SHAM

Foutouh SHAM

Le mystérieux guerrier 

 

Les Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) prirent à cœur la capture de Dirar et lancèrent vainement une féroce attaque pour le sauver. Lorsque les romains commencèrent à fuir, Rafi’ Ibn ‘Oumayrah cria : « O porteurs du Qur’an où allez-vous ? Ne savez-vous pas que ceux qui fuient par peur de l’ennemi encourent la colère d’Allah et la défaite ? Ne savez-vous pas que la plupart des portes de Paradis sont ouvertes pour les Moujahidin et les patients ? O Porteurs de la Religion, soyez patient et attaquez les adorateurs de la croix. N’oubliez pas que même si votre chef a été capturé, Allah est encore Vivant, qu’Il ne meurt point qu’Il vous regarde et je suis présent pour aller au-devant de vous ». Les Musulmans se rassemblèrent alors sous son commandement et lancèrent une attaque dans laquelle beaucoup d’hommes et la plupart des chefs romains furent tués. Quand Khalid fut informé de la capture de Dirar et du martyr des Musulmans, il fut chagriné et demanda : « Combien sont-ils ? » Le messager répondit : « Douze mille romains ».

Khalid dit : « Par Allah ! Si j’avais su qu’ils étaient si nombreux, je n’aurais jamais envoyé mes gens à la destruction. Qui est leur général ? »

– « Warden, le gouverneur de Homs. Dirar a tué son fils Hamran ».

– « Il n’y a aucun moyen d’éviter un mal ou de faire le bien excepté par Allah, le Très Haut, le Plus Puissant. »

Alors il envoya un messager demander l’avis d’Abou ‘Oubaydah. Sa réponse fut : « Place un homme fiable en charge de quelques hommes pour continuer le siège de la Porte de l’Est tandis que tu attaqueras l’ennemi. »

Lorsqu’il reçut sa réponse, il dit : « Par Allah ! Je ne suis pas de ceux qui sont avares pour dépenser leurs vies dans la voie d’Allah ».

Il dit alors à Mayssarah Ibn Masrouq al-‘Absi : « Je te laisse en charge de mille cavaliers. Ne quitte pas ta place, mais faites des invocations et place ta confiance en Allah ».

Mayssarah Ibn Masrouq al-‘Absi lui répondit : « J’accepte avec joie ».

Khalid s’adressa alors à l’armée : « Relâchez les brides des chevaux et tenez fermement vos lances. Quand nous serons proches de l’ennemi, attaquons tous ensemble. Nous pourrons peut-être secourir Dirar s’il est encore vivant et s’ils l’ont martyrisé, nous le vengerons certainement si Allah le veut. »

Disant ainsi, il monta en avant de ses hommes qui récitaient ce poème de guerre.

« Aujourd’hui le véridique atteindra sa visée

Quand la mort saisit son âme, il n’est pas effrayé.

Ma lance assoiffée sera abreuvée

Du sang des yeux percés.

Je transpercerai casques et boucliers

Et obtiendrai ce qu’ont acquis hier les devanciers ».

 

Alors qu’il récitait ce poème, il vit soudainement un grand cheval-fauve monté par un cavalier armé d’une lance brillante. Le comportement du cavalier et son apparence dénotèrent une certaine sagesse tandis que sa maitrise de sa monture démontrait la bravoure. Le guerrier tenait vaguement la bride mais était fermement assis sur la selle tandis qu’il était vêtu d’une armure couverte d’un tissu noir. Une ceinture verte attachée à la taille remontait sur sa poitrine et flottait dans son dos. Ce cavalier remonta toute l’armée pour aller au front comme une mèche en feu.

Khalid dit : « Je me demande qui peut-être ce cavalier. Par Allah ! Il me parait téméraire et courageux ». Puis, il alla à sa suite alors qu’il se dirigeait vers le camp chrétien. Rafi’ Ibn ‘Oumayrah confrontait résolument les Romains quand il vit les renforcements de Khalid. Le guerrier mystérieux bondit sur l’ennemi comme un puissant faucon sur un minuscule moineau dans une attaque qui causa des dégâts dans les lignes romaines avant de perpétrer le massacre jusqu’à leur centre. Ses coups pleuvaient comme la foudre. Il foudroya les têtes de deux ou quatre jeunes, et brûla jusqu’aux cendres cinq ou sept autres avant de recommencer. Lorsqu’il arriva au centre, le guerrier afficha des signes clairs de frustration et d’inquiétudes et alors reprit son attaque encore et encore, en lacérant et séparant les lignes chrétiennes et continua son avance jusqu’à ce que les Musulmans aient perdu de vue ce champion qui devint au fil du temps de plus en plus inquiet.

