SOUDAN

AFRIQUE CENTRALE

Le Soudan égyptien

 

Le Soudan du Nord fut capturé par les Egyptiens en l’an 1226 de l’Hégire (1811) puis lors d’une autre expédition, ils prirent Kordofan et l’ajoutèrent au Soudan. Le Darfour fut annexé au Soudan, en l’an 1291 de l’Hégire (1874). Le Soudan fut administré par les Egyptiens et les Britanniques conjointement et dans toutes les villes principales se trouvaient des garnisons de troupes britanniques.

La nouvelle ville de Khartoum fut fondée au confluent des Niles Blanc et Bleu et devint la capitale du Soudan. L’état acquit le monopole du commerce dans le pays et l’exportation de l’ivoire se développa à très grande échelle.

Sous la pression des pouvoirs européens pour le contrôler eux même, le commerce d’esclave fut réprimé ce qui affecta l’économie de l’état.

Gordon fut nommé gouverneur-général du Soudan en l’an 1294 de l’Hégire (1877). Pour couvrir les dépenses administratives, des taxes supplémentaires furent prélevées sur les populations et créèrent des révoltes. Après la déposition de Khidiv Isma’il, Gordon démissionna du bureau du gouverneur-général et cela pava la voie à la révolte contre les pouvoirs étrangers au Soudan.

 

 

Muhammad Ahmad le Mahdi du Soudan

 

La révolte contre les envahisseurs du Soudan fut menée par un homme pieux, Muhammad Ahmad, de l’ordre soufi des samaniyah.

Après l’achèvement de son éducation religieuse, il s’installa en l’an 1287 de l’Hégire (1870), dans l’île d’Abba sur le Nil Blanc pour se consacrer à la dévotion religieuse. Il promut la réforme religieuse et prêcha le retour à l’Islam original du Prophète Muhammad (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui, (al-habib al-mahboub as-siddiq al-masdouq)). Il condamna les pratiques innovatrices d’autres idéologies qui avaient été adoptées par les Musulmans ainsi que la présence étrangère dans le pays et bientôt, un grand nombre de partisans se regroupèrent autour de lui.

Il voyagea alors dans le pays et exhorta les gens à se révolter contre le pouvoir étranger injuste et les gens qui étaient aussi mécontents des autorités égyptiennes, le rejoignirent et ce non seulement à cause des lourdes taxes oppressives qui leur étaient imposées mais aussi à cause de la violence exercée pour lever ces taxes.

Comme le gouvernement égyptien avait une hiérarchie de ‘Oulama payé des fonds gouvernementaux (‘oulama as-soulta), ces derniers soutirent donc les mesures gouvernementales qu’elles furent bonnes ou mauvaises. Le soufis quant à eux restèrent éloignés du gouvernement ce qui créa un océan entre eux et les ‘Oulama.

Le gouvernement apostat introduisit aussi des innovations occidentales qui furent grandement critiquées par les cercles conservateurs et Muhammad Ahmad se joignit donc avec les mécontents pour des réformes.

 

En l’an 1308 de l’Hégire (le juin de 1891), Muhammad Ahmad se déclara être le Mahdi (encore un) dont la venue était attendue et qui selon la croyance populaire, devait redresser les préjudices portées aux gens et introduire une règne de justice et de droiture.

Sur sa déclaration, les gens lui portèrent allégeance et il acquit force et pouvoir. Ainsi renforcé, il prêcha ouvertement contre le gouvernement égyptien et appela au Jihad. Quand les autorités égyptiennes furent informées des activités de Muhammad Ahmad, le Pacha de Rawf, le gouverneur-général égyptien convoqua Muhammad Ahmad à Abba pour comparaitre dans sa cour de Khartoum et expliquer sa position.

