’embuscade avait été placée puis se rabattre sur eux tandis que l’embuscade émergerait derrière eux. Ils se mirent dûment en route avec ce plan.

Quand les deux corps furent en vue, ils se rencontrèrent et luttèrent. La cavalerie musulmane était trop fière même pour feindre la fuite et résista. Les deux côtés tinrent ferme et la bataille devint intense et importante. Le conflit dura une longue période et les hommes dans l’embuscade, incapable d’attendre plus longtemps, craignirent pour leurs frères, quittèrent leurs positions pour se ruer vers eux et les rejoindre. Ils arrivèrent alors qu’ils étaient violemment retenus et l’action devint plus féroce.

Il y avait quatre émirs de Rabi’ah et de Tayy parmi eux qui ne connaissaient pas ce pays et ne suivirent pas la route de leurs camarades. Ils suivirent un chemin qu’ils croyaient les ramènerait à leurs camarades suivit par un des Mamalik de Salah ad-Din. Quand les croisés les virent dans la vallée, ils se rendirent compte qu’ils s’étaient perdus et tombèrent sur eux dans la bataille. Le Mamelouk descendit alors de son cheval, s’assit sur une roche, prit son arc dans ses mains et se défendit. Les croisés commencèrent à tirer des traits d’arbalète sur lui et il tira sur eux. Il blessa plusieurs d’entre eux et ils lui infligèrent un grand nombre de blessures puis il tomba et ils vinrent alors qu’il rendait son dernier souffle. Ils le laissèrent donc et partirent en le croyant mort. Le jour suivant, les Musulmans vinrent à cet endroit et enterrèrent leurs morts mais virent que le Mamelouk était vivant. Ils le portèrent sur une cape, à peine reconnaissable à cause du sang du grand nombre de ses blessures. Ils désespérèrent de sa vie et se détournèrent de lui, ayant entendu son attestation de foi et le félicitèrent comme un martyre. Ils le quittèrent mais quand ils revinrent par la suite, ils virent qu’il s’était ranimé. Ils lui apportèrent une boisson et il se rétablit. Par la suite, il n’assista pas à une bataille sans réaliser de grands exploits.

 

 

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