Rafi’ Ibn ‘Oumayrah et ses hommes pensèrent qu’il ne pouvait être que Khalid. Rafi’ le vit alors avec ses hommes donc il demanda : « O le brave, qui est donc ce cavalier qui risque sa vie dans la voie d’Allah et tue l’ennemi sans hésitation ? »

Khalid lui répondit : « Par Allah ! Je ne sais pas. Je suis moi-même étonné par son audace et sa bravoure ».

– « Quel homme étonnant qui pénètre les rangs romains et les tue à gauche et à droite et au centre ».

Khalid dit alors : « O Musulmans, levez-vous ensemble pour la défense de l’Islam et attaquez ».

Les Musulmans tirèrent sur leurs brides, pointèrent leurs lances et avancèrent en formation de bataille précédés par Khalid. Ils allaient attaquer quand ils virent l’étrange cavalier, trempé de sang et son cheval-transpirant, briller au cœur de l’armée romaine. Le Moujahid faisait face à plusieurs Romains approchants en même temps alors Khalid et ses hommes les attaquèrent et réussirent à extraire le combattant et à le ramener dans les rangs des musulmans.

Les Musulmans regardèrent la partie supérieure visible du visage de l’étranger et le trouvèrent être comme une pétale de rose cramoisie ensanglantée. Khalid dit : « Tu as offert ta vie dans la voie d’Allah et déchargés ta colère sur les ennemis qu’Allah te récompense en bien. Maintenant enlève découvre ton visage que nous puissions voir qui tu es ! »

Le guerrier mystérieux l’ignora et alla dans la foule. Mais ils le rattrapèrent et lui dirent : « O serviteur d’Allah, le commandant des armées islamiques t’as parlé et tu as osé l’ignorer. Retourne chez lui et dévoile lui ton nom et ta lignée afin nous puissions parler de toi ».

Ils ne reçurent aussi aucune réponse, donc Khalid alla personnellement le voir et dit : « Il est bien triste que moi et tous les Musulmans souhaitent savoir qui tu es et que tu ne t’en soucie pas. Qui es-tu ? »

Il insista à maintes reprises jusqu’à ce que finalement une voix féminine réponde : « O commandant, je ne t’ai pas évité par désobéissance, mais par modestie car je suis de ceux qui s’isolent derrière le voile. Ma peine et cœur brisé m’ont conduit ici ».

Khalid demanda : « Qui es-tu ? »

Elle répondit : « La sœur du prisonnier Dirar Bint Khawlah al-Azwar. J’étais assise avec les femmes de la tribu Mathhij quand j’ai entendu parler de la capture de Dirar. Donc j’ai immédiatement enfourché une monture et suis venue ici. Le reste tu le connais déjà ».

Entendant cela, le cœur de Khalid fut frappé d’émerveillement et ses larmes jaillirent abondamment.

Khalid lui dit : « Nous attaquerons ensemble. J’ai la ferme conviction qu’Allah nous permettra d’accéder à ton frère et de le libérer ».

Khawlah répondit : « Si Allah le veut je serai dans la ligne de front ».

 

 

A la Recherche de Dirar 

 

‘Amir Ibn at-Toufayl a dit :

« J’étais du côté droit de Khalid Ibn al-Walid tandis que Khawlah qui étaient devant lui attaqua. Tous les Musulmans suivirent l’attaque. Khawlah mit les romains dans une telle difficulté qu’ils commencèrent à se dire les uns aux autres : « Si tous les Arabes étaient aussi courageux que celui-ci, nous ne serons jamais capables de les vaincre ».

Quand Khalid attaqua, les Romains perdirent leurs raisons et tremblèrent. Ils étaient proches de la dislocation mais Warden commença à crier : « O mes gens, soyez prudent et tenez fermement votre position. Si vous restez fermes, ils fuiront et les Damascènes nous aideront. Les Romains résistèrent mais quand Khalid et ses hommes attaquèrent, leurs pieds ne purent rester fermes et ils se dispersèrent dans le désordre.