Muhammad Ahmad rejeta l’autorité du gouverneur-général et refusa de se présenter. Sur ce, le gouverneur-général envoya une petite force armée avec des fusils pour arrêter le Mahdi mais sous-estima la force du Mahdi et ses partisans anéantirent l’entière force envoyée par les autorités ce qui était une déclaration de guerre. Le Mahdi causa des troubles supplémentaires aux autorités et se retira de sa retraite d’Abba pour un endroit plus sûr dans le Qardoufan d’où il pourrait continuer sa lutte contre les autorités puis, il établit son quartier général dans la région montagneuse du Jabal Jadir au sud du Qardoufan d’où il appela aux armes et les tribus de la région affluèrent vers lui.

Suite aux ordres du gouverneur-général, le gouverneur de Qardoufan envoya une force contre le Mahdi mais elles furent aussi décimées.

 

En l’an 1300 de l’Hégire (1883), le gouverneur-général envoya une plus grande armée contre le Mahdi et cette armée confiante à cause de sa force numérique négligea de protéger son camp la nuit. Les forces du Mahdi lancèrent une attaque surprise de nuit contre les forces égyptiennes qui furent encore vaincues.

Par la suite, le Mahdi reprit l’offensive et au mois de Dzoul Qi’dah de l’année 1300 de l’Hégire (septembre 1883), les forces du Mahdi apparurent devant la ville de ‘Oubayd dans Qardoufan et après un siège de trois mois, la ville capitula au Mahdi qui en fit son quartier général et demanda aux gens à le rejoindre dans la révolte contre le gouvernement étranger En réponse à son appel et de tout le Soudan, les gens accoururent en très grand nombre et lui portèrent allégeance. Le Mahdi devint alors assez fort pour expulser l’autorité égyptienne et se déclara chef du gouvernement du Soudan libre qui serait un état islamique administré selon la Shari’ah.

 

Le gouvernement d’Egypte, sous contrôle britannique, s’inquiéta du succès du Mahdi et envoya d’Egypte, une force britannique de milliers d’hommes pour châtier le Mahdi. Les forces du Mahdi et britanniques se rencontrèrent, au mois de Mouharram de cette même année (novembre 1883), à Birkout, à soixante kilomètres (trente-sept miles) au Sud-est de ‘Oubayd. Dans la bataille qui s’ensuivit, les forces égyptiennes furent vaincues et détruites en grande partie.

Au mois de Safar (décembre 1883), l’Egypte envoya une force encore plus grande mais elle fut aussi défaite.

 

Suite à ces victoires, tout le Soudan se rangea sous la bannière du Mahdi et toutes les forces britanniques et égyptiennes cantonnées quittèrent précipitamment le pays et décidèrent de totalement renoncer au Soudan.

Le général Gordon fut chargé d’évacuer les Britanniques du Soudan et envoyé à Khartoum et lorsqu’il arriva, il envoya un message au Mahdi lui offrant des termes de paix ainsi que la partition du Soudan, où le Mahdi serait admis comme le maître de Qardoufan tandis que tout le reste du Soudan serait sous l’autorité des Egyptiens et des Britanniques. Ils s’engagèrent à restituer le commerce d’esclave et des relations commerciales avec lui mais le Mahdi rejeta l’offre et leur demanda ainsi qu’aux Egyptiens d’évacuer le Soudan.

 

A la fin de l’année 1302 de l’Hégire (1884), à la tête de ses forces, le Mahdi marcha sur Khartoum.

Au mois de Rabi’ Awwal de l’année 1303 de l’Hégire (janvier 1885), il captura Khartoum tandis que le général Gordon décéda dans l’action. Le Mahdi devint ainsi maître de tout le Soudan et déplaça en conséquence sa capitale de ‘Oubayd à Khartoum Il scella les frontières, coupa toutes les communications avec le monde extérieur et même le pèlerinage à la Mecque ne fut pas été permis.

Au zénith de son pouvoir, le Mahdi décéda au mois de Sha’ban de cette même année (juin 1885), cinq mois à peine après la conquête de Khartoum.

