CROISADES

De la conquête d’Ascalon et des places voisines

 

Lorsque Salah ad-Din eut pris Beyrouth, Joubayl et d’autres endroits, Ascalon et Jérusalem devinrent ses objectifs les plus importants pour plusieurs raisons dont celle que ces villes étaient sur la route de l’Egypte et qu’elles les reliaient à la Syrie. Il voulait que ses dominions soient contigus pour faciliter la sortie et l’entrée de troupes et parce que la conquête de Jérusalem apporterait une excellente renommée et une grande réputation parmi d’autres buts similaires. Il marcha donc de Beyrouth vers Ascalon après avoir assemblé ses forces avec son frère al-‘Adil et les troupes d’Egypte qu’il avait avec lui.

Ils arrivèrent à Ascalon le dimanche 16 du mois de Joumadah Thani et Salah ad-Din convoqua le roi croisé et le maître des Templiers de Damas et leur dit : « Si vous m’abandonnez la ville, vous pourrez avoir un sauf-conduit. » Ils demandèrent donc aux croisés d’Ascalon d’abandonner la ville mais ils n’obéirent pas à l’ordre et donnèrent une réponse très insolente et les qualifièrent de lâches d’une façon blessante.

Voyant cela, Salah ad-Din intensifia son attaque sur la ville, érigea ses trébuchets et l’assaillit maintes fois. Les sapeurs avancèrent vers le mur et causèrent des dommages à la barbacane tandis que pendant ce temps leur roi répétait ses messages de capitulation tout en leur promettant que lorsqu’il serait libéré de la captivité, il ravagerait les terres des Musulmans par le feu, demanderaient de l’aide des croisés d’outre-mer et leur ramèneraient cavalerie et fantassins des terres proches et lointaines des croisé mais ils ne répondirent pas à ses demandes ni écoutèrent ce qu’il préconisa.

Cependant, quand ils virent qu’ils devenaient chaque jour de plus en plus faibles, que lorsqu’un de leur membre était tué ils étaient incapables de trouver un remplaçant et qu’il ne recevrait aucun soulagement, ils se mirent en contact avec leur roi captif pour abandonner la ville sur certaines conditions que Salah ad-accepta. Pendant le siège, ils avaient tué un grand émir du Mihrani et ils craignirent que lorsqu’ils quitteraient la ville que son clan tue certains d’entre eux pour se venger. Ils furent donc très prudents sur les conditions qu’ils firent pour leur propre sécurité. Tout cela fut accordé et ils abandonnèrent la ville, le dernier jour du mois de Joumadah Thani, après un siège de quatorze jours. Salah ad-Din envoya leurs femmes, enfants et biens à Jérusalem et remplit les conditions qu’il leur avait données.

 

De la prise des villes et des forteresses près d’Ascalon

 

Après avoir pris Ascalon Salah ad-Din resta à l’extérieur de la ville et dépêcha des escadrons partout dans le pays voisin. Ils prirent Ramlah, Daroum, Gaza, le sanctuaire d’Ibrahim l’Ami d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui), Youbna, Bethlehem, Bayt Jibril, Latroun et tout qui avait été occupé par les Templiers.

 

De la conquête de Jérusalem

 

Quand Salah ad-Din eut fini avec Ascalon et les endroits voisins, comme cela a été mentionné, il envoya un message en Egypte et ordonna à sa flotte de se présenter avec un complément de combattants commandés par Houssam ad-Din Lou’lou’ le chambellan, célèbre pour sa bravoure, son audace et sa bonne fortune. Ils restèrent en mer et interrompirent le trafic maritime des croisés en saisissant et capturant tous les vaisseaux ou galère qu’ils aperçurent. Quand la flotte arriva et l’esprit de Salah ad-Din fut tranquillisé sur ce point, il quitta Ascalon et marcha vers Jérusalem où se trouvaient le patriarche révéré par les croisés et plus important que leur roi et Balian le seigneur de Ramlah dont la réputation à leurs yeux était égale à celle du roi. Il y avait aussi leurs chevaliers qui s’étaient échappés de Hattin et s’étaient rassemblés là en nombre avec les habitants des régions voisines, d’Ascalon et d’ailleurs. Il y avait aussi une grande armée dont tous les soldats considéraient la mort plus facile à supporter que la prise de Jérusalem     par les Musulmans et ils étaient convaincus qu’il était de leur devoir de tenir la ville au prix de leurs vies, de leur argent et de leurs enfants. Et durant les jours précédents, ils fortifièrent la ville avec ce qui put être utilisés pour la circonstance. Ils consolidèrent les murs, s’armèrent, s’unirent pour la défendre et la protéger avec toutes leurs forces, leurs capacités, leurs déterminations et leurs résistances. Ils érigèrent des trébuchets sur les murs pour prévenir les tentatives d’approche et harcelèrent durement la ville.

 

Quand Salah ad-Din approcha, un émir avec une compagnie d’hommes avança imprudemment et sans précaution. Il fut intercepté par un détachement de croisés qui avait quitté Jérusalem pour agir comme une avant-garde et il s’ensuivit un affrontement au cours duquel il fut tué avec plusieurs de ses hommes. Sa mort ennuya les Musulmans et ils furent peinés par sa perte. Cependant, ils procédèrent et campèrent devant Jérusalem au milieu du mois de Rajab.