 

Khalid essaya d’atteindre Warden mais un groupe de courageux guerriers l’entouraient et l’empêchèrent. Les Musulmans et les chrétiens combattaient un contre un. Rafi’ Ibn ‘Oumayrah afficha une exceptionnelle bravoure tandis que Khawlah traversa plusieurs rangs pour atteindre le centre avant de frapper dans toutes les directions. Elle cherchait partout son frère en récitant ce poème :

« Je ne peux le voir, où est Dirar,

Tandis que sa tribu et sa famille il ne peut voir.

O mon seul et unique frère et fils de ma propre mère,

Tu as mis fin à ma quiétude et maintenant je ne peux dormir ».

Tous les Musulmans qui entendirent ce poème pleurèrent.

 

La bataille continua et malgré une recherche étendue, aucun signe de Dirar ne fut trouvé. Quand le soleil se coucha, les deux forces opposées retournèrent dans leurs propres camps avec un avantage en faveur des Musulmans tandis que les Romains souffrirent un lourd tribut. La victoire musulmane brisa la volonté des Romains et ils auraient fui n’eut été la crainte de Warden. Khawlah questionna chaque soldat musulman dans le camp au sujet de son frère, mais aucun ne l’avait vu, mort ou vivant. Quand elle perdit tout l’espoir, elle pleura amèrement et dit : « O de fils ma mère ! Si j’avais seulement quelques nouvelles de toi, que tu fus laissé gisant dans quelque jungle ou tué quelque part. Que ta sœur soit sacrifiée pour toi, le plus triste est que je ne sais même pas si nous rencontrerons jamais. Par Allah ! Tu as laissé une cendre ardente et brûlante qui ne refroidira jamais dans le cœur de ta sœur. Va maintenant et rencontre ton père, le tueur des mécréants, en présence de Muhammad. Je te salue continuellement jusqu’au jour du Jugement dernier ».

Ce deuil fit pleurer les Musulmans.

 

Khalid projeta de lancer une autre attaque quand soudainement il vit un groupe de cavaliers se détacher de l’aile droite. Ils ne maintenaient pas fermement leurs brides et arrivaient en hâte comme s’ils chassaient quelque chose. Khalid appela les Musulmans aux armes et ils se regroupèrent rapidement. Quand les cavaliers romains arrivèrent, ils jetèrent leurs armes, descendirent de leurs montures et demandèrent la sécurité. Khalid ordonna aux Musulmans d’accepter leur demande et de les lui apporter.

Khalid leur demanda : « Qui êtes-vous? »

– « Nous sommes des soldats de Warden et des habitants de Homs. Nous sommes complètement convaincus que nous ne pouvons rien contre vous et n’avons pas la force pour vous battre. Accorde-nous, à nos familles et nos enfants les mêmes termes de paix que vous avez accordé à d’autres villes. Peut-importe l’indemnité que vous désirez nous ne nous opposerons pas à vos exigences. »

Khalid leur dit : « Nous pourrons faire un accord lorsqu’on nous aurons atteint votre ville seulement et pas ici. Entre-temps, vous resterez avec nous jusqu’à ce qu’Allah décide entre nous et l’ennemi. »

Il ordonna qu’ils soient surveillés avant de leur demandé : « Savez-vous quelque chose au sujet de notre guerrier qui a tué le fils de votre général ? »

Les Romains dirent : « Parlez-vous de cet homme torse-nu qui tua beaucoup de nos hommes y compris le fils du général ? »

– « Oui, exactement ».

– « Lorsque Warden le captura, il le mit sur un mulet et l’envoya avec cent cavaliers à Homs d’où il sera envoyé à Héraclius pour afficher sa bravoure ».

Khalid fut heureux d’entendre ces nouvelles et appela Rafi’ Ibn ‘Oumayrah.

