CROISADES

De la conquête de Barziyah

 

Quand Salah ad-Din quitta as-Shoughr, il alla au château de Barziyah qui lui avait déjà été dépeint. Il faisait face à Apamée avec qui il partageait le produit de ses terres mais était séparé par un lac dans lequel se jetait les eaux de l’Oronte et quelques sources qui jaillissaient de la montagne de Barziyah et d’autres. Ses habitants représentaient un très grave danger pour les Musulmans parce qu’ils coupaient les route en causant des préjudices extrêmes.

Salah ad-Din arriva donc le 24 du mois de Jounadah Thani et campa à l’est de la forteresse. Le jour suivant, il fit une tournée d’inspection autour de celle-ci pour reconnaître le terrain et trouver un endroit pour lancer son attaquer. Il ne trouva rien excepté sur le flanc ouest où il monta une petite tente et y campa, accompagné par une partie de l’armée sans bagages à cause de l’étroitesse de la position.

Ce fort ne pouvait pas être attaqué du nord ou du sud et personne ne pouvait grimper de ces deux directions. Quant à la face orientale, il était possible de l’escalader mais pas pour mener un combat, à cause de sa hauteur et de la pente. Cependant sur la face ouest, la vallée qui entourait la colline du château s’élevait à une hauteur considérable qui la rapprochait du château et que les missiles des trébuchets et les flèches pourraient atteindre. Les Musulmans prirent donc cette position et érigèrent leurs trébuchets mais les défenseurs du château firent de même et les mirent hors action.

Du haut d’une haute colline qui donnait sur le château et bien qu’elle ne soit pas à portée, je vis une femme opérer un trébuchet du château, celui qui avait invalidé celui des Musulmans. Quand le sultan vit qu’ils n’obtiendraient aucun avantage des trébuchets, il se résolut à donner l’assaut et submerger les défenseurs par le nombre. Il divisa l’armée en trois groupes. Le premier attaquerait et s’il se fatiguait ou hésitait, il se retirerait et le deuxième entrerait alors en action et si à son tour, il se fatiguait et perdrait courage, il se retirerait pour laisser la place au troisième groupe et ainsi de suite. Ainsi vague après vague l’assaut se poursuivrait autant de fois que nécessaire jusqu’à ce que les croisés se soient fatigués et deviennent épuisés car ils n’avaient pas un nombre suffisant de défenseur pour se répartir de la même façon. S’ils se fatiguaient et ne pouvaient pas continuer, ils abandonneraient le château.

Le jour suivant le 27 Joumadah Thani, un des groupes commandés par ‘Imad ad-Din Zanki Ibn Mawdoud Ibn Zanki le seigneur de Sinjar, avança pour donner l’assaut. Les croisés quittèrent leur forteresse et luttèrent à l’avant-poste. Les musulmans les couvrirent de flèches retranchés derrière leurs palissades, écrans et mantelets et avancèrent jusqu’à ce qu’ils arrivent près de la colline. Quand ils s’approchèrent les croisés, ils furent incapables d’avancer plus loin à cause de la pente escarpée. Les croisés grâce à leur position dominante, les submergèrent de flèches et de pierres qu’ils libéraient des grandes roches qui roulaient sur le bas de la colline et que rien ne pouvaient empêcher.

Quand ce groupe devint épuisé, ils descendirent et le deuxième groupe qui était resté assis, en attendant leur tour monta. Ce dernier était la garde spéciale de Salah ad-Din et ils luttèrent violemment alors que la chaleur était intense et la peine des hommes grande. Salah ad-Din, complètement armé, passa parmi eux en les encourageant et son neveu Taqi ad-Din fit de même. Ce groupe engagea les croisés jusqu’à pratiquement la mi-journée et fatigué se retira ensuite. Quand Salah ad-Din vit qu’ils s’étaient retirés, il avança vers eux, sa masse d’arme dans la main, pour les repousser. Puis, il cria alors au troisième groupe qui était aussi assis attendant son tour. Ils grimpèrent volontairement, vinrent à l’aide de leurs camarades et attaquèrent avec eux. Les croisés furent engagés par plus qu’ils ne pouvaient résister. Les troupes de ‘Imad ad-Din qui s’étaient reposées, se levèrent aussi pour participer. La situation devint alors sérieuse pour les croisés et leurs cœurs montèrent dans leurs bouches. Ils étaient extrêmement fatigués et épuisés et leur incapacité de poursuivre la lutte devint claire parce qu’ils étaient devenus trop faibles pour porter les armes à cause de l’intensité de la chaleur et de la bataille. Les Musulmans les rejoignirent et les croisés se retirèrent dans le château. Cependant, nos hommes entrèrent avec eux.

À l’est du château, un petit détachement était dans leurs tentes et ils se rendirent compte que les croisés avait négligé ce côté parce qu’ils n’avaient vu aucune troupe de ce côté et s’étaient concentrés sur le côté où se trouvait Salah ad-Din. Ce détachement grimpa sans rencontrer de résistance. Ils escaladèrent aussi le château sur cette face et se joignirent aux Musulmans qui étaient entrés avec les croisés. Ils prirent ainsi le château par la force des armes. Les croisés se réfugièrent dans le donjon que les Musulmans voulurent miner.

