CROISADES

Du siège de Kawkab

 

Au mois de Mouharram de l’année 584 de l’Hégire (1188), quand l’emprise de l’hiver se desserra, Salah ad-Din, avec les troupes qui étaient restées avec lui quittèrent Acre pour le fort de Kawkab qu’il mit sous siège. Il fit son camp autour de lui en croyant qu’il serait facilement accessible et prenable et pour cette raison, il ne ramena qu’un nombre limité de soldats avec lui. Quand il le vit haut perché et imprenable, il se rendit compte qu’il ne pourrait pas le faire.

Cette place avec Safad et Karak lui avait donné beaucoup d’inquiétudes et de soucis parce que toutes les régions côtières d’Acre avaient été conquises vers le sud excepté ces forteresses qui ne devaient pas être laissées, selon son opinion, au milieu de cette région pour le tourmenter, diviser ses efforts et exiger leur surveillance afin que les paysans et les voyageurs de passage ne soient pas éprouvés par elles.

Après qu’il commença le siège et vu combien le fort était puissant, que cela demanderait un long effort pour le surmonter et le prendre, il se retira au mois de Rabi’ Awwal et laissa Qaymaz an-Najmi en charge de l’opération.

 

Les envoyés de Kilij Arsalan, Qizil Arsalan et d’autres vinrent chez lui pour le féliciter de ses conquêtes victorieuses. Puis de Kawkab, Salah ad-Din alla à Damas ou les gens se réjouirent de son arrivée. Il écrivit alors à tous les émirs de son dominion en leur ordonnant de rassembler leurs armées là et d’y rester jusqu’à son prochain départ vers la côte.

 

Comment Salah ad-Din marcha sur le territoire croisé

 

Quand Salah ad-Din exprima son intention de quitter Damas, il visita al-Qadi al-Fadil qui était malade pour lui dire adieu et le consulter avant de prendre congé de lui et quitta Damas au milieu du mois de Rabi’ Awwal pour aller à Homs ou il campa près du lac de Qadas, à l’ouest de Homs, où les armées le rejoignirent. Le premier des princes éloignés à arriver fut ‘Imad ad-Din Zanki Ibn Mawdoud Ibn Aqsounqour, le seigneur de Sinjar, Nisibis et Khabour. Les armées de Mossoul et des régions d’al-Jazirah suivirent     et se réunirent autour de lui en grand nombre. Il changea alors de position et se rendit au-dessous du flanc oriental de Hisn al-Akrad et j’étais avec lui à ce moment-là.

Il resta durant deux jours avant de partir ensuite avec une force légère en laissant l’armée et le convoi de bagages sous le fort. Il entra alors dans le territoire croisé et attaqua Safithah, ‘Ouraymah, Yahmour et d’autres terres et seigneuries puis, s’approcha de Tripoli et examina la ville et repéra par ou l’attaquer ainsi que la route pour se retirer. Il revint alors en toute tranquillité à son camp. Ses troupes avaient entre temps pillé un immense nombre d’animaux de différentes sortes. Il resta au pied de Hisn al-Akrad jusqu’à la fin du mois de Rabi’ Thani.

 

De la conquête de Jabalah

 

Quand Salah ad-Din resta au pied de Hisn al-Akrad, Mansour Ibn Nabil le Qadi de Jabalah vint le trouver et l’invita à venir pour qu’il puisse lui abandonner la ville. Ce Qadi avait exercé une influence et était digne de confiance dans ses rapports avec Bohémond, le souverain d’Antioche et de Jabalah. Il jouissait d’un grand respect et d’un statut élevé chez tous les Musulmans dans Jabalah et ses districts dans tout ce qui concernait Bohémond. Le zèle pour la foi le persuada maintenant à trouver le sultan et lui garantir la conquête de Jabalah, Lattaquié et les villes du Nord. Salah ad-Din disposa avec lui le 4 du mois de Joumadah Awwal et s’arrêta à Tartous le 6 de ce même mois où il vit que les croisés avaient abandonné la ville et s’étaient réfugiés dans deux puissantes tours, une forte citadelle et une forteresse imprenable. Les Musulmans détruisirent leurs palais, leurs maisons et la muraille et ils pillèrent toutes les échoppes qu’ils trouvèrent.

Les Templiers étaient dans une des tours que Salah ad-Din assiégea. Les hommes de l’autre tour se soumirent à lui sur des conditions et lorsqu’elles leur furent accordées, Salah ad-Din rasa la tour et jeta les pierres dans la mer. Les Templiers continuèrent à résister dans l’autre et avec eux se trouvait leur maître que Salah ad-Din avait capturé dans la grande bataille et avait libéré plus tard lors de la prise de Jérusalem et qui tenait maintenant ce fort.

 

Salah ad-Din dévasta la seigneurie de Tartous et marcha ensuite sur Maraqiyah qui avait été abandonnée par ses habitants qui s’étaient réfugiés dans Marqab, une de leurs forteresses imprenables que personne ne pouvait espérer conquérir du fait de sa hauteur et de sa puissance. Elle était tenue par les Hospitaliers et la route principale passait en dessous. La forteresse était sur la droite du voyageur vers Jabalah et la mer sur sa gauche. Le passage était étroit et ne permettait aux gens que de passer les uns après les autres.

