CROISADES

De la conquête de Karak et du voisinage

 

Salah ad-Din avait posté une force à Karak pour l’assiéger. Ils maintinrent le siège durant toute cette longue période jusqu’à ce que les réserves et les provisions des croisés furent épuisées si bien qu’ils mangèrent leurs montures et enduré jusqu’à ce que l’endurance ne soit plus possible. Ils se mirent alors en contact avec al-‘Adil, le frère de Salah ad-Din que ce dernier avait stationné au fort de Karak avec un détachement de l’armée pour l’assiéger et surveiller cette région du pays alors que lui-même était loin en direction de Darbsak et de Baghras. Les envoyés croisés vinrent chez lui de Karak avec une offre d’abandonner le château et une demande de conditions. Il fut d’accord avec cela et envoya des instructions sur l’affaire au commandant des assiégeants qui reprit le château et leur donna un sauf-conduit.

Il reçut aussi la capitulation des forts voisins, ceux de Shawbak, d’Hourmouz, de Wou’ayrah et de Silah. Ses soucis inhérents à cette région furent levés et l’Islam redevint fermement établi là. Les cœurs des habitants de cette région de la terre, tels que Bayt al-Maqdis parmi d’autres endroits furent soulagés car ils craignaient les garnisons de ces forteresses et du mal effrayant qu’ils pouvaient provoquer.

 

De la conquête du château de Safad

 

Quand Salah ad-Din arriva à Damas on lui conseilla de nouveau de congédier les troupes mais il dit : « Il est essentiel d’en finir avec Safad, Kawkab et d’autres. » Il resta donc à Damas jusqu’au milieu du mois de Ramadan et partit ensuite pour Safad qu’il mit sous siège et attaqua. Il déploya des trébuchets et maintint une pluie constante de flèches et de roches nuit et jour.

Les provisions des défenseurs et la nourriture furent sur le point d’être épuisés durant la période pendant laquelle ils furent assiégés car Salah ad-Din exerçait un implacable blocus comme nous l’avons rapporté. Quand ils virent la ferme détermination avec laquelle Salah ad-Din conduisait les attaques, ils craignirent qu’il reste jusqu’à ce que la nourriture qu’ils avaient, et qui était déjà bien limitée, soit épuisée et qu’ils soient alors submergés par la force et périssent ou qu’ils deviennent trop faibles pour résister par le manque de nourriture et finalement seraient débordés. Ils demandèrent donc des conditions que Salah ad-Din accepta. Ils partirent donc pour Tyr et Salah ad-Din reprit le fort. Ainsi Allah Exalté sauva les croyants de leur mal car ils étaient au centre des terres musulmanes.

 

De la conquête de Kawkab

 

Quand Salah ad-Din assiégeait Safad, les croisés de Tyr se réunirent et dirent : « Si les Musulmans conquièrent le château de Safad, Kawkab (aussi le nom de la planète Vénus) ne survivra pas, étaient même malgré cela attaché à Vénus ! Alors nos espoirs pour cette partie de nos terres seront contrecarrés. » Ils décidèrent donc d’envoyer secrètement de l’assistance, des hommes, des armes et d’autres choses. Ils envoyèrent deux cents hommes braves et de fidèles croisés qui voyagèrent sous la couverture de la nuit et se cachaient le jour.

Il arriva par le décret d’Allah Exalté qu’un des Musulmans assiégeant Kawkab alla chasser et rencontra un membre de cette force secrète et trouva sa présence dans cette région étrange et le battit pour lui faire avouer ce qui l’avait amené là. Il avoua donc qui il était et lui montra où ses camarades étaient. Le soldat musulman revint à Qaymaz an-Najmi, le commandant des assiégeants et l’informa ses nouvelles pendant que le croisé était avec lui. L’émir avec un groupe de ses troupes allèrent à l’endroit où les croisés se cachaient, les attaquèrent par surprise, les submergèrent et les chassèrent dans les bosquets et les grottes si bien que pas un seul d’entre eux ne s’enfuit. Parmi eux se trouvaient deux commandants hospitaliers qui furent emmenés à Salah ad-Din qui était à Safad, qui les fit avancés pour être tués et telle était son habitude pour exécuter les Templiers et les Hospitaliers à cause de leur intense hostilité envers les Musulmans. Après qu’il eut ordonné leur exécution, l’un d’entre eux lui dit : « Je ne m’attendais pas à ce que du mal nous arrive après avoir vu votre personne bénie et votre visage généreux. » Il (puisse Allah lui faire miséricorde) était très charitable et affecté par une demande de pardon ou autre et quand il entendit ce qu’il dit, il ne les exécuta pas mais ordonna de les emprisonnés[3].