Les croisés montèrent les captifs musulmans qu’ils avaient sur le toit du donjon. Leurs pieds étaient enchainés et cerclés dans des carcans de bois. Quand ils entendirent le cri des Musulmans « Allahou Akbar » dans les environs du château, ils lancèrent eux-mêmes ce cri sur le toit du donjon. Les croisés pensèrent alors que les Musulmans avaient déjà grimpé sur le toit et cédèrent puis se soumirent pour être faits prisonniers. Les Musulmans prirent la place par la force des armes et pillèrent son contenu. Ils capturèrent et asservirent les défenseurs ainsi que le seigneur et sa famille. Les habitations se vidèrent de leurs occupants et les Musulmans mirent le feu à certains des bâtiments qui brûlèrent complètement.

 

Une des histoires les plus remarquables de fuite du péril est la suivante. Dans ce château, je vis un Musulman qui avait quitté un groupe de croyants au nord du château pour rejoindre un autre groupe de Musulmans au sud du château en courant autour du périmètre de la colline. Des roches furent alors libérées et une grande roche alla droit vers lui et s’il elle l’avait touché n’aurait pas manqué de l’écraser. Le gros rocher descendit vers lui emporté par la vitesse de la pente et nos hommes poussèrent des cris pour le prévenir. Il se retourna pour voir ce qui se passait mais trébucha et tomba face contre terre. « Ya Allah » crièrent les Musulmans. La roche déferla et quand elle fut près de lui, il resta affalé sur son visage, tandis qu’elle heurta une autre roche fermement fixée en terre au-dessus de l’homme et le choc la projeta en l’air au-dessus de l’homme avant de retomber de l’autre côté sans lui avoir causé le moindre mal ou dommage. Il se leva alors et courut pour rejoindre ses camarades. Sa chute fut la cause de sa survie « et la mère du lâche périt ![1] ».

 

Le seigneur de Barziyah fut pris captif ainsi que sa femme et ses enfants dont une de leur fille parmi dont le mari était avec elle. Les troupes les séparèrent et Salah ad-Din les fit chercher immédiatement, les acheta et les réunit les uns avec les autres. Quand il s’approcha d’Antioche, il les libéra et les envoya là[2]. La femme du seigneur de Barziyah était la belle-sœur de Bohémond, le seigneur d’Antioche. Elle était en correspondance avec Salah ad-Din et échangea des cadeaux avec lui. Elle avait l’habitude de l’informer de beaucoup d’affaires significatives. Il libéra donc ses gens par égard pour elle.

 

De la conquête de Darbsak

 

Après la conquête du château de Barziyah, Salah ad-Din partit le jour suivant pour Jisr al-Hadid sur l’Oronte près d’Antioche ou il attendit d’être rejoint par les retardataires e son armée avant de marcher ensuite vers le fort de Darbsak ou il descendit le 8 du mois de Rajab. C’était un des plus puissants forts et forteresses des Templiers qui avaient une garnison permanente et qu’ils approvisionnaient régulièrement pour leur protection en cas de malchances.

Ayant campé près de celui-ci, il érigea des trébuchets qui le bombardèrent continuellement de roches qui abattirent une petite partie du mur sans provoquer pour autant chez les défenseurs la moindre inquiétude. Salah ad-Din ordonna alors de procéder à un violent assaut ce que les troupes s’empressèrent de réaliser et attaquèrent durement. Ils balayèrent les hommes du mur et les sapeurs avancèrent, minèrent une tour et préparèrent leurs substances incendiaires. La tour s’effondra et la brèche causée par la chute fut assez large pour permettre aux soldats d’entrer. Ils se retirèrent alors pour ce jour mais renouvelèrent l’assaut au début du jour suivant.

Les défenseurs avaient déjà envoyé un message au seigneur d’Antioche demandant de l’aide. Ils résistèrent donc et montrèrent du courage en attendant l’arrivée de sa réponse qui leur annoncerait l’envoi de renforts qui feraient lever le siège des Musulmans ou qu’il les abandonnaient à leur destin pour justifier leur reddition. Après qu’ils apprirent qu’il était incapable de venir à leur aide, ils craignirent le prochain assaut des Musulmans, que ces derniers ne les passent pas le sabre, qu’ils pillent leurs bien si bien qu’ils demandèrent des conditions. Salah ad-Din leur proposa alors de partir avec rien sauf les vêtements qu’ils portaient, sans argent, sans armes, ni meubles, ni montures ou quoi que ce soit d’autre. Et plus tard, il les emmena sous escorte à Antioche.

La conquête de Darbsak eut lieu le 19 du mois de Rajab de cette année.

