CROISADES

Du transfert d’al-‘Adil d’Alep et d’al-‘Aziz d’Egypte, de la substitution d’al-Afdal d’Egypte pour Damas et de son assignement pour ce fief

 

En l’an 582 de l’Hégire (1186), Salah ad-Din transféra son fils al-Afdal ‘Ali d’Egypte à Damas et le lui assigna comme fief. Il retira Alep à son frère al-‘Adil qu’il envoya avec un de ses autres fils al-‘Aziz ‘Uthman, en Egypte et le nomma lieutenant d’al-‘Aziz là et rappela Taqi ad-Din.

La raison pour cela est qu’il avait nommé Taqi ad-Din comme son représentant en Egypte, ce que nous avons déjà rapporté et placé à ses côtés son fils l’aîné, al-Afdal ‘Ali.

Taqi ad-Din se plaignit d’al-Afdal en déclarant qu’il lui avait rendu impossible de recueillir les taxes, parce qu’il était indulgent et généreux et que chaque fois que Taqi ad-Din voulait punir quelqu’un, il l’arrêtait.

Salah ad-Din convoqua son fils al-Afdal et dit à Taqi ad-Din : « Ne nous donne pas de justifications pour les taxes ou n’importe quoi d’autre » et ses sentiments envers lui changèrent à cause de cela. Il pensa qu’il avait voulu se dégager de son fils al-Afdal pour qu’il soit tout seul en Egypte afin pour qu’il puisse y saisir le pouvoir quand Salah ad-Din décèderait et quand cette notion devint une certitude dans son esprit, il convoqua son frère al-‘Adil d’Alep et l’envoya en Egypte avec son fils al-‘Aziz ‘Uthman. Il appela Taqi ad-Din en Syrie mais il refusa de se présenter et rassembla des taxes et des troupes pour aller au Maghrib rejoindre son Mamelouk Qaraqoush qui avait déjà pris le contrôle de la Montagne Nafoussah, Barqah et ailleurs et lui avait écrit, en l’encourageant à s’intéresser à ces régions. Il fit donc ses préparations pour l’expédition, s’entoura de braves soldats et réunit un grand nombre d’entre eux.

Salah ad-Din fut mécontent de l’entendre mais il savait que s’il avait envoyé quelqu’un pour l’arrêter, il ne se serait pas conformer. Il lui fit donc dire : « Je veux que tu viennes chez moi afin que je puisse te faire mes adieux et te recommander ce que tu devrais faire. » Quand il se présenta à lui, Salah ad-Din le retint et lui donna un plus grand fief qui comprenait maintenant Hama, Manbij, Ma’arrat an-Nou’man, Kafartab, Mayafariqin, Jabal Jour et toutes leurs dépendances. Taqi ad-Din avait toutefois déjà envoyé son Mamelouk Bouz-Aba avec son avant-garde qui se mit en contact avec Qaraqoush et la suite est ce que nous avons déjà rapporté sous l’année 581 de l’Hégire (1185).

 

J’ai reçu des nouvelles de quelqu’un bien informé des affaires Salah ad-Din qu’il était persuadé de prendre Alep d’al-‘Adil et de ramener Taqi ad-Din en Syrie simplement parce que, quand il tomba malade mal à Harran, comme nous l’avons rapporté, il y avait eu des rumeurs en Egypte qu’il était mort et que du côté de Taqi ad-Din plusieurs initiatives avaient été prises qui laissaient sous-entendre qu’il projetait de saisir le pouvoir pour lui. Quand Salah ad-Din retrouva la santé, il en fut informé et envoya le juriste ‘Issa al-Hakkari, qui était hautement estimé par Salah ad-Din et obéit par l’armée, en Egypte et lui ordonna d’envoyer Taqi ad-Din et de rester en Egypte. Il voyagea à toute vitesse et avant que Taqi ad-Din ne le réalise, le juriste ‘Issa était entré dans sa résidence au Caire et lui avait donné des ordres pour partir. Il demanda un délai le temps de faire ses préparatifs pour le voyage mais ‘Issa ne le permis pas et lui dit : « Reste à l’extérieur de la ville et prépares toi là. » Taqi ad-Din partit et annonça qu’il avait l’intention d’aller au Maghrib. ‘Issa lui dit : « Vas ou tu veux. » Cependant, quand Salah ad-Din entendit cela, il envoya un message pour requérir sa présence et il partit donc en Syrie. Salah ad-Din le traita gentiment et ne lui révéla aucun de ses sentiments parce qu’il était indulgent, généreux et longanime (puisse Allah lui faire miséricorde).