Quand ils établirent le camp, les Musulmans virent sur les murs assez d’hommes pour les consterner et des habitants de la ville poussèrent une telle clameur en criant qu’il indiqua le grand nombre d’entre eux qui étaient réunis.

Durant cinq jours, Salah ad-Din continua à patrouiller autour de la ville pour trouver le point d’attaque tant la ville était particulièrement puissante et bien défendue. Il ne trouva aucun endroit où concentrer son attaque excepté près de la Porte de Damas et de l’église de Sion ou il se rendit et campa le 20 Rajab. Cette nuit il déploya ses trébuchets et avant que le matin n’arrive, ils étaient opérationnels et prêts pour l’action. Les croisés érigèrent aussi des trébuchets sur les murs et lancèrent des pierres (missiles) sur eux.

Ce fut plus la féroce bataille jamais vu, puisque chacun des deux côtés croyait que c’était un devoir religieux et obligatoire et les chefs n’eurent besoin de motiver personnes. Non, tous résistaient sans abandonner et repoussaient en refusant d’être repousser. La cavalerie croisée faisait tous les jours des sorties pour défier et lutter contre l’ennemi. Les hommes furent tués des deux côtés.

 

Du côté musulman l’émir ‘Izz ad-Din ‘Issa Ibn Malik, un des émirs aînés dont le père avait été le seigneur de Qal’at Ja’bar trouva la mort d’un martyr. Il se livrait personnellement chaque jour à la bataille et trouva sa mort, puisse Allah lui faire miséricorde. Il était aimé tant par l’élite que le peuple. Quand les Musulmans le virent tomber, ils furent peinés et leurs cœurs affectés. Ils chargèrent alors comme un seul homme et reconduisirent les croisés de leurs positions et les obligèrent à reculer dans la ville. Les Musulmans atteignirent le fossé, le traversèrent et gagnèrent le mur qu’ils commencèrent à miner. Les archers avancèrent pour les protéger pendant que les trébuchets continuaient leur bombardement pour balayer les croisés des murs et pour permettre aux sapeurs de poursuivre leurs travaux. Quand ils eurent fini, ils les remplirent des habituelles substances.

 

Quand les croisés virent comment les Musulmans luttèrent violemment, l’effet accablant des trébuchets avec leur bombardement ininterrompus et le succès du minage des sapeurs, ils se rendirent compte que leur destruction était imminente et leurs chefs se réunirent donc pour s’entretenir sur que faire ou ne pas faire. Ils acceptèrent de se rendre sous des conditions et abandonner Jérusalem à Salah ad-Din. Ils envoyèrent plusieurs de leurs grands hommes et notables pour demander des conditions. Quand ils en parlèrent au sultan, il refusa leur demande et dit : « Je vous traiterai exactement de la même manière que vous avez traité les habitants quand vous l’avez conquise en l’an 491, tuant et asservissant et récompensera le mal par le mal[1]. » Quand les envoyés revinrent déçus et rejetés, Balian envoya de nouveau un envoyé et demanda un sauf-conduit pour lui-même afin de venir devant Salah ad-Din pour discuter et arranger cette affaire. Cela fut accordé. Il vint donc et refit sa demande mais sans succès. Il supplia Salah ad-Din mais il ne broncha pas ; il lui demanda de montrer la clémence mais lui (Balian et les siens) n’en montra point.

Quand Balian désespéra, il dit à Salah ad-Din : « O sultan, pense que dans cette ville nous sommes une grande armée que Dieu seul sait. Ils tempèrent leur combat simplement dans l’espoir de conditions en croyant que vous les leur accorderez comme vous l’avez fait à d’autres. Ils fuient la mort et désirent la vie. Cependant, s’ils voient que la mort est inévitable, par Dieu nous ferons périr nos fils et femmes, brûlerons nos propriétés et marchandises et ne vous laisserons profiter ni du moindre dinar ou dirham, ni prendre captif un seul homme ou femme. Quand nous aurons fini nous détruirons le Dôme de la Roche, la Mosquée al-Aqsa et d’autres sites et tuerons ensuite tous les prisonniers musulmans et nous en avons 5 000. Nous ne laisserons ni une monture ou un anima sans le tuer. Alors nous sortirons tous contre vous et combattrons comme des hommes désespérés luttant pour leurs vies. Pas l’un d’entre nous ne sera tué avant qu’il n’ait tué un grand nombre d’entre vous. Nous mourrons noblement ou gagnerons la victoire glorieusement. »

Salah ad-Din consulta ses hommes et ils acceptèrent d’accorder les conditions des croisés et ne pas s’engager dans une action qui pourrait avoir pour résultat des conséquences imprévues. « Nous devrions les considérer comme des captifs entre nos mains et nous devrions leur vendre leurs vies pour un prix fixé entre eux et nous. » Sur ce Salah ad-Din accepta d’offrir des conditions aux croisés.

Il fut convenu que chaque homme devrait payer dix dinars, tant pour le riche que pour le pauvre, chaque enfant, mâle ou femelle, deux dinars et chaque femme cinq dinars. Tous ceux qui paieraient au cours de quarante jours seraient en sécurité et ceux qui n’auraient pas payé avant l’expiration des quarante jours deviendrait un esclave. Balian offrit 30 000 dinars de la part des pauvres et cela fut accepté.

 

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