CROISADES

De la mort de Nour ad-Din, le seigneur de Hisn Kayfa

 

Cette année, Nour ad-Din Muhammad Ibn Qara Arsalan Ibn Daoud, le seigneur de Hisn Kayfa et d’Amid mourut alors que Salah ad-Din assiégeait Mossoul. Il laissa deux fils et fut succédé par l’aîné dont le nom était Souqman et son titre Qoutb ad-Din. La direction des affaires fut assumée par son vizir, Qiwam ad-Din Ibn Samaqah al-Is’ardi.

‘Imad ad-Din Ibn Qara Arsalan avait été envoyé par son frère Nour ad-Din avec ses troupes à Salah ad-Din pendant que ce dernier assiégeait Mossoul et il était avec lui quand il entendit les nouvelles de la mort de son frère. Il entreprit donc de reprendre ses terres comme son successeur parce que ses enfants étaient jeunes. Mais cela s’avéra impossible et il alla à Khartbirt dont il prit le contrôle et qui resta entre les mains de ses descendants jusqu’à l’année 620 de l’hégire (1223).

 

Quand Salah ad-Din assiégea Mayafariqin, le fils Nour ad-Din se présenta devant lui et il le confirma dans le royaume de son père en incluant Amid. Ils avaient craint que Salah ad-Din puisse la prendre d’eux mais il ne le fit pas. Il leur restitua leurs terres en stipulant qu’ils devraient le consulter dans les actions qu’ils entreprendraient et obéiraient à ses ordres et ses interdictions. Il installa à ses côtés un émir dont le titre était Salah ad-Din, un des hommes de son père.

 

De la prise de Mayafariqin par Salah ad-Din

 

Quand Salah ad-Din se rendit à Khilat, il voyagea via Mayafariqin qu’il voulait prendre depuis que son seigneur, Qoutb ad-Din, le souverain de Mardin, était mort, comme nous l’avons rapporté et qui avait été succédés par son fils, encore un bébé. Shah Arman y avait l’autorité et ses troupes l’occupèrent. Quand il mourut, Salah ad-Din ambitionna de prendre la ville et quand il y descendit, il constata quelle était bien pourvue en homme et que la femme de ce dernier Qoutb ad-Din avec les filles qu’elle avait eu de lui se trouvaient dans la place. Elle était la sœur de Nour ad-Din Muhammad. Salah ad-Din maintint le siège qui avait commencé au début du mois de Joumadah Awwal.

 

Le commandant des forces locales, un émir nommé Assad ad-Din Yarounqoush, était brave, déterminé et sa défense excellente. Les attaques sur la ville s’intensifièrent. Des trébuchets[2] et des catapultes[3] furent érigés mais Salah ad-Din n’obtint pas ce qu’il voulut.

Voyant cela, il abandonna la force et la guerre et employa la ruse. Il se mit en contact avec la veuve de Qoutb ad-Din qui résidait dans la ville en lui dit : « Assad ad-Din Yarounqoush semble d’accord pour nous abandonner la ville. Nous respecterons les droits de ton frère à travers toi après sa mort et nous voulons que tu aies une part dans cette affaire. Je marierai tes filles à mes fils et Mayafariqin et d’autres endroits seront votre et sous ton autorité. » Il prit des dispositions pour l’envoi d’un messager à Assad ad-Din pour lui dire que la Dame s’était inclinée pour faire une alliance et se soumettre au sultan et que les gens dans Khilat lui avaient écrit pour lui remettre la ville et qu’il devait donc faire attention.

Il arriva qu’un envoyé de Khilat vint trouver Salah ad-Din avec une offre de soumission à lui et l’invita à venir chez eux pour lui remettre la ville. Salah ad-Din ordonna à cet envoyé d’entrer dans Mayafariqin qui dit à Assad ad-Din : « Pour qui luttes-tu ? Je suis venu pour remettre Khilat à Salah ad-Din. » Il devint alors abattu et sa volonté s’affaiblit. Il demanda donc qu’un fief et de l’argent lui soit remis en échange ce qui fut accepté et il abandonna la ville le dernier jour du mois de Joumadah Awwal.

Salah ad-Din engagea le mariage pour l’un de ses fils à une des filles de de la Dame et lui donna le fort d’al-Hattakh pour résidence ainsi qu’à ses filles.

 

Du retour de Salah ad-Din à Mossoul et de la paix entre lui et l’Atabeg ‘Izz ad-Din

 

Lorsque Salah ad-Din eut terminé les affaires de Mayafariqin et qu’il eut fermement établit son administration et ses fiefs, il décida de revenir à Mossoul vers qui il se dirigea via Nisibis. Il arriva à Kafar Zammar en hiver ou il campa avec ses troupes avec l’intention d’y rester pour s’octroyer les terres de Mossoul en fiefs, pour prendre leurs récoltes et leurs revenus pour affaiblir ainsi Mossoul sachant qu’il ne pourrait par prendre la ville par la force.

Il campa donc du mois de Sha’ban jusqu’au mois de Ramadan durant lesquels, il y eut une échange d’envoyés entre Salah ad-Din et ‘Izz ad-Din, le seigneur de Mossoul et Moujahid ad-Din pour des démarches conciliantes. Sa parole fut acceptée par tous les princes parce qu’ils savaient que c’était vrai.