 

Quant à Alep qu’il prit d’al-‘Adil, cela arriva comme suit. Parmi les troupes d’Alep, il y avait un grand émir appelé Souleyman Ibn Jandar entre qui et Salah ad-Din, il y avait une vieille amitié datant du jour où il accéda au pouvoir. Salah ad-Din comptait sur lui car il était sage, rusé et astucieux. Il arriva que quand al-‘Adil était dans Alep, Salah ad-Din ne le traita pas selon ses attentes et donna à d’autres la préséance sur lui et il fut très affecté par cela.

Quand Salah ad-Din devint malade et qu’il se rétablit, il alla en Syrie. Un jour, Souleyman Ibn Jandar alla en avant avec lui et ils parlèrent de sa maladie. Souleyman lui dit : « Par quel raisonnement croies-tu que tu peux partir chasser et qu’ils ne seraient pas en désaccord avec toi ? Par Allah, n’as-tu pas honte qu’un oiseau trouve son chemin pour son propre intérêt mieux que toi ? » Salah ad-Din lui dit tout en riant : « Comment cela ? » « Quand un oiseau veut faire un nid pour ses poussins, » répondit-il, « il trouve un arbre assez haut pour protéger sa couvée. Tu as donné les forteresses à ta large famille et laisser tes enfants sur le carreau. Alep est dans les mains de ton frère, Hama dans les mains de Taqi ad-Din, Homs dans les mains d’Ibn Shirkouh et de ton fils al-‘Aziz avec Taqi ad-Din en Egypte, qui peut l’enlever chaque fois qu’il veut. Et il y a ton autre fils dans l’une des tentes de ton autre frère capable de le traiter comme il veut. » Salah ad-Din lui dit : « Tu as raison, garde cette affaire secrète. »

Par la suite, il reprit Alep de son frère et enleva Taqi ad-Din d’Egypte. Alors il donna Harran, Edesse et Mayafariqin à son frère al-‘Adil pour l’enlever de Syrie et d’Egypte, qui pourraient rester en possession de ses fils. Ce qu’il fit était inutile pour lui, depuis qu’Allah Tout Puissant avait décidé le transfert de souveraineté loin de ses fils, ce que nous raconterons.

 

Récit d’une dispute parmi les croisés en Syrie et l’alliance du seigneur de Tripoli avec Salah ad-Din

 

Raymond le seigneur de Tripoli, fils de Raymond de St Gilles, s’était marié avec la comtesse de Tibériade ou il se rendit pour vivre avec elle quand le roi des croisés en Syrie, qui était un lépreux, mourut et légua le royaume à un de ses neveux qui étaient était encore un enfant. Le comte devint son tuteur et gardien et se chargea de la souveraineté et de l’administration du royaume, parce qu’à cette époque, les croisés n’avaient personne de plus influent, de plus brave et de plus excellent conseiller que lui et à cause de cet enfant, il devint ambitieux pour être roi. Il arriva alors que l’enfant mourut et la souveraineté passa à sa mère et ce que le comte avait espéré dans son cœur tomba à l’eau.