 

 

De la conquête de Baghras

 

De Darbsak, Salah ad-Din procéda au château de Baghras et l’assiégea après que ses commandants aient été en désaccord parmi eux sur ce qu’ils devaient faire. Certains lui conseillèrent cela mais d’autres parlèrent contre cela, en disant : « C’est un     puissant château imprenable près d’Antioche et il n’y a aucune différence entre assiéger celui-là ou l’autre. La plupart de l’armée devra être détachée pour surveiller Antioche et si elle l’est, il y aura peu de soldats pour attaquer le château et ensuite il sera impossible de l’approcher. » Cependant, Salah ad-Din rechercha les conseils d’Allah Exalté et alla à Baghras. Il posta la plupart de son armée comme une force détachée pour faire face à Antioche et attaquer ses districts. Ils furent très prudent, craignant les troupes d’Antioche s’ils manquaient d’attention parce qu’ils étaient à côté. Pendant ce temps, Salah ad-Din avec le reste des troupes engagea le château et monta ses trébuchets qui n’eurent aucun effet à cause de sa hauteur et de sa position élevée. L’opinion que la capture serait difficile et longue commença à faire son chemin en plus que les Musulmans souffrait du manque d’eau mais Salah ad-Din mit en place des bacs et ordonna de les remplir d’eau si bien que cela soulagea la situation pour les hommes.

Alors qu’ils étaient dans cette situation, la porte du château s’ouvrit et un homme vint et demanda un sauf conduit pour engager des pourparlers. Cela lui fut accordé et on lui permit de se présenter. Il demanda des conditions pour les défenseurs afin qu’ils puissent abandonner le château avec son contenu à Salah ad-Din sur la même base que Darbsak et leur demande fut accordée. L’envoyé revint en prenant avec lui les bannières islamiques qui furent élevées sur le château. Les défenseurs descendirent alors et les Musulmans prirent possession du fort avec ses marchandises, l’argent, les armes et tout ce qu’il contenait. Salah ad-Din ordonna alors sa destruction ce qui fut fait.

Ce fut une grande perte pour les Musulmans car le fils de Leon, le souverain des Arméniens, vint de ses terres car il était un voisin, le répara et le restitua avant de poster certaines de ses troupes qui attaquèrent le territoire musulman et l’arrière-pays d’Alep souffrit énormément d’eux. Et jusqu’à présent, il est toujours entre leurs mains.

 

De la trêve entre les Musulmans et le souverain d’Antioche

 

Quand Salah ad-Din prit Baghras, il décida de marcher contre Antioche et l’assiéger. Bohémond le seigneur de la ville fut très effrayé de cela et envoya un messager à Salah ad-Din pour demander une trêve en échange de la libération de tous les prisonniers musulmans qu’il avait. Salah ad-Din consulta les émirs régionaux et d’autres qui étaient avec lui et la majorité avisèrent qu’il devrait l’accepter, pour permettre aux troupes de retourner chez eux, de se reposer et renouveler tout ce dont ils avaient besoin. Il fut d’accord et ils firent une trêve pour une durée de huit mois, prenant effet le 1 Tishrin Awwal (octobre) jusqu’au 31 Ayyar (mai). Il envoya son messager au seigneur d’Antioche pour prendre son serment et libérer les prisonniers qu’il avait.

A cette époque, le seigneur d’Antioche était le plus grand des croisés et leur souverain qui avait le plus large dominion parce qu’après la mort du comte, les croisés lui avait donné Tripoli et toutes ses dépendances en plus ce qu’il avait déjà, puisque le comte n’avait laissé aucun enfant. Quand Tripoli lui fut donné, il en donna la souveraineté à son fils aîné.

 

Salah ad-Din revint à Alep le 3 du mois de Sha’ban et après avoir visité la ville, il poursuivit sa route jusqu’à Damas ou il congédia les troupes de l’est, celle de ‘Imad ad-Din Zanki Ibn Mawdoud, le seigneur de Sinjar et Khabour, les troupes de Mossoul et d’ailleurs. Puis, il paya une visite au tombeau de ‘Omar Ibn ‘Abdel-‘Aziz (puisse Allah lui faire miséricorde) et rendit visite au Sheikh dévot Abou Zakariyyah al-Maghribi qui résidait là. Il était un des serviteurs dévots d’Allah Exalté, le faiseur de miracles manifestes.

Salah ad-Din était en compagnie de l’émir ‘Izz ad-Din Abou al-Foulaytah Qassim Ibn Mouhannah al-‘Alawi al-Houssayni, l’émir de Médine, la ville du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) qui avait joint son entourage et témoigné avec lui ses batailles et ses victoires. Salah ad-Din se considéra bénit de le voir et chanceux d’avoir eu compagnie. Il l’honora grandement, fut bon avec lui et lui demanda son opinion sur toutes les affaires.

 

Au début du mois de Ramadan, Salah ad-Din entra de nouveau à Damas. On lui conseilla de congédier les troupes mais il dit : « La vie est courte et notre fin allouée incertaine. Les châteaux suivants Kawkab, Safad, Karak et d’autres sont encore dans les mains des croisés. Nous devons y mettre fin car ils sont au milieu du territoire musulman et il n’y a aucune garantie contre la cruauté de leurs garnisons. Si nous les négligeons maintenant, nous nous repentirons plus tard. » Et Allah est Plus Savant !

 

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