 

Pendant que les envoyés allaient d’avant en arrière pour faire la paix, Salah ad-Din tomba malade et se retira de Kafar Zammar pour Harran. Les envoyés le rattrapèrent avec l’approbation de ses demandes, la paix fut conclue et son serment donné. Les conditions étaient que ‘Izz ad-Din devrait lui abandonner Shahrazour et ses dépendances, la région d’al-Qarabouli et tous les districts au-delà du fleuve Zab et que le sermon devrait être au nom de Salah ad-Din sur toutes les chaires de ses terres et la monnaie frappée à son nom. Quand il jura, il envoya ses envoyés qui reçurent le serment de ‘Izz ad-Din et prirent les terres stipulées par le traité de paix.

Salah ad-Din arriva à Harran où il resta malade. Un état de sécurité régna, les gens étaient généralement tranquilles et les racines de la discorde furent oubliées et cela grâce aux efforts intermédiaires de Moujahid ad-Din Qaymaz (puisse Allah lui faire miséricorde).

 

Salah ad-Din resta longtemps malade à Harran. Les membres de sa famille présents avec lui étaient son frère al-‘Adil qui tenait Alep à cette époque et son fils al-‘Aziz ‘Uthman. Sa maladie devint si sérieuse qu’il désespéra de guérir. Il fit porter allégeance à ses gens en faveur de son fils et assigna à chacun d’entre eux une partie spécifique de ses terres puis nomma son frère al-‘Adil gardien sur eux tous.

 

Plus tard, il se rétablit et revint à Damas au mois de Mouharram de l’année 582 (1186).

 

Pendant sa maladie à Harran son cousin, Nassir ad-Din Muhammad Ibn Shirkouh qui tenait le fief de Homs et Rahbah, était avec lui. Il quitta Salah ad-Din et retourna à Homs en passant par Alep où il convoqua un groupe de la milice et leur donna de l’argent. Lorsqu’il arriva à Homs, il écrivit à plusieurs des hommes de Damas et fit un accord avec eux pour qu’ils lui remettent la ville si Salah ad-Din venait à mourir.

Il resta à Homs, attendant qu’il meure pour aller à Damas et y prendre le pouvoir. Cependant, Salah ad-Din récupéra et il fut informé de tous les détails de cette affaire. Cependant, peu de temps après Ibn Shirkouh mourut à la veille de la fête de ‘Id al-Adhah après avoir bu excessivement du vin et avant le matin il était mort.

Certains ont rapporté, et la responsabilité de cette information leur incombe, que Salah ad-Din prit des dispositions pour qu’un homme appelé an-Nassih Ibn al-‘Amid, qui était de Damas, aille chez lui et s’enivre avec lui et lui donne une boisson empoisonnée. Quand le matin arriva, an-Nassih ne fut vu nulle part et lorsqu’il fut demandé de ses nouvelles, on répondit : « Il s’est rendu chez Salah ad-Din durant la nuit, » ce qui renforca les soupçons.

Après sa mort, Salah ad-Din donna son fief à son fils Shirkouh qui était alors âgé de douze ans. Nassir ad-Din laissa une grande quantité d’argent, de nombreux chevaux et des équipements (pour la guerre).

Salah ad-Din arriva alors à Homs et reconsidéra son domaine dont il prit la plupart et ne laissa que ce qui n’était d’aucun bien.

 

J’ai entendu dire que Shirkouh Ibn Nassir ad-Din vint trouver Salah ad-Din une année après la mort de son père. Salah ad-Din lui demanda : « Où es-tu arrivé dans la mémorisation du Qur’an ? » Il répondit : « Jusqu’à où Allah Tout-puissant dit : « Ceux qui mangent [disposent] injustement des biens des orphelins ne font que manger du feu dans leurs ventres. Ils brûleront bientôt dans les flammes de l’Enfer. » (Qur’an 10/4) Salah ad-Din et ceux qui étaient présents furent vraiment étonnés par sa sagacité.

 

 

 

 

[1] Vous vous demandez certainement pourquoi tous les différents sultans cherchèrent à s’accaparer du territoire des autres. Premièrement c’est un trait commun à tous les sultans donc si l’un ne le fait pas, l’autre le fera et la logique veut qu’il vaille mieux attaquer que défendre. De la même manière pour protéger ses terres, l’Islam dut sans cesse repousser ses frontières et c’est une nécessité incontournable. D’autre part, Allah Exalté à Lui les Louanges et la Gloire puis le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions sur lui) ont insisté sur l’obligation de l’unité et l’interdiction de la division. C’est pourquoi, l’unification des terres islamiques était le principal objectif des sultans avant de pouvoir faire face à l’ennemi car comment peut-on combattre l’ennemi en ayant son dos exposé ! Cela a été prouvé dans de nombreux exemples et il convient de remarquer que Salah ad-Din a largement bénéficié des actions de ses prédécesseurs ‘Imad ad-Din Zanki et son fils Nour ad-Din, Puisse Allah Exalté leur faire miséricorde, qui furent les premiers à unifier les Musulmans pour faire face aux croisés.

[2] Le trébuchet ou mangonneau est un engin de siège utilisé soit pour détruire les murs ou pour lancer des projectiles par-dessus les fortifications.

[3] La catapulte est une machine de guerre beaucoup plus petite utilisée pour lancer des projectiles à grande distance.

 

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