Cette dame royale tomba amoureuse d’un des croisés qui était venus de l’ouest en Syrie et qui s’appelait Guy. Elle se maria avec lui et ainsi la royauté fut transférée à lui et la couronne placée sur sa tête. Elle convoqua le patriarche, les prêtres et les moines, les Hospitaliers, les Templiers et les barons et les informa qu’elle lui avait donné le pouvoir royal et les prenaient pour ses témoins. Ils lui obéirent donc et se soumirent à lui ce que le comte trouva scandaleux et le déçut. Il fut alors appelé pour rendre des comptes sur l’argent qu’il avait collecté pendant sa régence pour cet enfant et il soutint alors qu’il avait tout dépensé pour lui (l’enfant) et cela le rendit encore plus aliéné si bien qu’il affirma clairement son opposition. Il se mit en contact avec Salah ad-Din, s’allia avec lui pour son soutien et lui demanda de l’aider dans la réalisation de ses projets envers les croisés.

Salah ad-Din et les Musulmans se réjouirent et lui promis de l’assister et de l’aider pour obtenir tout ce qu’il voulait. Il lui garantit qu’il le rendrait une souverain indépendant pour tous les croisés et libéra plusieurs chevaliers comtes qu’il retenait prisonniers. Cela fit une très grande impression sur le comte qui se soumit ouvertement à Salah ad-Din et plusieurs croisés le suivirent en cela. Ainsi leur unité fut brisée et leur cohésion ébranlée. Ce fut l’un des plus importants facteurs qui provoqua la conquête de leurs territoires et la libération de Jérusalem, comme nous le rapporterons si Allah Exalté le veut.

Salah ad-Din envoya des escadrons dans la région de Tibériade qui razzièrent les terres des croisés et revinrent saufs et chargés de butin. Cela sapa les croisés et les laissa faibles si bien que les Musulmans devinrent audacieux et empressés de les affronter.

 

De la traîtrise de Renaud

 

Renaud, le seigneur de Karak (qu’Allah le maudisse), était un des plus grands et plus vils croisés, le plus hostile aux musulmans et le plus dangereux. Conscient de cela, Salah ad-Din le visa avec des blocus réguliers et attaqua maintes fois son territoire. En conséquent, il fut embarrassé et humilié et demanda à Salah ad-Din une trêve qui lui fut accordée. La trêve fut faite et dûment assermentée si bien que les différentes caravanes reprirent leurs routes dans les deux sens entre la Syrie et l’Egypte.

 

Cette année, une grande caravane, riche en marchandises avec beaucoup d’hommes accompagnés par un grand nombre de soldats passa près de lui. Le maudit saisit traîtreusement jusqu’au dernier homme et fit de leurs marchandises, animaux et armes son butin tandis que ceux qui furent pris captifs furent relégués dans ses prisons. Salah ad-Din lui envoya un messager pour le blâmer, déplorer son action traîtresse et le menacer s’il ne libérait pas les captifs et les marchandises mais il n’accepta pas de le faire et persista dans son refus. Salah ad-Din jura alors, que s’il tombait en son pouvoir, il le tuerait personnellement et nous rapporterons la suite si Allah Exalté le veut.

 

 

Les astrologues depuis les temps immémoriaux et ceux présents avaient prédit que cette année, le 29 du mois de Joumadah Thani, les cinq planètes se réuniraient dans le signe de la Balance et qu’avec leur conjonction des vents sévères se produiraient et que de la poussière (vent de sable ?) détruiraient les gens et ruineraient la terre. Quand cette année arriva, il s’avéra qu’il n’y avait aucune vérité en cela et pas le moindre vent ne souffla si bien que la phase finale de la récolte du blé et d’orge fut retardée à cause du manque de vent nécessaire aux paysans pour vanner. Allah Exalté à Lui les Louanges et la Gloire, démenti les prétentions des astrologues et leur fit honte.

 

 

Le début de l’année 583 de l’Hégire (1187) tomba un samedi qui fut aussi le jour de l’an royal perse et le 14 Adar (mars) de l’année 1498 de l’ère d’Alexandrie. La lune et le soleil étaient dans le Bélier. Le début de l’année arabe, le début de l’année perse qui avait été réintroduite récemment et le début de l’année byzantine coïncidèrent tous. Le soleil et la lune étaient dans le premier des signes zodiacaux. La répétition d’un tel évènement se ne reproduira pas avant un très longue période.

 

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