 

Après la prise de Safad, Salah ad-Din alla à Kawkab qu’il investit et assiégea. Il envoya aux croisés du fort des conditions de capitulation ou la menace la mort, la captivité et le pillage s’ils refusaient. Ils ne portèrent aucune attention à ses propositions mais continuèrent à résister. Il intensifia ses attaques, érigea des trébuchets, procéda à un bombardement constant de roches et donna maints assauts. Les pluies étaient très lourdes et tombèrent sans interruption nuits et jours si bien que les Musulmans furent incapables de lutter dans ces conditions comme ils l’auraient voulu et leur séjour sur la place s’allongea.

Finalement, ils réalisèrent un très grand nombre d’assauts durant une journée et atteignirent la barbacane du château avec les sapeurs que les archers protégeaient avec les flèches de leurs arcs et arbalètes si bien que personne ne put montrer sa tête au-dessus du mur. Ils minèrent alors le mur qui s’effondra. Ils avancèrent alors vers le mur supérieur et quand les croisés les virent, ils annoncèrent leur capitulation et demandèrent des conditions qui furent accordés. Salah ad-Din reprit le château au milieu du mois de Dzoul Qi’dah et les envoya à Tyr où ils arrivèrent dûment

 

Tous les champions vaillants et diaboliques des croisés se rassemblèrent donc à Tyr. Leur puissance offensive devint dangereusement grande et leur zèle brûla vif. Ils envoyèrent une succession d’envoyés en Andalousie, en Sicile et d’autres îles de la Méditerranée pour demander de l’aide et des renforts qui commencèrent à arriver régulièrement petit à petit. Tout cela à cause de la négligence de Salah ad-Din qui libéra tous les assiégés et qui allait par finir par se mordre les doigts de regret et de dépit bien que cela fusse inutile[4].

 

Par la conquête de Kawkab et de Safad, les Musulmans acquirent tout d’Aylah aux districts les plus éloignés de Beyrouth excepté pour Tyr et aussi toutes les dépendances d’Antioche sauf al-Qoussayr.

 

Lorsque Salah ad-Din prit Safad, il alla à Jérusalem, où il célébra la Fête du Sacrifice (‘Id al-Adhah) et plus tard, il se rendit à l’Acre ou il resta là jusqu’à la fin de l’année.

 

 

De l’apparition d’un groupe de shiites en Egypte

 

Cette année, un groupe de douze shiite se révoltèrent et lancèrent le mot d’ordre des ‘oubaydi ismaéliens « O famille de ‘Ali, O famille de ‘Ali. » Ils allèrent dans rues en lançant leurs cris en imaginant que le peuple de la ville répondrait à leur appel et se rebelleraient avec eux, qu’ils restitueraient la dynastie ‘oubaydi, feraient sortir certains de ses membres emprisonnés dans le palais et prendraient le contrôle de la ville. Cependant, personne ne leur fit attention ni ne les écouta.

Quand ils virent l’insuccès de leur affaire, ils se dispersèrent dans la peur mais furent pris. Salah ad-Din fut informé de cela par lettre et leur tentative l’inquiéta et le dérangea. Le Qadi al-Fadil vint le voir et lui raconta ce qui était arrivé, ajoutant : « Tu devrais plutôt être heureux et non pas triste ou inquiet depuis que tu sais maintenant que dans leurs cœurs, tes sujets t’aiment, te sont fidèles et qu’ils ont abandonné toute leur sympathie envers ton ennemi. Si tu avais pris des dispositions pour que certaines personnes fassent une chose semblable pour tester les sentiments secrets de tes partisans et tes sujets et que tu avais     épuisé de grandes sommes d’argent sur eux, ce serait vraiment une petite affaire comparé à cela. » Ces paroles le tranquillisèrent à nouveau.

 

Ce Qadi al-Fadil était le chef de l’administration de Salah ad-Din et le plus grand administrateur. Ses mérites seront mentionnés quand sa mort sera enregistrée, comme nous le verrons.

 

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