 

 

‘AbdAllah Abou Bakr le lieutenant du Mahdi

 

Le Mahdi fut succédé par son lieutenant ‘AbdAllah, surnommé Abou Bakr, qui avait été son homme de main durant sa vie.

‘AbdAllah transféra sa résidence dans le fort d’Omdurman, sur la rive gauche du Nil et entreprit une expédition contre la garnison égyptienne à Kassalah. La ville fut prise et la garnison égyptienne évacua la forteresse. Puis, il mena ensuite une campagne contre l’Abyssinie et rentra dans Gondar, la capitale de l’époque de l’Abyssinie avant de revenir au Soudan après avoir amassé un butin considérable.

 

En l’an 1306 de l’Hégire (1889), par revanche, les Abyssiniens envahirent le Soudan mais ils furent repoussés tandis que leur roi mourut dans la bataille.

Après avoir consolidé sa position, ‘AbdAllah décida d’entreprendre la conquête de l’Egypte déjà planifiée par le Mahdi durant sa vie.

Au mois de Ramadan 1306 de l’Hégire (mai 1889), l’armée soudanaise menée par ‘AbderRahmane an-Noujami marcha sur l’Egypte et les deux armées s’affrontèrent à Toushki mais les forces du Soudan furent défaites et durent se retirer au Soudan. Peu après une crise de famine éclata au Soudan et la malchance s’aggrava quand le Soudan fut encerclé par les ennemis de tous les côtés et ne put obtenir des réserves de l’extérieur.

En l’an 1307 de l’Hégire (1890), les Soudanais assujettirent les Shillouk, une des tribus noires les plus braves du Soudan, à l’ouest.

Pour protéger son propre pouvoir, ‘AbdAllah réduisit le pouvoir et les privilèges des parents du Mahdi et la veuve de ce dernier, ‘Ayshah, critiqua amèrement ‘AbdAllah pour ses politiques arbitraires si bien qu’il bannit la plupart des parents du Mahdi à Fashoudah ce qui créa des troubles avec ses partisans.

A la frontière abyssinienne, les Italiens vinrent à poser une menace au Soudanais et après le retrait des troupes égyptiennes, les Italiens prirent Massana et de là, ils pénétrèrent à l’intérieur du pays.

 

Au mois de Rabi’ Thani de l’année 1310 de l’Hégire (le novembre de 1893), les Italiens entrèrent en contact avec une force soudanaise qu’ils défirent.

 

En l’an 1311 de l’Hégire (1894), les Italiens occupèrent Kassalah et en l’an 1314 de l’Hégire (1896), il y eut une bataille entre les Abyssiniens et les Italiens au cours de laquelle ces derniers furent vaincus mettant fin à la menace qui pesait sur les Soudanais.

 

Les Britanniques en Egypte décidèrent d’éliminer les     partisans du défunt Mahdi et leur état et de reprendre le Soudan. Lord Kitchener fut chargé de mener l’attaque et la campagne débuta en l’an 1314 de l’Hégire (1896), quand la province de Dongola fut reconquise et s’en servant de base, la campagne principale commença en l’an 1315 de l’Hégire (1897).

 

La division s’étant infiltré dans les rangs des Soudanais suite aux mesures de ‘AbdAllah envers les partisans du Mahdi, la cause de dernier fut trahie et au mois de Rabi’ Thani de l’année 1316 de l’Hégire (le septembre de 1898), les forces de Mahdi furent écrasées à Karari, près d’Omdurman. ‘AbdAllah livra une nouvelle bataille contre les Britanniques au mois de Rajab de l’année 1317 de l’Hégire (novembre 1899) au cours de laquelle il trouva la mort et avec sa fin, l’état du Mahdi prit fin.

 

Pour se venger des défaites subies par les Britanniques sous le Mahdi et tant sa haine était profonde, Lord Kitchener ouvrit le tombeau de ce dernier et brûla ses restes. Le Soudan fut alors de nouveau conjointement occupé les Britanniques et les Egyptiens.

 

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