– « Rafi’, tu connais bien cette les routes de cette région et les passages dans les montagnes. Ta planification et ton improvisation nous ont aidés à traverser facilement les plaines stériles comme à Samawah. C’était ton idée de garder les chameaux assoiffés et des abreuver par la suite pour nous aider à traverser le désert jusqu’à ce que nous atteignîmes Arakah. Tu es un homme très expérimenté et un planificateur distingué. Cent cavaliers emmènent Dirar à Homs. Je te nomme pour choisir quiconque tu le souhaite et de partir à leur poursuite. Je sens que tu seras capable de les rattraper rapidement et de le secourir. Si tu accomplis cette mission, tu rendras les gens heureux et tu résoudras un grand problème. »

Rafi’ accepta, sélectionna cent cavaliers et partait quand Khawlah vint le trouver. Une vague de bonheur l’emporta quand elle entendit Khalid donner ses ordres. Elle prépara ses armes et dit à Khalid : « Pour l’amour de Muhammad, envoie moi avec eux que je puisse leur être utile ».

Khalid dit à Rafi’ : « Tu es informé de sa bravoure, alors prends-la avec toi ».

Rafi’ l’incorpora sans son groupe et ils partirent au galop.

 

 

La libération de Dirar 

 

Khawlah chevaucha derrière les hommes qui voyagèrent en formation militaire jusqu’à ce qu’ils atteignent la Route de Salamiyyah. Rafi’ regarda autour de lui à la recherche de trace de sabots mais ne put trouver aucun signe du passage d’une armée. Il dit : « Heureuse nouvelle mes amis ! L’ennemi n’est pas encore passé ». Il leur ordonna de se cacher en embuscade dans l’Oued al-Hayyat et tandis qu’ils attendaient, ils virent au loin un nuage de poussière qui approchait. Rafi’ dit : « O jeunes fils de l’Islam, soyez vigilants ». L’ennemi approcha avec Dirar dans leur centre qui récitait ce poème :

« Donne ce message à Khawlah et à ma famille, O messager.

Mes mains sont attachées derrière mon dos, je suis prisonnier.

Tous les Syriens qui m’entourent sont des mécréants

Tous vêtus d’armures.

O cœur, peine de n’avoir pas trouvé la mort et regret

O larmes de ma nature, de mes joues, tombez.

Savez-vous si Khawlah et ma famille je reverrai jamais

Et l’accord entre nous deux, lui rappellerai ? »

Khawlah dissimulée cria de sa place : « Allah a accepté ta Dou’a et entendu ta demande. Je suis ta sœur, Khawlah ! » Elle sortit alors, en chargeant et cria : « Allahou Akbar ! » Suivie par Rafi’ et le reste des cavaliers sous la clameur « Allahou Akbar ! »

 

Houmayd Ibn Salim a dit :

« Je faisais partie de cette force qui, quand nous criâmes « Allahou Akbar ! Allahou Akbar ! », Allah inspira à nos chevaux d’hennir très fort. Chacun de nous visa un Romain et rapidement nous les finîmes. Allah libéra Dirar et nous accorda les chevaux et les armes des Romains ».

 

Rafi’ Ibn Qadim a dit :

« Alors que nous engagions les Romains, Khawlah secourut son frère, le délia et le salua. Il l’a félicita et l’accueillit puis monté un cheval errant. Il ramassa une lance et récita le poème suivant :

« O Seigneur Je Te remercie pour mon invocation exaucée,

Peines et soucis Tu m’as enlevé.

Tu as répondu à mes demandes et m’a réunis avec ma sœur,

Aujourd’hui contre l’ennemi, satisfait sera mon cœur ». »

 

Pendant que Rafi’ Ibn ‘Oumayrah rassemblait le butin, Khalid marqua une éclatante victoire contre les Romains. Ils fuirent terrorisés et affolés sans même jeter un coup d’œil derrière eux. Rafi’, les vit et compris ce qui se passait. Alors, qu’ils venaient vers lui, il les captura un par un.

Après que Khalid eût envoyé Rafi’, il lança une telle attaque qu’il parut que chaque musulman recherchait le martyr. Les Romains tournèrent le dos et s’enfuirent, Warden en tête et loin devant. Les Musulmans les poursuivirent et rassemblèrent le butin, les armes et les chevaux jusqu’à ce qu’ils rencontrèrent Rafi’ et Dirar à Oued al-Hayyat. Khalid félicita Dirar, remercia et loua Rafi’. Transportés de joie, ils retournèrent à Damas où ils informèrent Abou ‘Oubaydah de leur victoire. La conquête de Damas fut dorénavant une certitude.

 

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