 

Il arriva que le souverain croisé de Sicile envoya des renforts pour les croisés sur la côte du Levant dans soixante galères. Ils étaient à Tripoli et quand ils furent informés de la marche de Salah ad-Din, ils arrivèrent et jetèrent l’ancre en mer au-dessous de Marqab pour empêcher quiconque de passer en tirant des flèches sur lui depuis leurs galères. Voyant cela, Salah ad-Din ordonna que des mantelets[7] et des palissades soient montés le long de la route et du côté de la mer sur toute la longueur du passage étroit. Ainsi les Musulmans traversèrent jusqu’au dernier homme, négocièrent le passage et atteignirent Jabalah le 18 du mois de Joumadah Awwal ou ils reçurent sa capitulation à leur entrée.

Le Qadi local était précédemment arrivé et était entré dans la ville et lorsque Salah ad-Din arriva, il leva les bannières sur les murs et lui abandonna la ville. Les croisés se fortifièrent dans la citadelle et le Qadi de Jabalah continua à les menacer et à leur faire des promesses jusqu’à ce qu’il les persuada de renoncer en échange d’un sauf-conduit et qu’il prendrait des otages parmi eux qui resteraient avec lui jusqu’à ce que les croisés aient libéré leurs otages, certains habitants de Jabalah. Bohémond avait pris des otages du Qadi et des Musulmans de Jabalah et les avait gardés avec lui à Antioche. Le Qadi prit donc des otages des croisés et les logea chez lui jusqu’à ce que Bohémond ait libéré les otages musulmans. Alors les Musulmans libérèrent les otages croisés. Le chef des habitants de Jabal vint trouver Salah ad-Din pour offrir sa soumission et celle de ses gens. Jabal était une des montagnes les plus défendables et très difficile d’accès et entre Jabalah et la ville de Hama, il s’y trouvait un fort appelé Bikisra’il. À cette époque, la route du territoire musulman pour rejoindre l’armée passait à côté et les hommes avaient des difficultés pour y voyager. Salah ad-Din organisa les affaires de Jabalah qu’il donna à l’émir Sabiq ad-Din ‘Uthman Ibn ad-Dayah, le seigneur de Shayzar, pour la tenir et partit ensuite.

 

De la prise de Lattaquié

 

Lorsque il fut finit avec les affaires à Jabalah, le sultan partit pour Lattaquié, où il arriva le 24 du mois de Joumadah Awwal. Les croisés avaient abandonné la ville parce qu’ils étaient incapables de la défendre. Ils se réfugièrent dans deux forteresses qu’ils avaient sur la montagne et résistèrent. Les Musulmans entrèrent dans la ville, assiégèrent et attaquèrent les deux forts. Ils minèrent environ une longueur de 24.5 mètres du mur et le préparèrent pour la mise à feu. Le combat fut féroce et devint extrême quand ils approchèrent du mur. Lorsque les croisés furent convaincu du désastre imminent après que le Qadi de Jabalah fut entré et les mis en garde contre ce que les Musulmans pourraient leur faire, ils demandèrent des conditions que Salah ad-Din leur accorda et le troisième jour du siège, les bannières de l’Islam furent élevés sur les deux forts.

Lattaquié avait été construite avec les plus beaux édifices décorés abondamment avec différents marbres de toutes sortes     Les Musulmans détruisirent beaucoup d’entre eux et emportèrent le marbre. Ils ravagèrent un grand nombre d’églises sur qui des sommes prodigieuses d’argent avaient été dépensées. Salah ad-Din remit la ville à son neveu Taqi ad-Din ‘Omar, qui la développa et fortifia sa citadelle si bien que celui qui avait précédemment vu la ville n’aurait pas cru que c’était effectivement le même endroit. Taqi ad-Din avait de grandes ambitions pour fortifier les citadelles et dépenser lourdement pour elle comme il fit avec la citadelle de Hama.

 

 

 

 

[1] Les croisés, qu’Allah les maudisse, tuèrent 70.000 Musulmans lors de cette circonstance soit tous les habitants de la ville et pendant 10 jours.

[2] J’espère que vous réalisez au fil de la lecture combien les Musulmans étaient devenus « ghouta as-sayl » comme l’a si bien dit le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Pensez aussi que nous sommes comme eux de nos jours, excepté ceux à qui Allah à Lui les Louanges et la Gloire a fait miséricorde.

[3] Les balistes sont des arbalètes géantes sur pied.

[4] C’est exactement ce qui se passa lors de la conquête de l’Andalousie.

[5] J’espère aussi que vous lisez bien consciencieusement et pensez tout en lisant ces pages d’histoires d’une importance capitale. Les questions qui se posent sont : Comment une armée qui demandent à partir peut-être victorieuse et comment une armée payée peut l’être aussi quand le salaire est sa raison de vivre. Et c’est là toute la différence entre les Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) et les Suivants (qu’Allah leur fait miséricorde) qui luttèrent par leur foi sans salaire et qui conquirent un tiers du monde en moins de trente ans !

[6] Il ne faut pas oublier que rien ne leur appartenait vraiment puisqu’ils étaient des envahisseurs et comme les envahisseurs toutes leurs possessions appartenaient aux gens locaux qu’ils avaient dépouillés de leurs biens et de leurs terres.

[7] Palissades portables et sur roues faisant office de grand bouclier.

 

 

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